‹ Mes illusions et nos souffrances pendant le siège de ParisChapitre 5 sur 16 · I02 MES ILLUSIONS ET NOS SOUFFRANCES · texte numérisé non relu

I02 MES ILLUSIONS ET NOS SOUFFRANCES

beaucoup de besoins. Dans le IX'' arrondissement, où je m'occupe d'ambulances, la proportion des indigents est de i sur 19 ; dans le XI V% elle est de i sur 5. Je suis allée à la mairie des Gobelins, j'ai causé avec l'adjoint; il m'a dit qu'il trouverait des fourneaux si je trouvais des subsistances.

6 octobre.

Hier, manifestation des tirailleurs de Flourens réclamant des fusils cbassepot. Paris est tout attristé de cette manifestation. Dorian, le plus compétent de nos ministres, a répondu à Flourens que tous les fusils cbassepot étaient distribués, et que, pour en forger, il fallait du fer de Suède ou des Pyrénées. Le général Trochu a dit à Flourens qu'il consentait à sortir avec lui : voilà du nouveau î

Je ne m'inquiète pas de voir Paris bouillonner un peu ; le danger est bien plutôt qu'il se refroidisse.

On vient de recevoir une dépêche de Glais- Bizoin; l'espérance renaît. Cette dépêche annonce la levée en masse dans toute la province au cri de : « Pas un pouce de notre territoire, pas une pierre de nos forteresses ! »

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7 octobre.

J'arrive du fort de Montrouge. Deux de mes amies, qui sont alliées du commandant, m'y ont conduite. Comme nous arrivions, les vigies — car nos forts ont pris avec nos marins tous les termes d'un vaisseau — signalaient des grand'gardes prussiennes dans le village de l'Hay. Le commandant courut au rempart, en nous criant que nous pouvions le suivre, si le cœur nous en disait. Nous le suivîmes, et, un instant plus tard, nous étions installées sur les glacis, lorgnette en main, tout près des canons qui nous fendaient les oreilles et nous souffletaient avec de la terre et des éclats de fascines.

Chaque fois qu'un boulet partait mon cœur battait à l'idée que sous ma lorgnette je pourrais voir l'un de nos ennemis frappé à mort. Tout à coup, le commandant signale au meilleur de ses pointeurs un officier prussien, assis dans un fauteuil, sur un balcon, dans une des plus jolies maisons de l'Hay, Cet officier, armé d'une longue-vue, regardait insolemment le fort. « Visez le balcon, » dit le commandant... Panl le boulet troua la maison : balcon, fauteuil, officier prussien, tout disparut. Les camarades du pointeur applaudirent à outrance; je

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jetai un cri de victoire. Le commandant se retourna lentement, tranquillement, et dit : « Un quart de vin à l'homme qui a pointé ce couplà! )) Nous apercevions des groupes de Prussiens derrière les bouquets d'arbres. Le commandant croyait à un mouvement de troupes sur les hauteurs, dans les bois, et faisait tirer dans toutes les directions où il apercevait quelques Prussiens. Un obus tomba au milieu d'une douzaine de grand'gardes, qui se jetèrent la face contre terre, mais dont quelques-uns furent certainement atteints.

Il faisait un temps splendide, un de ces temps par lesquels on rêve de courir à travers champs, à la poursuite des papillons. Nous envoyions des boulets à trois mille mètres, la mort, la destruction, dans ces jolis jardins, dans ces jolis bois, dans ces délicieuses maisons. La guerre, oui, la guerre est une chose étrange!

On s'habitue vite au bruit du canon. Lorsque le coup part, un courant d'air chaud vous balaye la figure, un déchirement se fait dans vos oreilles, l'attention tout entière est fixée sur la direction que doit suivre le boulet, on entend un bruit superbe, imposant, on voit un peu de fumée, puis tout se tait.

Un peu à droite est le village de Bagneux. Des remparts du fort, on domine le plateau de Châtillon, avec son joli moulin, sa vieille tour.

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Les Prussiens sont là. « Il faudrait, à tout prix, occuper ce point, nous dit le commandant, et on le pourrait avec de la hardiesse et de la volonté ! »

En allant au fort et en revenant, nous aperçûmes les campagnes désolées, dévastées, les maisons vides, des barricades, des soldats, des mobiles, les grand'gardes françaises.

Adam était chez Gambetta et causait avec lui des affaires, quand on est venu dire au ministre de l'intérieur que l'air était favorable, et qu'il pouvait s'embarquer en ballon. Il a embrassé Adam et l'a quitté. Gambetta est parti. Quel irréparable malheur s'il tombait dans les lignes prussiennes!

8 octobre.

Il pleut. Je vis une partie de la journée aux ambulances. Une brodeuse est venue me trouver pour convenir du dessin d'un drapeau que M""* Paul Albert, sa mère et moi, nous offrons au bataillon des mobiles d'IUe-et- Vilaine. Ces mobiles se sont fort bien conduits à Châtillon, mais ils y ont perdu leur drapeau. C'est convenu, nous le remplaçons. Le drapeau neuf sera brodé aux armes de la ville de Rennes, avec tour, hermine et le reste.

Un de nos amis, Eugène Lambert, ami de

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