LES MOEURS DU VAUTOUR
m'ont mangé des pièces insuflisamment dissimulées. Car, pour éviter que les vautours ne prennent un animal qu'on vient de tuer et qu'on est obligt- de laisser sur le terrain, on a soin de le recouvrir de feuillage ou de paille afin de le cacher à la vue des oiseaux de proie.
La viande que les vautours ont touchée répand une odeur inl'ecle : elle est immangeable; il faut arriver avant eux pour pouvoir en profiter.
J'ai vu souvent ces animaux faire preuve d'une grande intelligence. Ainsi, dans les districts où je chassais régulièrement, les vautours nous suivaient fort bien du haut des nues, et, dix minutes après avoir abattu un animal, je voyais plusieurs d'entre eux descendre sur un arbre voisin, généralement élevé, d'où, immobiles, ils surveillaient tous nos mouvements. Après avoir dépecé et emporté la bête, nous laissions toujours sur le sol quelques débris dont ils profitaient; nous n'étions pas encore éloignés que nous lés voyions descendre et se promener de leur drôle d'allure à l'endroit même que nous venions de quitter. Dans le cas où nous étions ainsi surveillés, il était parfaitement inutile de dissimuler la bête et imprudent de la quitter. Il fallait toujours, au contraire, laisser un homme pour la garder.
Aussi n'avait-on qu'à mettre bien à découvert ce qu'on voulait offrir aux vautours; c'est ce que nous fîmes ce matin-là pour l'hyène. Nous les vîmes descendre bientôt, tandis que nous dépecions notre hippopotame.
Tchigallo, envoyé à l'autre camp pour donner de nos nouvelles et m'en rapporter, m'apprit que tout allait bien là-bas : on faisait quelques pêches dans la mare. Les hyènes rôdaient chaque nuit et un troupeau de buffles avait passé la veille au soir. De notre côté, ce soir-là, nous avions achevé notre travail et, le séchage du lendemain une fois terminé, il ne nous nianquait plus que des porteurs. Cela allait devenir assez monotone,
car il ne restait pas le plus petit hippopotame dans la marc.
Le lendemain, dès Tanbe, j'allai faire un tour avec Msiambiri et Tambarika, avec l'intention de parcourir les espaces nouvellement brûlés et de rechercher Tcndroil oVi les animaux allaient boire; je ne tardai pas à le découvrir, ce qui n'était pas très difficile.
Rappelez-vous que tous les animaux doivent boire pour vivre et que certains d'entre eux ne s'éloignent pas beaucoup de l'eau ; on n'a qu'à choisir une piste fraîche de kob, de phacochère ou de bubale, et, soit dans l'une des directions, soit dans l'autre, on est sûr de savoir où il a bu. Il faut, bien entendu, distinguer sans hésitation une piste fraîche d'une de la veille, sans quoi on s'exposerait à refaire toutes les pérégrinations de l'animal, ce qui vous mènerait fort loin.
L'eau une fois trouvée (une petite flaque de quelques mètres à l'ombre de grands arbres), je pus me rendre compte du gibier qui y venait : une troupe de zèbres, plusieurs élands, des kobs, des phacochères et un vieux buflle solitaire avaient bu pendant la nuit. Ce dernier ne devait pas être loin, ses traces étant fraîches, et je me mis à sa poursuite; mais il marchait aussi, et ce ne fut que vers midi que je l'aperçus sous un arbre à plus de deux cents mètres. Il ne se savait pas suivi : il nous tournait le dos, chassant les mouches avec sa queue et paraissant très tranquille. S'il avait eu des oiseaux insectivores avec lui, nous aurions eu de la peine à approcher; mais, à cent mètres, je n'en voyais aucun auprès de lui; j'avançai donc encore, sans le moindre bruit, sans un froissement, ayant l'air immobile, mais faisant néanmoins du chemin. L'expérience m'avait démontré que, pour mettre le buffle hors de combat à la première balle, il faut l'atteindre à la jonction des omoplates et de l'épine dorsale. Le coup est difficile, mais il a deux avantages : un peu plus haut, on manque totalement, ce qui évite de mal blesser la béte et de la