INTRODUCTION. ] 'J
dreux, parlaient en alexandrins insipides et incolores, privés de rimes. Aussitôt, sans perdre une heure, on devait faire évanouir ces ennuyeux et tyranniques fantômes et ces mannequins en ruines, et à leur place montrer un peuple nouveau, innombrable, éclatant de jeunesse et de joie, vêtu de riches étoiles, ruisselant de pierreries et parlant la langue de la poésie divine, qu'il fallait miraculeusement retrouver, comme un diamant perdu dans l'énorme botte de foin des faux classiques.
Ce qu'il fallait faire on le savait très-bien, mais tous les moyens de le faire manquaient, car on ne connaissait en réalité ni les anciens, ni les lyriques du \vic siècle, ni Shakespeare; les sciences historiques n'avaient pas encore été retrouvées et renouvelées; enlin les poètes romantiques comme tout le monde alors, avaient fait dés études quelconques, et n'avaient pas été préparés à la création par une instruction solide que personne n'aurait pu leur donner; ils s'élancèrent, dépourvus de tout et tête baissée, vers la mêlée et vers la bataille, pareils à ces soldats de la République française qui marchaient sans souliers, sentant palpiter sur leurs fronts nus les ailes frémissantes des Victoires. Et comme la Convention avait décrété la victoire pour sauver notre patrie terrestre, pour sauver l'éternelle patrie des âmes, les romantiques décrétèrent le génie. En ell'et In plus humble soldat de la cohorte illustre fut comme s'il avait du génie, et, comme cela était nécessaire, entrepiit des exploits bien supérieurs à ses forces. Arvers fut un de ces intrépides qui auraient pu dire comme l'Aymerillot de La Légende des siècles :
Deux liards couvriraient fort bien toutes mes terres, Mais tout le grand ciel bleu n'empliraitpas mon cœur.
Lisez Le Pcële, La première Passion, Bury, Ce qui peut arriver à tout te monde, La Vie, La Ressemblance : vous verrez que tout ce qu'ont fait avec le même enthousiasme, dans des genres divers, de Vigny, Musset, Gautier, Sainte- Beuve... et leur maître, Arvers aussi l'avait tenté, et que souvent ne les imitant pas, mais puisant aux mêmes sources qu'eux, il fut bien près d'égaler ses émules. On avait oublié démettre le bâton du maréchal dans sa giberne, aussi ne l'y trouva-t-il pas, et, après avoir vainement essayé de foi'cerles portes du théâtre avec son beau drame La Mirt de