VIII NOTICE PRELIMINAIRE
qu'une réédition de V Abrégé chronologique de Mézeray (1754, 14 vol. in-12), diverses grammaires latines et françaises (entre autres celle de Lancelot, revue par Duclos), des répertoires de la jurisprudence usuelle d'alors (Code civil. Code criminel. Code marchand, Code Louis XV), tous de format in-24. La science juridique était encore représentée chez Hardy par le Recueil des principales questions de droit de Bretonnier, annoté par A.-G. Boucher d'Argis. Les Eléments de chimie de Juncker, traduits par Becker, les Nouvelles Observations physiques et pratiques sur le jardinage, traduites de Bradley par de Puisieux (1756, 3 vol. in-12), les Instructions pour les jardins fruitiers et potagers de La Quintinie s'adressaient à une classe de lecteurs de tout temps nombreuse et incessamment renouvelée. Deux ouvrages de contemporains célèbres, une édition des Considérations de Montesquieu sur les Causes de la grandeur et de la décadence des Romains et une réimpression des Mémoires d'un homme de qualité, par l'abbé Prévost, semblent avoir échappé, l'une et l'autre, aux recherches de Louis Vian et de Henry Harrisse. Je note encore des rééditions de l'Essai sur les grands événements par les petites causes de Richer, des Fables choisies de La Fontaine commentées par Pierre Coste, une traduction par l'abbé Le Peletier de la Vie du Pape Sixte V de Gregorio Leti, un Traité des principes de la foi chrétienne de Duguet, enfin deux livres de valeur et de notoriété inégales : le Spectacle des Beaux- Arts de Jacques Lacombe et des Pensées errantes, avec quelques lettres d'un Indien, par Mme de Bénonville, dont Barbier a dévoilé l'anonymat. Tout cela ne constituait sans doute pas une exploitation bien fructueuse et n'aurait pas permis à Hardy de se retirer
avant l'heure normale du repos, si quelque héritage n'était probablement venu fort à propos lui permettre de réaliser son grand «dessein». Prenait-il note au jour le jour sur des feuilles volantes des faits qui lui semblaient dignes de mémoire, ou était-il abonné à quelqu'une de ces entreprises de nouvelles à la main qui pullulaient alors, tantôt en dépit, tantôt avec la connivence de la police ? L'hypothèse a été risquée, un peu gratuitement, par Jules Flammermont, frappé de la similitude de quelques passages du Journal de Hardy avec ceux des Souvenirs d'un chevau-léger du marquis de Belleval, mais ces rencontres fortuites sont très rares et l'on peut tenir pour certain que le plus souvent Hardy se documentait, comme on dirait aujourd'hui, par lui-même. Des amis officieux, tels que le commissaire de la place Maubert, Convers-Desormeaux dont il habitait la maison, lui fournissaient des procès-verbaux d'informations et le constat des crimes et des accidents qui, de tout temps, ont défrayé la chronique quotidienne de Paris. Il faisait aussi provision de lettres de mariages et de décès, d'arrêts des Conseils ou de remontrances du Parlement ; mais, loin de n'extraire de ces documents que les parties essentielles, il les reproduisait le plus souvent dans leur teneur intégrale. On conçoit dès lors qu'il lui eût été matériellement impossible de transcrire, chaque matin et chaque soir, tant d'informations et qu'il a dû nécessairement s'écouler un intervalle de quelques jours, sinon même de quelques semaines, entre la date précise où ils se sont passés et celle où il les enregistre, mais cela ne nuit en rien à leur exactitude.
C'est, semble-t-il, en 1753 que l'idée lui vint de garder la trace des événements dont il n'existait point