‹ Mes loisirs [microforme]Chapitre 4 sur 46 · LEGENDE · texte numérisé non relu

LEGENDE

1 fait nuit : tout s'endort dans les forêts sauvages ;

e Saint-Laurent, ouvrant l’orbe de ses rivages,

n une immense nappe épanche son flot pur ; ’onde déroule au loin sa vague transparente

t les rives du lac d’une écharpe odorante

t ans Sernblent ceindre un miroir d’azur.

né} | C ne « * Cette légende, écrite pour l’Album de l’Hon. Cauchon, tel” l'est foniée que sur la croyance où sont les habitants des

avirons du lac Saint-Pierre, que, dans les belles nuits d'été, n voit une petite lumière qui semble flotter sur le miroir du

Le roseau chante au vent sa plaintive romar ce

La lune, comme un phare, au front du ciel immense, S’élevant par degrés sur l’aile de la nuit,

Découpe des grands pins les ramures étranges

Dont l’ombre se dessine en gigantesques franges

Ondulant sur le flot qui fuit.

L'oiseau de nuit, quittant sa pose taciturne, S’envole en tournoyant et sa clameur nocturne Se perd dans la forêt avec le bruit du vent ; La brise rit encore au feuillage du tremble ; Le ciel sourit à l’onde et chaque étoile tremble

Dans chaque vague au pli mouvant.

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Voyez, là-bas, longeant les détours de la grève, Comme un fantôme étrange entrevu dans un rêve, Une ombre se glisser d’un pas lent et discret... Aux lueurs de la nuit sa silhouette grise Se détache en passant vacillante, indécise,

Sur le fond noir de la forêt,

La brise Est-ce l” Qui vier Non, c* Qui vier

Comme Son fror Mais 50!

Seul dét Sombre ;

Dans le Elle vit Et, quai Elle se :

Pour pl ]

jibssé La brise nous apporte une voix étouffée. ; immense, Est-ce l'esprit des bois? est-ce une ombre, une fée, Qui vient gémir au bord du lac silencieux ?....

“his Non, c’est un être humain, c’est l’enfant des savanes ml -hué Qui vient parfois, la nuit, rêver sous les platanes,

L’œil hagard, le front soucieux,

Comme un roseau-battu par le vent de l’orage, Son front ridé se penche appesanti par l’âge,

Mais son œil brille encor dans les brumes du soir }

Seul débris d’une race indomptable en courage, Sombre objet de terreur, on la nomme au village : L' Iroguoise du Rocher-Noir !

Dans les drames sanglants que raconte l’histoire, Elle vit sa tribu tomber au champ de gloire, Et, quand eut succumbé le dernier de ses preux,

Elle se retira près d’un rocher sauvage,

Pour pleurer sa grandeur et mourir au rivage

Du lac aimé de ses aïeux.

Elle s’est. arrêtée au pied d’un vaste chône.

Son regard est sanglant ; ses longs ehéveux d’ébène Couvrent. presque en entier son large manteau gris. Elie parle, et sa voix lugubre et monotone

Semble le grincement de la bise d’automne

Dans les vieux ormes rabougris :

‘ © lac qui, sous mes pieds, laisses dormir tes ondes ‘ Forêts dont j’aimai tant les retraites profondes ! ‘“ Sentiers que tant de fois j'ai parcourus le soir !

‘ Manitous qui gardez ces grèves solitaires |

‘ Rochers silencieux! astres pleins de mystères!

‘ Pour la dernière fois j’ai voulu vous revoir!

Vos maîtres ont passé comme l’onde qui coule,

& Comme le vent des nuits qui, chaque soir roucoule “ Sous les rameaux des verts sapins ;

‘6 Comme un léger canot fuyant à la dérive...

“ Et mon œil attristé cherche en vain sur la rive,

‘ La trace de leurs movassins !

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Ô laci te souvient:il des jours de mon jeune âge,

“ Quand plaçant, au printemps, nos wigwams sur ta plage, “ Nos guerriers, dans tes bols, venaient chasser le

« Te souvient-il encor de ces jours si paisibles [daït ? “ Où le vol cadencé des avirons flexibles

Emportait nos canots bondissant sur ton sein ?

“ Te souvient-il encor de la brune Indienne “ Dont la voix se mélait, sonore, aérienne, ‘“ Aux mille murmures du soir,

“ Quand elle suspendait à la frèle liane

‘ Et balançait au vent sa mouvante nâgane,

Berceau d’un guerrier à l’œil noir ?

“ Fleuve, te souvient-il, quand, dans la forêt sombre,

“ Nos bandes poursuivaient de leurs flèches sans | nombre

“ Les Algonquins fuyant, la rage dans le cœur ? “ Ou, sortant tout à coup de leurs mille embuscades, “ Mélaient leur cri de guerre au bruit de tes cascades

Et brandissaient dans l’ombre un tomahawk vengeur ?

# Hélas! ils ont passé comme l’onde qui coule,

4 Comme le vent des nuits qui chaque soir roucoule

‘ Sous les mouvants arceaux des bois !

s Et, subissant le joug d’une race étrangère, # Tes bords ont oublié le noble chant de guerrg “ Qu'ils répétèrent tant de fois |

& Ah! mille fois malheur à ces Visages-Pâles # Dont les mains brandissant des foudres infernales,

66 Ont fait de nos guerriers un ravage inoui !

‘6 Leurs victimes encore attendent la vengeance .,.,

“ Puisse des assassins l’odieuse puissance

+4 S’écrouler sous les coups du fier Areskouï. ,

56 Puisse-t-il, dévastant leurs retraites impures,

# Une torche à la main, scalper leurs chevelures,

“ Broyer leurs membres palpitants,

“ Entonner sur leurs corps hymne de la victoire,

Rougir ses mocassins dans leur sang et.,, le boire

‘6 Dans leurs crânes encor fumants!..,”

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