DISTANCE PARCOURUE EN 17 JOURS
Maintenant qnc le lecteur a fait plus complètenieut eonuaissance avec le géant des forets, je le ramènerai à l'endroit où, après deux semaines de poursuite, la persévérance avait fini par triompher. Je résumerai d'après mes notes les fatiii^ues de cette chasse mémorable pour moi. Voici les dates et les heures do uuirehe, déduction faite des haltes, des repas et des nuits :
■20 ilrccmliiv 1S9"2, marclié 11 heures
janvier
et demie
et demie
et demie
et demie
5 — 2 — TOTAUX = 17 jours 16(3 heures
Sur la piste battue des éléphants , vu la facilité relative de la marche et notre allure pressée, j'estime notre parcours à trois milles à l'heure ou cinq kilomètres, ce qui porte la distance parcourue au chiffre respectable de 498 milles ou 830 kilomètres, sous le soleil brûlant ou la pluie battante, avec des fusils pesants, des paquets de vivres, des bouteilles à eau, des épines, des guêpes , des moments de désespoir et des lueurs d'espérance, sans compter ce moment terrible de la fin où notre frêle existence ne tint qu'à un caprice de la destinée ! ! !
Oui, la petite troupe avait bien gagné ses éléphants! Ils étaient là tous deux : l'un étendu sur le flanc, l'œil vitreux mais gardant une expression de douceur, la bouche ensanglantée, le flanc désormais immobile, la trompe couchée sur le gazon à
CHASSES DANS l'afuiqle ckxtuale. 38
demi enroulée, comme un boa endormi... L'autre, las de se plaindre, maintenant muet et calme en apparence, mais farouclie et sombre, prêt encore à la lutte, à moitié accroupi, à moitié relevé, épuisé en efforts impuissants; autour de lui, la terre rase, un cercle labouré, balayé.
La pauvre bête me faisait pitié ; mais, voulant que sa viande fût utile, je tenais à la laisser vivre jusqu'au lendemain afin do laisser à nos hommes le temps d'arriver. Vers le soir, pourtant, voyant ses souffrances, ému du sang qu'elle perdait, je lui donnai le coup de grâce, ou plutôt les coups, car il en fallut quatre pour l'achever.
Ses défenses pesaient ensemble plus de cinquante kilogrammes ; celles du jeune mâle, quatorze kilogrammes à peine.
Après cette chasse je retournai à Makanga retrouver Hanner. J'appris que, pendant mon absence, il avait failli se faire tuer aussi, mais par un léopard. 11 avait eu la chance, en plein jour, d'en voir un qui, sans l'apercevoir, venait boire sur la rive opposée de la rivière Revougoué. Il avait tiré et l'animal blessé s'était traîné dans les rochers qui avoisinaient la rivière et où croissaient des buissons assez touffus. Hanner avait eu l'extrême imprudence de traverser aussitôt le cours d'eau et, avec deux hommes, de s'aventurer à la recherche de l'animal, au milieu des quartiers de roche et des petites broussailles. Tout à coup, au moment où ils passaient devant un fourré, la bête avait bondi, furieuse, et, avant que Hanner eût pu rien faire, elle avait jeté un des hommes à terre et l'avait mordu cruellement au bras, à la main et à la cuisse; elle avait ensuite sauté sur son camarade que, d'un coup de griffe, elle avait mis hors de combat. Elle rebroussait chemin pour retourner dans son repaire, quand Hanner , qui n'avait pu jusqu'alors tirer sur elle de peur de blesser les hommes, choisit ce moment et l'acheva d'une balle dans la t^te.
Le premier noir qu'elle avait attaqué avait succombé à ses