‹ Mes grandes chasses dans l'Afrique centraleChapitre 99 sur 113 · PLUS DE PORTEURS · texte numérisé non relu

PLUS DE PORTEURS

vu cette scène autri^fois. Tout cela en quelques secondes à peine.

Je regarde autour de moi : partout du sang, sur les herbes, sur les plantes, sur les arbustes; le lion en est couvert. Le cœur avait été touché, le coup était mortel, mais, malgré cela, quels

J ajji

icii ois une pisle do lion

sauts cette béte agonisante a pu faire ! Quelle puissance de vitalité! Le cœur haché, les veines déjà vides, elle a fait cinq bonds, dont un de près de quatre mètres!

La première émotion passée, j'appelle pour qu'on me donne à boire; je crie, je siffle : personne ne répond. Je me lève, je prends mon sifflet, mais je m'épuise en vain : mes hommes sont bien partis. Les poltrons! ils ont eu peur et se sont cachés. Mais alors ils devraient finir par répondre. Eh bien, non : il n'y a

304 iMES GRANDES CHASSES DANS L'AFRIQUE CENTRALE.

j)Ci'soiiiie aux environs. Je me perds en conjectures : serait-on allé chercher du secours ? et où ? et pourquoi ?

Au bout d'un moment, ne voyant personne, je pense que le camp est loin et qu'il me faudra plus d'une heure pour y arriver. J'ai aussi à enlever la peau de ma victime : je me mets à la hesog'ue et je dépouille ma lionne, car c'est une femelle. Je la mesure auparavant à l'aide de ma bretelle de fusil laquelle est marquée à cet effet : je trouve 2", 65 du nez au bout de la queue et 0'",78 au garrot, ce qui est une fort belle taille; son poids est considérable : je puis à peine soulever le cadavre par le milieu; il doit peser plus de IGO kilogrammes. Je laisse la tête adhérente à la peau et, attachant le tout en un paquet, je le passe au bout d'un bâton que je mets sur mon épaule à côté du fusil. Je reprends le chemin du camp et , lorsque j'arrive au ruisseau, le jour tire à sa fin. Je n'entends pas de voix, tout est bien calme : me suis-je trompé? Mais non : voilà bien là-bas l'arbre où j'ai déjeuné : il n'y a plus personne. En approchant, je vois les restes des feux; l'un d'eux n'est pas éteint; voici à terre quelques poignées de paille et du bois mort apporté pour la nuit. Tout à coup, je me souviens que, sur une colline à notre droite, nous avons vu trois ou quatre cases en arrivant. Je puis y être en une demiheure et je me mets en marche. J'arrive et je trouve un petit hameau où les habitants font pour moi tout ce qui est en leur pouvoir; ils mettent une hutte à ma disposition. Je m'y couche, me demandant ce que peuvent bien être devenus mes hommes, et fort ennuyé. J'étais en haillons et j'allais arriver ainsi à Tête. On n'est certes pas difficile sur le costume dans ces pays; néanmoins, lorsque j'étais dans les villes, je quittais mon appareil guerrier : chassant pour mon plaisir personnel et non pour me montrer, j'aimais à pouvoir me présenter partout décemment recouvert d'un complet blanc. Or, où trouver une âme charitable qui me prêtât des effets jusqu'à ce que j'en eusse fait venir d'autres? J'avais peine à croire que mes hommes eussent voulu me

DESTRLCTIOX DIN SANGLIER.

voler : jamais pareille clio^^c ne m'était arrivée, et iraillenrs je n'avais avec moi que quelques mètres de calicot.

Le matin, je demandai aux gens du village de me donner un homme pour venir avec moi jusqu'à Tète, lui promettant qu'il recevrait là-bas jjour eux uiqietit cadeau que je voulais leur faire.

Je dépouille ma lionne

Un d'eux se proposa, mais, avant de me laisser partir,

le plus ancien du hameau me demanda de leur tuer un sanglier. Tous les matins à pareille heure, une famille de ces animaux prenait ses ébats près d'un petit ruisseau à quelques minutes de marche. J'acceptai de bon cœur et, m'étant rendu à l'endroit indiqué, je vis en effet une bète adulte à quatre-vingts mètres; sans chercher les autres, je l'abattis et rentrai au village, pressé

CHASSES DAXS l'aKHIOIK CK^TRALE.

de partir. Je fis rouler la peau de la lioune qui avait passé la nuit sur un boucan, en attendant que je pusse la faire sécher convenablement, et je me mis en route avec un homme cpii la portail.

