‹ Mes grandes chasses dans l'Afrique centraleChapitre 84 sur 113 · A LA POURSUITE DE LELEPIIANT · texte numérisé non relu

A LA POURSUITE DE LELEPIIANT

les sources de plusieurs cours d'eau qui charrieut de For et qui, partis de la région sous forme de petits ruisseaux, vont, devenus grands fleuves, se jeter dans le Zambèze. C'est le cas de la Louyia et du Kapotché.

Il laiil avoir mené la vie de chasseur d'éléphant pour pouvoir se faire une idée de l'existence que nous menâmes pendant trois mois. A cette époque de l'année, qui représente l'été sur le calendrier renversé de l'hémisphère austral, le soleil, quand il se montre, est d'une chaleur intolérable : toute la forêt est en feuilles ; le moindre buisson, le plus petit massif étend ses ramifications vertes de tous cotés; on se fraye avec peine un passage à travers l'épaisseur de la végétation. Le tout est presque toujours très mouillé, le matin surtout ou après la pluie, et chaque arbre vous arrose, dès qu'on le frôle, d'une averse rafraîchissante; c'est un bain continuel quand il ne pleut pas. Au contraire, en cas de pluie, on reçoit philosophiquement l'ondée sur le dos pendant quelquefois plusieurs heures; il pleut sous les arbres comme ailleurs. Le soir, tout le bois mort étant trempé, on ne peut faire de feu ni sécher ses effets, et on mène, c'est le cas de le dire, une existence de poisson. Le grand avantage d'être nu comme les noirs, c'est que l'eau ne fait que glisser sur la peau en la rafraîchissant , et le premier rayon de soleil vous sèche presque immédiatement; aussi gardais-je les jambes et les bras nus ; souvent même, j'ôtais ma chemise. Je n'ai d'ailleurs plus eu à prendre cette peine quand les trois que j'avais emportées ont été complètement mises en pièces. J'étais ainsi aussi vite sec que les noirs , tandis que rien n'est plus dangereux que de garder sur le corps pendant plusieurs heures des vêtements trempés...

Mais revenons au début de la saison, lorsque nous commençâmes à chasser l'éléphant aussi assidûment ({ue les professionnels. Nous installions le camp dans un endroit bien silencieux, bien calme, près d'une rivière, d'une nappe d'eau, d'une mare

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quelconque; on le dissimulait à l'aide de feuillage, non à cause des animaux, mais à cause des hommes : d'autres chasseurs passant en cet endroit et découvrant notre bagage ne se fussent fait aucun scrupule de prendre ce qu'il leur fallait ou peut-être le tout, car personne ne restait au camp; les quelques hommes que j'avais, en dehors des chasseurs, venaient avec nous (il n'y en avait que cinq) portant dans des petits paquets tout ce qu'il fallait pour le cas où la poursuite des éléphants durerait plusieurs jours. J'avais pour mon compte, par exemple, une marmite roulée dans un hamac, une couverture (ce qui constituait d'ailleurs toute ma literie), cinq kilogrammes de riz, du sel, une petite pharmacie de poche, des allumettes, du tabac et une petite gourde de cognac ; les hommes, deux ou trois petites outres pleines de farine et une marmite dans un fdet. Venaient ensuite, dans la main de chacun, les objets que le lecteur connaît déjà : haches indigènes pour couper les os, couteaux à viande, sabre d'abattis, mkombo ou calebasse à boire, baguettes à feu, quelquefois une sagaie, etc. Dans la cachette à laquelle je donne le nom de camp, on ne laissait que les vivres de réserve, mes deux chemises et ma paire de souliers de rechange, des cartouches et le sel à beltong. Ce n'est pas beaucoup, si l'on veut, mais cela était précieux.

Et l'on errait ainsi dans la jungle des journées entières, sous la pluie ou les éclaircies de soleil, regardant la terre, toujours la terre, cherchant les empreintes indicatrices. Il y avait certainement des éléphants dans la région; mais c'était toujours la veille qu'ils avaient passé ! Nous revenions au camp le soir, retrouvant notre route au milieu de cette forêt inextricable, grâce à l'instinct merveilleux qu'ont les noirs de la direction suivie, harassés de fatigue, ayant fait au bas mot depuis le matin une quarantaine de kilomètres. Dans les environs du camp, on recueillait en tas tout le bois mort et on le garantissait ingénieusement delà pluie au nioven de toitures d'herbes; mais il fallait dissimuler ces

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