A M. A. DE M
LA PREMIÈRE PASSION 20
C'est un homme d'honneur, que j'aime et je révère,
Sage négociant, de probité sévère,
Qui par son zèle actif chaque jour agrandit
L'essor de son commerce, et double son crédit :
Et puisque le hasard à la fin nous rassemble,
Je vous présenterai, vous causerez ensemble ;
Il vous recevra bien, empressé de saisir
Pareille occasion de me faire plaisir.
Vous verrez mes enfans : j'en ai trois. Mon aînée
Est chez mes belles-sœurs, qui me l'ont emmenée ;
Je l'attends samedi matin : vous la verrez.
Oh, c'est qu'elle est charmante! ensuite, vous saurez
Qu'elle lit couramment, écrit même, et commence
A jouer la sonate et chanter la romance.
Et mon fils ! il aura ses trois ans et demi
Le vingt du mois prochain ; du reste, mon ami,
Vous verrez comme il est grand et fort pour son âge ;
C'est le plus bel enfant de tout le voisinage.
Et puis, j'ai mon petit. — Je ne l'ai pas nourri :
Mes couches ont été pénibles; mon mari,
Qui craignait pour mon lait, a voulu que je prisse
Sur moi de le laisser aux mains d'une nourrice.
Mais de cet embarras je vais me délivrer,
Et le docteur a dit qu'on pouvait le sevrer.
— Ainsi, dans mes enfans, dans un époux qui m'aime,
J'ai trouvé le bonheur domestique ; et vous-même,
Vous dépendez de vous, j'imagine, et partant
Qui peut vous empêcher d'en faire un jour autant?
Je sais qu'en pareil cas le choix est difficile,
Que vous avez parfois une humeur indocile ;
Mais on peut réussir, et vous réussirez :
Vous prendrez une femme, et nous l'amènerez,
30 MES HEUftEf PE1DUES
Elle viendra passer l'été dans notre terre : Jusque-là toutefois, libre et célibataire, Pensez à vos amis, et venez en garçon Nous demander dimanche à dinar sans façon, o