Je repassai par remplacement de notre camp, avec le projet de chercher si, par les empreintes, je pourrais savoir de quel côté mes hommes étaient allés ; je n'eus pas de peine à me convaincre qu'ils avaient continué leur route vers Tète. Pour le coup, je nV comprenais absolument plus rien.

Je marchai toute la journée et, après avoir passé la nuit en route, dans un village du nom de Msendjé, je revis le Zambèze à Binga, à onze heures du matin. Je traversai le Revougoué pour me rendre à Matoundo, exactement en face de Tète, et quel ne fut pas mon étonnement, en y arrivant, de voir tous mes hommes se précipiter vers moi , avec des exclamations impossibles à rendre dans notre langue, des cris, des danses! Ils m'entourent et, après m'avoir parlé tous à la fois, ils se retournent vers Tchigallo et Canivetti, les abreuvant (Finsultes et allant jusqu'à leur donner des coups. Le Alliage s'assemble autour de nous; je rétablis l'ordre, et, pour achever de comprendre , — car je me doute maintenant de ce qui est arrivé, — j'interroge chacun à son tour. Tout le monde s'assied à terre autour de nous et les plus anciens répondent.

« Nous étions tranquillement au camp, nous avions entendu votre coup de fusil, disent les porteurs (1), et nous avions déjà mis l'eau pour Vincima sur le feu, lorsque Tchigallo et Canivetti sont arrivés en courant, nous racontant que vous étiez mort tué par le lion, qu'ils vous avaient vu mort et dévoré, qu'il fallait tout de suite aller remettre ce qui vous appartenait au Grand Blanc (gouverneur) de Tête , afin qu'on ne dise pas que

(1) J"ai déjà dit que, dans le calme dos forêts, on entend un coup de fusil à do grandes distances.

EXPLICAÏIOxXS.

nous vous avions tué pour vous voler. Nous avons voulu aller voir si c'était vrai, mais nous y avons renoncé tant Tchigallo et Canivetti se lamentaient, tant ils disaient que Tendroit où vous étiez était loin, et en dehors de notre chemin. Nous sommes donc sur-le-champ partis pour Tète, En y arrivant, nous avons

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Je trouve mon camp déserte.

dit au Grand Blanc ce qui vous était arrivé ; nous lui avons remis tous vos bagages et il nous a dit que deux d'entre nous (Miranda et T'unt'ama) resteraient pour servir de guides, car il allait y envoyer de suite des soldats pour voir. Quant à nous, nous sommes partis hier pour retourner chez nous, mais nous avions honte d'y revenir sans le mzoungo (blanc) ».

J'interroge ensuite les deux hommes qui étaient avec moi lors de l'aventure. Tchigallo répond :

« Dès que le Mauvais Esprit (le lion) vous a sauté dessus, nous avons fui, eroyant que vous fuyiez comme nous ; puis, nous avons (Mitendu le lion rugir et puis rugir encore et, comme vous n'avez pas tiré, nous avons cru que vous étiez mort; car, si vous aviez vécu, vous auriez tiré. Canivetti avait peur de s'approcher. Moi aussi. Je ne savais pas me servir du fusil de Msiambiri. Alors nous avons perdu la tète; nous avons eu peur qu'on dise que c'est nous qui vous avions tué, nous avons pris la fuite, puis nous avons pensé aux charges (colis) et nous sommes allés appeler les porteurs. »

— « Ainsi, leur dis-je, vous avez eu peur et, au lieu de vous approcher quand vous n'avez plus entendu le lion, au lieu de laisser les porteurs venir voir par eux-mêmes, vous avez menti, vous m'avez laissé deux jours et deux nuits sans lit, sans tente, sans nourriture ; je vais vous punir. Tenez bien celui-là, dis-jc aux porteurs qui se jetèrent sur Canivetti, je me charge de l'autre. » Je mis Tchigallo contre un arbre, la face tournée vers le tronc et bouclai mon ceinturon autour des deux; prenant ensuite de la main d'un des porteurs ma baguette de cuir d'hippopotame qu'il avait en guise de canne, j'administrai moimême à mon chasseur une correction si sévère qu'il en perdit connaissance : son dos n'était qu'une plaie. Son camarade eut le môme sort. Je pansai ensuite les deux hommes moi-même.

