LION BLESSE
à coup j'apoi'çiis la bote clans Fonibre triin arbuste, nous regardant de face, à environ trente mètres. Ne pouvant la tirer ainsi, je fis deux ou trois pas vers ma gauche, de façon à apercevoir son lïanc, mais, au mrnie instant, devançant mon intention,
elle se mettait lentement en marche vers ma droite, me présentant son épaule à peu j)rès distinctement, au milieu de la végétation.
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Je mis lentement en joue et, suivant de mon guidon sa marche lente et souple au milieu des arbustes, je fis feu à un instant propice...
Je ne vis plus rien, mais un rugissement étouffé me dit que mon projectile était arrivé à son adresse. En ce moment, pour- (pioi moi, si prudent d'ordinaire, tellement habitué à recharger immédiatement mon arme que je le faisais sans m'en apercevoir.
pourquoi me suis-jo avancé imprudemment, mon fusil basculé, ouvert, cherchant à mettre une cartouche dans le canon vide? J'étais cependant bien calme : jamais je ne l'ai été davantage. Pourquoi ai-je commis pareille sottise? Jamais je n'ai pu me l'expliquer. Ce n'étaient pas les fumées du vin, je ne buvais que de Teau depuis un an; ni une insolation, jamais je ne m'étais mieux porté!... On a dans la vie de ces moments inexplicables d'absence, de paralysie intellectuelle.
Je m'avançais donc le fusil ouvert dans la main gauche, la cartouche dans la main droite. Devant moi, un massif. Je le tourne, et me voici face à face avec le lion qui rampe à ma rencontre dans la position du chat aplati qui va sauter sur une souris : avant d'avoir fait un mouvement, je le vois se soulever, se détendre... 11 est en l'air... Un rugissement me déchire l'oreille... Je ne sais comment, mais j'ai sauté de côté et il m'a manqué... La bête se ramasse de nouveau pendant que je recule, cherchant en même temps à fuir, à fermer mon fusil et à éviter le bond qu'elle va faire... De tous cotés des buissons épineux que je sens, que je devine sans me retourner!.. Le lion est efl'rayant à voir... il râle, sa gueule est pleine de sang... il s'élance de nouveau sur moi : un saut de trois mètres ! De nouveau, je l'évite, cherchant toujours à fermer ce maudit fusil, mais la bête ne m'en laisse pas le temps : de sa gueule découlent des glaires et du sang : elle n'a plus la force de rugir — Encore elle se ramasse : cette fois la voici sur moi... je la vois en l'air... elle retombe lourdement... ses pattes aussi sont rouges... Elle agonise... Dans sa fureur elle saute encore et m'éclabousse la ligure de son sang, finissant même par me toucher légèrement, par déchirer ma chemise... Mais elle ne se relève plus. Je ferme enfin mon fusil! Mais c'est bien inutile : la bête se raidit dans une dernière contraction; le lion, cette fois, est mort. Je me laisse tomber à côté de lui n'en pouvant plus : mes idées sont confuses; il me semble que je viens de faire un rêve, que j'ai déjà