‹ Mes heures perduesChapitre 70 sur 97 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

FRANÇOIS I", FERRON en habit de pèlerin.

FRANÇOIS 1er.

Mon père, approchez-vous. Ne pourrais -je savoir Qui vous êtes d'abord ?

FERRON

Moi, je suis un pauvre homme Qui viens de faire à pied le voyage de Rome; Je vis au Quirinal sa sainteté Paul trois, Et j'apporte en ce coffre un morceau de la croix. Tout en m'en revenant, j'ai dans les monastères Saintement visité de pieux solitaires; Ils m'ont dit leurs secrets; avec eux j'ai cherché Le germe précieux dans les plantes caché; J'allai, j'interrogeai dans mes com-ses lointaines Le brin d'herbe qui croît sur le bord des fontaines,

102 LA MORT DE- FRANÇOIS l°r

Et j'en ai rapporté la science, et des mots

Qui, prononcés trois fois, guérissent tous les maux.

FRANÇOIS Ier.

Puissiez-vous dire vrai ! mais je doute, mon père, Que sur ce mal étrange un seul remède opère ; Tout ce que j'ai souffert dans ces huit ans passés. Vous ne le savez pas; saint homme !

FERRON

FRANÇOIS Ier.

Je le sais.

Mires, physiciens et docteurs en magie,

Ont épuisé pour moi leur peine et leur clergie,

Et je souffre toujours !

FERRON

C'est qu'ils ont redouté De vous dire, d'un mot, toute la vérité ; C'est que les courtisans, race ignoble et flétrie, Jusqu'au lit du mourant traînent la flatteiùe. Ce qu'ils n'ont pas osé faire, je le ferai, Et ce qu'ils n'ont pas dit, moi, je vous le dirai. Mais entendez ceci : pour que la douleur cède Au merveilleux pouvoir de l'art que je possède, Il vous faut un cœur droit, que n'ait point entaché De son contact impur la lèpre du péché. Cherchez, examinez dans toute votre vie S'il n'est pas quelque jour dont vous eussiez envie De voir le souvenir s'effacer pour toujours, Et qu'il fallût rayer du nombre de vos jours.

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