Personne n'avait murmuré : on savait la punition méritée; quelques-uns même, la trouvant insulhsante, continuaient à insulter les deux coupables. Je confiai ceux-ci à la garde du chef de Matoundo jusqu'à mon retour, et je traversai le Zambèze avec les autres. En débarquant à Tête, le premier Portugais qui m'aperçut, le brave M. Anacletti Nunez, faillit tomber à la renverse : mon costume sommaire, quelque peu négligé, ma façon de débarquer sans qu'on sût d'où je venais, le bruit de ma mort, lui firent supposer que j'étais un revenant. Chez le gouverneur où je me rendis immédiatement, ce fut la même chose. La ru-

r.\ REVENANT. 309

iiieiir publique paraît aux g-iMis plus di^nc tic foi que révidenee.- Ou mettait plus de peine à admettre (pie je u'étais pas mort, qu'on n'en avait eu âme croire tué par un lion. Aux yeux du monde, j'avais beaucoup moins de mérite à m'ètre tiré de cette aventure qu'à y laisser ma vie.

Le gouverneur de Tète, ([ui rtait alors le lieutenant Mesquito de Solla, m'accueillit, comme toujours, d'une façon charmante. Il me Ht rendre mes bagages et me proposa de faire punir les hommes qui étaient cause de tout ; mais je lui répondis que c'était fait. Il avait envoyé à ma recherche une expédition composée du juge Gomez, avec quelques soldats, et il fit expédier des courriers pour l'inviter à revenir en lui annonçant que j'étais à Tète.

Déjà malheureusement, un de mes compatriotes, qui se trouvait à Tète, M. Gaston Angelvy, ingénieur au corps des Mines, avait écrit en Europe que j'étais mort (1). J'en fus désolé à cause de ma famille et de mes amis à qui je craignais que cette nouvelle n'allât porter un coup douloureux.

Après avoir terminé mes achats et passé quelques jours agréables en compagnie de M. Angelvy, que des études sur le bassin liouiller retenaient encore quelques mois à Tête, je repris le chemin de la jungle.

M. Angelvy m'avait fait cadeau d'un appareil ingénieux dont l'invention est due à M. G. Trouvé, ingénieur électricienà Paris, et qui est destiné à rendre de grands services dans les chasses de nuit : c'est un projecteur électrique qui ne s'éclaire qu'à volonté et qui s'ajuste sous les canons de telle façon que son centre lumineux soit exactement convero-ent avec la liû'ue de tir à une distance de trente à cinquante mètres. Ce projecteur est re-

(1) En effet, la Gironde et le Temps annonç;iieiit dans leurs numéros du 5 avril 1803 que j'avais dû être mangé par un lion vers le 15 janvier. Par bonheur, j'avais écrit en Europe, à la date du 21 janvier, une lettre qui était déjà parvenue à destination, de sorte que l'information put être immédiatement rectifiée.

lié à une petite pile portative en même temps que très puissante qu'on met à volonté au repos ou en action et qui est parfaitement suf'lisante pour Tusage auquel elle est destinée. On produit, au moment voulu, au moyen d'un commutateur, le jet de lumière (jui éclaire soudain Tobjet sur lequel on dirige le canon : on peut ajuster aussi sur son arme une petite mire électrique lumineuse.

Mon compatriote n'avait malheureusement plus que fort peu des produits chimiques destinés à alimenter la pile, aussi n'ai-je pu m'en servir qu'une fois, mais cette expérience suffit pour me démontrer qu'à l'avenir, pour mes nouvelles tentatives cynégéti({ues et surtout pour les alTùts de nuit, la pile et les guidons lumineux Trouvé doivent faire partie de mon équipement.

La première et seule fois que j'aie pu essayer cet appareil, j'ai tué un léopard aussi net qu'en plein jour. Combien depuis j'ai regretté de n'y avoir pas recouru plus tôt, à cette invention si précieuse pour moi! Elle n'est pas connue, mais elle mérite de l'être, ne fût-ce que des chasseurs qui passent, en France, les nuits à attendre les canards sauvao-es.

