‹ Mes grandes chasses dans l'Afrique centraleChapitre 91 sur 113 · BUFFLES OU ELEPHANTS · texte numérisé non relu

BUFFLES OU ELEPHANTS

tout au moins, et de nous permettre de nous reposer tous, sans g-ardcr des hommes éveillés pour entretenir les feux, comme cela se faisait en terrain découvert.

L'espace qui constituait notre habitation pouvait avoir () mètres de long sur 3 de large. J'avais un coin à moi et les hommes s'entassaient de l'autre côté, ayant tout juste, vu leur grand nombre, la place nécessaire pour pouvoir s'étendre.

Or, nous étions tous profondément endormis et il pouvait être une heure du matin, lorsqu'un vieux chasseur de Tète qui faisait partie de la bande et avait le don de faire rire tout le monde par ses saillies, me toucha légèrement, et, après m'avoir éveillé, me dit : « C'est moi, Spulieta (1) : des éléphants ou des bufïles s'approchent ; je ne dormais pas et je les ai entendus. »

Je rejetai ma couverture, mis mes souliers et restai assis sur ma natte, tendant l'oreille. L'obscurité était complète, j'essa^^ai de regarder au dehors par la porte, mais la nuit était si noire, les ténèbres si épaisses que le ciel ne se distinguait pas de la terre. Je fis éveiller mes chasseurs afin de décider si ce que nous entendions était des buffles ou des éléphants. Tout le monde resta muet, à écouter

La rumeur semblait rapprochée, mais, comme je l'ai déjà dit, trois ou quatre éléphants de loin font autant de tapage que vingt-cinq Jtuffles de près. C'est une nuance à distinguer, ce qui est très diflicile pour l'oreille : le bruit des branches est le même, seulement la distance varie. Si les éléphants sont en marche au pas, il faut qu'ils soient très près (cent ou deux cents mètres) pour qu'on puisse les reconnaître sans crainte de se tromper. S'ils mangent, plus de doute possible, à cause du fracas qu'ils produisent en brisant de grosses branches ; il en est de môme s'ils boivent dans des endroits où ils se croient en sûreté, car

(1) Spulieta, capsule.

ils font des concerts de trompe sur les bords de l'eau; dans ces deux cas, on les entend de fort loin.

La nuit dont il est question , nous entendions une marche lente sans signes distinctifs : de petites branches brisées, des coups qui pouvaient être produits aussi bien par des cornes de bufiïes que par le bris d'arbustes : d'abord à plus d'un nulle, puis se rapprochant sensiblement, la troupe d'animaux devait bientôt nous renseigner sur sa nature.

Mais, d'une faron ou d'une autre, nous ne pouvions absolument rien faire. Le jour ne paraîtrait pas avant cinq heures et d'ici là les animaux seraient loin : chercher à tirer dans l'obscurité était une idée aussi peu pratique qu'insensée.

Les nocturnes voyageurs venaient droit à nous, c'est-à-dire face à la porte de notre camp. Le vent faisant le même trajet, ils ne pouvaient nous sentir. A gauche de la porte se trouvait la mare dont j'ai parlé, et, en admettant qu'ils vinssent boire, ils ne pouvaient pas soupçonner notre présence. C'est après qu'était le danger, selon la direction qu'ils prendraient. S'ils passaient derrière notre camp, ils nous éventaient; bifurquaientils, au contraire, soit à droite soit à gauche, à cause du double obstacle offert par la mare et le massif de végétation où nous étions cachés, nous passions inaperçus.

A une centaine de mètres, autant que j'en pus jnger, tout le monde pousse une exclamation sourde : « Des éléphants! des éléphants! » En effet, on distingue le ffappement de leurs grandes oreilles, un souffle puissant et intermittent. L'oreille collée à terre peut compter leurs pas ; ils dévient légèrement à gauche; ils vont boire. Nous supposons qu'ils sont quatre; ils doivent même marcher à une vingtaine de mètres les uns des autres.

Quelle situation! Après des mois de fatigues et tant d'espoirs déçus, me trouver enfin à cinquante mètres d'une troupe d'éléphants, mais par une nuit noire, au milieu de ténèbres à

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