‹ Mes grandes chasses dans l'Afrique centraleChapitre 76 sur 113 · A L"AFFUT · texte numérisé non relu

A L"AFFUT

bois pour faire des fo^^ers tout autour de la mare, le soir. Les hautes herbes se voyaient à portée de fusil au nord-est; j'avais bien fait de ne pas y mettre le feu, car la lueur eût été visible du bord de l'eau.

A la nuit tombante, je me postai sous le vent à deux mètres du sentier, dans un fourré, avec Maonda, qui avait dans la nuit une vue étonnante. Les autres se placèrent un peu plus loin, sur le sentier aussi, avec ordre de tirer si l'hippopotame arrivait jusqu'à eux, et nous attendîmes immobiles et silencieux. J'avais mon calibre 8 chargé avec deux cartouches à éléphant, et, à deux mètres, je crois fort que le choc devait en être considérable pour l'animal ; en cas d'imprévu, je tenais aussi ma canardière prête.

Les heures passèrent au milieu des bruits divers que j'ai décrits; des animaux que nous ne pûmes reconnaître, mais que. nous sûmes le lendemain être des élands, des kobs, des bubales, vinrent boire et occuper les longueurs de l'attente. Les hippopotames mugissaient à nous rendre sourds, mais ils n'avaient pas l'air de vouloir encore se mettre à table. La lune était macrnifique; je voyais tout juste le sentier et une éclaircie de 4 ou 5 mètres où l'animal devait passer. Détachant une feuille de mon carnet de notes, je la passai à l'extrémité de mes canons, de façon que ce morceau de papier blanc éclairé par la lune m'aidât à viser. Derrière moi, j'avais ménagé un passage bien propre, afin de pouvoir filer avec rapidité, si besoin était. Jusqu'alors j'avais toujours entendu parler de chasses à l'hippopotame dans Feau; mais à terre, c'était une nouvelle expérience, et peut-être me préparait-elle des surprises désagréables contre lesquelles je devais me prémunir; c'était de la prudence la plus élémentaire. En admettant que l'animal chargeât, il eût été sur mon fusil immédiatement ; je répondais d'être sur pied et hors de portée en deux secondes, mais ce temps m'était insuffisant pour lui faire face avantageusement : il faut se souvenir que je m'étais posté à deux mètres, c'est-à-dire presque à bout portant, et

un hippopotame moj-en a au moins 2"^, 80 à 3 mètres de longueur: par conséquent, rien qu'en se tournant il serait sur moi.

Je fis placer Maonda à plat ventre sur le bord de l'eau, à ma gauche, ses pieds me touchant presque; il devait surveiller les hippopotames et, s'ils se préparaient à monter, me prévenir en remuant un de ses pieds. Comme il était complètement immobile, je crus à plusieurs reprises qu'il dormait et je le poussai pour le réveiller, mais il faisait bonne garde. Enfin son pied remua et encore... et encore... et je compris qu'il allait y avoir du nouveau. En effet, je n'eus pas plus tôt repris mon fusil qu'une masse sombre apparut à l'extrémité del'éclaircie en même temps que les mugissements s'arrêtaient. Maonda se remit à côté de moi et m'écarta légèrement le feuillage afin que je pusse viser. L'animal semblait d'autant plus grand qu'il était plus rapproché; il me semblait également plus élevé parce que j'étais assis à terre. Dans la demi-obscurité, cette apparition me fit une certaine impression, bien que j'eusse conscience de ne pas courir le moindre danger tant que je n'aurais pas tiré.

L'hippopotame s'avançait lourdement... Je couvrais déjà son épaule de mon papier blanc et il avança encore. . . Je le suivis avec mes canons... Quand il arriva bien en face de moi, je pressai la détente de droite, puis celle de gauche, je sautai sur mes pieds en lançant le fusil dans l'herbe et fis un bond vers l'issue que je m'étais préparée. M'arrètant, je vis le brouillard de ma fumée se dissiper au clair de lune, je regardai l'endroit : le sentier était vide. — « Il est retourné à l'eau », me souffla Maonda. En effet, j'avais entendu une chute dans la mare. La partie était perdue. Immédiatement je préparai ma revanche : « Allumez les feux sur les bords et brûlez les herbes », dis-je.

Un homme présenta comme de coutume une brassée de paille que j'allumai avec une allumette prise dans ma cartouchière et bientôt six foyers flambèrent ; les autres hommes allèrent avec une torche mettre le feu à cette végétation épaisse dont j'ai parlé,

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