Après l'aventure dont je viens de raconter les détails, le reste de l'année 1893 se passa sans ramener de circonstances aussi périlleuses, aussi désespérées que celles qui en avaient marqué le début. Je continuai à mener de front les explorations et la chasse; mais, pour ne pas fatiguer le lecteur, je ne lui en raconterai que les journées où la recette fut exceptionnelle.

Au mois d'avril, après un voyage infructueux à la recherche d'éléphants, nous revenions dans le nord-est de Makanga, du coté delà source de la rivière Revougoué. La petite troupe n'avait pas changé : c'étaient toujours mes fidèles compagnons, y compris Tchigallo qui, une fois remis de sa correction, avait rej)ris sans rancune (et seulement parce qu'il savait le châtiment mérité) le fusil et le sabre d'abattis. Nous avions déplus quatre porteurs.

Un matin, après une nuit rendue fort désagréable par la pré-

APPAREILS I-LKCTRIQITS DE M. TUOLAE.

Mire électrique luniiiieusc de M. G. Tniuvi-,

soiico de nombreux moustiques, nous nous étions remis en marche. Le temps était très couvert et, quoique les pluies lussent moins violentes vu la saison avancée, une averse ('tait venue subitement nous forcer à déguerpir et à chercher refuge sous un bouquet de grands arbres où nous avions allumé notre feu, attendant patiemment, tout en mangeant du beltong, que le temps nous permît de continuer notre route, puisqu'il n'y avait pas de gibier ({ui valût la peine qu'on se mouillât. Nous étions sur un plateau très élevé qui côtoyait à pic un ancien lit de rivière, fort large et couvert de haute végétation, mais situé à plus de dix mètres au dessous de notre niveau.

Tout à coup monte de cette vallée un fracas de branches qui nous met sur pied. Tambarika s'élance en avant pour voir, et,

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Lrf:

Projecteur électrique de M. G. Trouvé.

arrivé au bord de rescarpcmeiit , se retire subitement, levant les bras, gesticulant, se démenant comme un possédé. Nous nous approchons, et nous voyons trois éléphants en train de fourrager dans la jungle à soixante-dix ou quatre-vingts mètres de nous.

Nous reculons tous, faisant avec crainte la même question : «Le vent! d'où vient le vent? » Comme, avec la pluie, nous ne pouvons nous servir de notre système ordinaire qui consiste à faire voler avec le pied un peu de poussière pour voir le côté où le vent la poussera, je bats le briquet, et la fumée légère qui sort de la mèche nous a bientôt rassurés (1).

Nous descendons rapidement dans la vallée, non sans avoir cherché un endroit un peu moins dangereux que celui où nous nous trouvions, et nous nous approchons des éléphants qui n'ont pas Fair de soupçonner notre présence.

Arrivé à quarante mètres d'eux, je ne les vois plus du tout; les herbes à l'endroit où nous sommes sont si hautes, la végétation si serrée, que nous disparaissons dessous comme des louis dans le gazon. Nous entendons fort bien les énormes bêtes qui continuent à briser des branches, mais il est impossible de les apercevoir. Msiambiri qui est grimpé sur un arbre les voit, mais à distance; elles ont marché depuis que nous ne les voyions plus. Je prends le parti de tirer, croyant éviter ainsi une poursuite comme celle de décembre. Ce fut une grosse sottise. Ces éléphants étaient sans soupçon; ils ignoraient notre présence et, avec un peu de patience, j'aurais pu les avoir tous les trois. Il y avait un jeune mâle et deux femelles, tous d'une taille ordinaire et portant des défenses peu

(1) Les chasseurs indigènes prennent une poignée de poussière qu'ils sèment lentement lorsqu'ils tournent un éléphant; ils ne quittent pas leur main des yeux et jugent ainsi du moment où ils ne peuvent plus avancer sans être sentis. A défaut de poussière, la cendre, les feuilles sèches pulvérisées, la fumée (légère) remplissent le même office.

