‹ Mes grandes chasses dans l'Afrique centraleChapitre 94 sur 113 · A QUOI JE DUS MON SALUT · texte numérisé non relu

A QUOI JE DUS MON SALUT

séparaient, trente mètres d une végétation épaisse où la bète passait comme une flèche et où nous pouvions à peine nous frayer passage. Une seule idée se lixa dans mon esprit, à laquelle je dus mou salut : sortir du veut de réléphaul. Api'ès quelques sauts en avant, j'avais soudain tourné à angle droit, courant comme jamais je n'ai couru , comme jamais je ne courrai; tout

La rivière Poiili au l^ays de Makauga.

ce qu'un être humain peut faire, je l'avais fait dans cette lutte de quelques secondes avec une bête furieuse dix fois plus rapide que moi. Ma peau avait beau se déchirer aux épines, je ne sentais rien, n'ayant qu'une seule appréhension, celle de faire un faux pas et de tomber. C'est ainsi que je parcourus plus de cent mètres en quelques secondes dans une végétation épaisse où jamais je n'aurais cru qu'un liomme pût courir.

L'éléphant avait dû cesser de me sentir dès que j'avais tourné ; la végétation l'empêchait sans doute de me voir; il avait clier-

CIIASSES DANS L'aFAIQUE CENTRALE.

elle une autre victime et, n'ayant rien vu, car cliacun de nous avait pris soin comme moi de sa propre existence, il était rejKirti au grand trot, s'éloignant avec un fracas de branches qui permit de le suivre de l'oreille pendant longtemps encore.

On a contesté qu'il existât des éléphants dépourvus de défenses; mais M. Selous en parle souvent dans ses ouvrages, et moi j'en ai vu plusieurs fois : il y a des éléphants qui ont deux défenses ; d'autres n'en ont qu'une, d'autres encore n'en ont pas du tout : ces derniers sont toujours des femelles. Toujours épargnées par les chasseurs qui ne tirent que sur les tuskers (animaux à ivoire) , elles arrivent à des tailles considérables et atteignent un âge avancé. Leur méchanceté est proverbiale : « Chasseur, qui aperçois dans un troupeau une ou plusieurs de ces femelles, prends garde à toi : c'est là qu'est le danger; si elles sont en nombre, éloigne-toi à la hâte, aussi vite que tu le peux. »

Le son de la voix humaine suffît pour faire entrer ces animaux en fureur; on en cite qui poursuivent l'homme sans que celuici ait attaqué aucun des éléphants à ivoire qu'elles accompagnent. Les plus grands éléphants que j'aie jamais vus étaient des femelles de ce genre ; elles rendaient beaucoup de points <à Juliette du Jardin d'acclimatation, une Africaine aussi celle-là.

Les mâles seuls portent des défenses qui ont du corps, c'està-dire de forme cylindro-conique, grossissant avec l'âge; chez les femelles ordinaires, ces dents sont longues et minces et de même grosseur partout.

Timide conmie une gazelle, l'éléphant s'enfuit comme elle dès qu'il sent l'homme : doué d'un odorat merveilleux, il reconnaît à des distances extraordinaires l'odeur de son ennemi ; mais, si le vent n'est pas favorable, sa vue lui est de peu d'utilité et son oreille de moins encore. Est-il blessé, il devient aussi terrible qu'il était timide avant d'être attaqué : assez souvent, sinon toujours, il s'élance sur le chasseur avec une

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