‹ Mes grandes chasses dans l'Afrique centraleChapitre 85 sur 113 · COURSES INUTILES · texte numérisé non relu

COURSES INUTILES

dôpots comme le reste, car ils révélaient clairement notre présence.

Je ne me déconrageais pas; j'avais résoin d'être patient. Chaque matin, je repartais ^aiment à travers les bois : Tlierbe mouillée par la pluie ou par la rosée, qui est si abondante en cette saison qu'elle se distingue à peine de la pluie elle-même, les ondées distribuées par les arbustes, les épines, les guêpes qui abondaient et qui vous piquaient cruellement cliaque fois que, par mégarde, vous frôliez leurs nombreux nids dans le feuillage, le soleil qui ne nous délivrait des bains que pour mieux nous rôtir, tout me laissait indifférent. Les noirs, moins résolus que moi, trouvaient cette existence rude. Ils n'osaient se plaindre, d'ailleurs, mais leur visage avait perdu sa gaîté habituelle. Quant à moi, tandis que d'un pas devenu automatique j'arpentais les forêts, l'esprit ailleurs, je rêvais de chasses à l'éléphant couronnées de succès. « Malgré tout, me disais-je, il faudra bien (pi'un jour je finisse par en rencontrer; le calme et la persévérance sont toujours couronnés de succès ».

11 y avait environ quinze jours que nous sillonnions le pays en tous sens, quinze jours que le soleil nous trouvait en marche à son lever, nous laissant le soir à son départ encore en route, à la recherche du géant des forêts (1). Nous avions bien rencontré quelques autres animaux; mais, comme un coup de fusil s'entend de loin, je n'avais pas tiré. Nous ne mangions donc que notre riz et notre farine bouillis avec un peu de sel, dont la provision avait déjà deux fois été renouvelée.

Enfin, un -natin, Msiambiri s'arrêta tout à coup en me disant

(1) Il faut se rendre compte que, dans les pays dont il s"agit,ct par rapport à leur étendue, les éléphants étaient devenus fort rares; il y en avait bien encore quelques-uns, mais, traqués continuellement, ils menaient une existence nomade, ne s'arrêtant que pour manger ou dormir quelques heures. Il fallait ilonc parcourir le pays jusqu'à ce que le hasard nous mît face àface avec eux, et, même à ce moment, que de fatigues encore en perspective !

que nous allions enfin savoir si oui ou non nous verrions les éléphants, et il me montra à terre un trou circulaire, grand comme un bracelet, silu('> dan s un endroit découvert. Sur mes questions, nu^s hommes m'expliquèrent que cette excavation était le logement d'une énorme araignée, très rare, appelée « Bouï », qui est la providence des chasseurs d'éléphant, car elle leur dit toujours la vérité. Prédit-elle que la chasse sera infructueuse, ils rentrent au village sans retard. Pour obtenir Toracle, on jtrcnd de Teau, on en verse tout doucement dans le trou et on attend : si la béte, habituellement invisible, montre ses pattes et rentre aussitôt, cela veut dire : « Non )>. Si, au contraire, elle sort entièrement du trou et quelquefois même se promène un instant dehors, c'est : «Oui ».

J'étais moi-même enchanté d'être iixé par le perspicace arachnide surFissue de mes pérégrinations fatigantes. Nous nous mîmes en cercle aune certaine distance du trou; au milieu, Maonda, le plus ancien, s'accroupit tout près et commença l'évocation : « Bouï, lui dit-il, voilà trois semaines que nous allons dans les bois, de la nuit jusqu'à la nuit : nous n'avons plus de pieds et nous n'avons pas vu l'ivoire; dis-nous, faut-il retourr ner au village? Dans ce cas, rentre vite dans ta maison. Si nous devons avoir de l'ivoire et de la viande, sors te promener au jour ».

Et il versa un peu d'eau de ma gourde dans le trou : quatre pattes velues, réunies comme les doigts d'une main de singe, se montrèrent aussitôt près de l'orifice; nous nous écartâmes de quelques pas, en silence, les yeux fixés sur l'insecte. Après un instant d'hésitation, une énorme araignée velue, de la taille d'un œuf de pigeon, jaunâtre, sortit à la course , fit quarante centimètres en droite ligne , s'arrêta indécise et, brusquement, faisant volte-face, rentra chez elle à la charge, comme quelqu'un qui s'aperçoit subitement qu'il a oublié son parapluie par un temps douteux.

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