DERNIERE CHASSE A LKLKIMIANT. 313

dévoloppt'os. Au Ii(ni trattriulrc, et par crainte de les laisser m'éeliapper, je tirai sur Tiiii d'eux à cinquante mètres avec mon calibre 8 qui, à cette distance, n'avait aucune précision. La balle fut perdue, les éléphants déguerpirent, et nous restâmes cinq jours à les poursuivre. Le sixième jour, un d'eux m'olTrit un coup assuré à trente mètres : la balle lui perfora les poumons, nmis, comme une leyon me suiïisail, j'augmentai sans tarder la distance qui me séparait de la béte. Bien m'en prit, car la trompette se fit entendre, et, au moment où l'éb''phant partait à fond de train sur Maonda qui était resté dans son vent, je lui tirai un deuxième coup qui le fit arrêter net puis rebrousser chemin quelques mètres. Il resta ensuite immobile, la tète basse; comme il était à soixante mètres de moi, et que l'express seul est sûr à cette distance, je pris un projectile plein en plomb durci que je substituai à la hâte à la balle expansive; pendant que l'éléphant immobile était au même endroit, je tirai à la naissance du cou, entre ce dernier et la racine de l'oreille, et l'éléphant s'abattit, déjà épuisé et blessé grièvement aux poumons et à la trachée artère. Cet éléphant, le dernier que j'aie tué, était une femelle.

Deux mois après, je parcourais le pays des Magandjas situé tout-à-fait à l'ouest de Makanga, et qui, d'après les dernières conventions internationales, est moitié dans la sphère d'influence du Portugal, moitié dans celle de l'Angleterre.

Mon camp était en pleine brousse, dans un endroit où passe la route tout récemment construite de Katounga à Tête. J'avais l'habitude de partir tous les matins dans la même direction, à cause du vent, et d'aller tuer une antilope pour le repas de mes hommes et le mien. A un kilomètre sous le vent et à notre droite, se trouvait une mare où les grands animaux venaient souvent. Un matin, au moment où nous passions en cet endroit, un bruit lointain vint nous faire prêter l'oreille; ce même bruit, nous l'avions entendu un soir. — Pembéré!

CHASSES DANS L'AllilQUK CF.NTl'.AI.F.. 40

(rhinocéros), dit Tambarika; aussitôt nous prîmes le vent pour en sortir à ancfle droit et nous allâmes nous cacher derrière des arbres, ce qui dura moins de temps que je n'en mets àTécrirc.

Le bruit se rapprochait rapidement : c'était un souffle puissant et saccadé, ressemblant, en beaucoup plus sonore, à celui d'un cheval qui corne ; c'était aussi le fracas de branches brisées que le lecteur connaît déjà : son intensité croissante prouvait la rapidité avec laquelle la bête arrivait. Devant l'endroit où nous nous tenions cachés était un gros arbre renversé dont le tronc n'avait pas moins de cinquante centimètres de diamètre et élevé d'environ un mètre au dessus du sol.

Non pas un , mais deux rhinocéros, le premier surtout énorme, arrivèrent avec la vitesse de chevaux lancés au galop, sautèrent le tronc d'arbre et, passant devant nous au même train, disparurent bientôt comme ils étaient venus. J'étais tellement près du lieu de leur passage que je n'avais pu viser : au moment où mon canon suivait le premier, il s'était trouvé brusquement arrêté par l'arbre derrière lequel j'étais caché et, lorsque j'avais fait le tour, je n'avais pu voir que l'énorme postérieur du dernier pachyderme disparaissant dans l'éloignement. J'eus des regrets cuisants d'avoir perdu cette occasion, mais jamais je n'aurais cru que le rhinocéros qui a l'air si lourd et si apathique put galoper à cette allure. J'oubliai bientôt cet incident ; je tuai une petite antilope et je rentrai au camp. L'après-midi (le vent ayant tourné), j'allai d'un autre côté sans penser aux rhinocéros. Mais le lendemain matin, au même endroit et à la même heure, comme nous repassions, ils nous chargèrent encore. Cette fois, je me mis trop loin; ils passèrent à quarante mètres à travers les arbres. Je suivis leur piste en sens inverse pour voir d'où ils venaient et elle me conduisit à la mare dont j'ai signalé la présence. Le soir, j'allai m'y embusquer sur un arbre, mais les rhinocéros ne revinrent que la nuit : la lune était insuffisante, les nuages en mouvement ; j'entendis les pachydermes se vautrer

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