UN SERPENT MAL DISPOSE
ii'ravcs blessures ; le second se i^fiiérissait lentement à Faide de pansements d'eau pliéniquée. La dent (peut-être bien la bave) et les o-rifîes des félins sont excessivement venimeuses.
Pendant le mois de janvier, je continuai à visiter la région montagneuse qui s'étend au nord du pays de Makanga, et j'y chassai les antilopes. J'avais poursuivi pendant plusieurs jours (attendu qu'il n'y avait pas autre chose dans le pays) une troupe de nsoualas [œpyceros mclainpus) qui me fournirent de la viande excellente et tendre, ainsi que des peaux pour m'habiller, car ma garde-robe était réduite à fort peu de chose. Un après-midi, je me traînais dans l'herbe, épiant un troupeau de ces animaux qui étaient devenus fort méfiants; j'étais accroupi, me faisant aussi petit que possible, et je m'arrêtais un instant pour voir si la distance était bonne pour tirer, lorsque du coin de l'œil il me sembla voir à droite quelque branche se balancer. Comme il n'y avait que du gazon et de grands arbres, cette idée me fit tourner la tête. Jugez de mon étonnement, lorsque je vis que ce que j'avais pris pour une branche était tout simplement une inainba (ou cobra di capello)^ un des serpents les plus dangereux de l'Afrique, lequel, droit sur sa queue, le cou enflé de colère, me regardait avec des yeux étincelants en se balançant d'une façon inquiétante. Le reptile était à peine à un mètre de moi ; j'avais peur de faire un mouvement qui le déterminât à m'attaquer. Aussi, presque immobile en apparence, sans bouger la tête ni le haut du corps, je reculai insensiblement, et la distance entre nous fut bientôt de trois mètres au lieu d'un. La bête plongea dans l'herbe et disparut ; j'allai m'accroupir un peu plus loin et continuai ma chasse, sans que ce petit incident eût été soupçonné, ni par mes hommes, qui étaient à quelque distance, ni par mon gibier. J'ai toujours supposé que ce serpent avait des petits et que le hasard m'avait fait m'accroupir près de son nid : il m'avait prié de me retirer, et je n'avais eu garde de lui déplaire ; elle avait l'air si persuasif, madame Serpent !
A cette époque marriva encore une autre aventure qui l'aillit se terminer fatalement pour moi.
Dans le but d'acheter des provisions, des chemises et des chaussures, je me rendais à Tête avec quelques hommes, n'emmenant que Tchigallo comme chasseur. Après les fatigues du mois précédent, Tambarika et Rodzani étaient allés se reposer une lune à Mikorongo; Msiambiri était malade et Maonda avait des raisons péremptoires (que je n'ai pas cherché à approfondir) pour ne pas se montrer à Tète : quelque vieux démêlé avec les Portugais, sans doute.
Les premiers jours du voyage se passèrent sans incident aucun : c'était la jungle dans toute sa monotonie. Je tuai une antilope noire et un buffle qui nous fournirent du beltong pendant le trajet, et, le quatrième jour du voyage, nous campions sur le bord d'un ruisseau à quarante-huit heures du Zambèzc afin d'y déjeuner. Après mon repas, je me promenais en vue du camp, à l'ombre, fumant ma pipe, lorsque j'aperçus sur le sol, fraîche et datant d'un instant à peine, la plus belle empreinte de lion que j'aie jamais vue. L'animal ne pouvait être loin. Je sifflai doucement 'pour appeler Tchigallo et, lui montrant l'empreinte, sans mot dire, je lui fis comprendre ce que nous allions chercher. 11 me proposa d'emmener un homme de plus, ce à quoi je consentis, et un des porteurs, un nommé Canivetti, nous suivit armé simplement de deux sagaies : Tchigallo portait mon 12, le fusil de Msiambiri. Or, il faut que je dise que Tchigallo ne m'avait jamais donné grande preuve d'intelligence ni de courage; il suivait la bande d'habitude, mais c'étaient les autres qui travaillaient : il portait son fusil et son paquet, ne passant au premier rang que s'il s'agissait de manger de la viande ; en dehors de cela, il comptait peu ou pas. Je ne faisais guère cas de ses services.
Nous voilà donc sur la piste du Hou pendant plus d'une heure et demie. J'étais déjà décidé à rebrousser chemin, lorsque tout