‹ Mes lundis en prisonChapitre 3 sur 43 · LE DÉPÔT · texte numérisé non relu

LE DÉPÔT

L'ancien et le nouveau l>épôt. — lia pijetole. — Lea sallies*

— Les cellules. — Aliénés. — Population. — La passerelle. - Paquets de chairs humaines. — Personnes arrê- 1\&es. — Les étlapes. — Le commissariat. — Le violon. — Le panier à. salade. — La permanence. — L'entrée en prison. — Le greife. — La toise. — La fouille. — Le tri.

— Aristocratie apparente. — Salle des « petits habits noirs ». — Le régime alimentaire. — Auxiliaires. — Aboyeurs*. — Les substitutions. — Étonnants marchés. — La- police en caserne. — Les chevaux blancs. — Vierge Ibllte. — 0iseau-Mouche et Pbrthos. — La bigame. — Les deux mam. — Hbmme» et femmes au carcan avec que- Qouilles et chapeaux. — Ënfouts- exploités. — La petite bouquetière. — Sœurs Marie-Joseph. — L'allumeuse de la me de Venise. — Ifma-les-Chicots. — La rouleuse des restaurants de iraitL — Cabinet d'instruction. — Défilé de malfaiteurb. — Graiîdeur et décadence. — Ivrogne et meurtrier. — Les razzias. — Cinquante à soixante mille pensionnaires. — Abus de l'envoi au Dépôt. — Cris séditieus<. — Le» Commissaires de police. — Agent» occultes.

— Effets- de la séquestration. — Le demi^iour. — La nuit étemelle.

Entre des voûtes massives, épaisses, au milieu de hautes murailles noircies par les siècles et défiant l'escalade, se trouvaient, donnant sur des cours étroites, non loin oe ViMe du

Préfet de police, deux salles composant ce qu'on appelait l'ancien Dépôt. Avant 1830, ces deux vastes pièces rectangulaires, froides, sombres, humides, dallées, rebelles aux lois de Thygiène et de la salubrfté, servaient provisoirement de lieu de détention aux personnes arrêtées par les rondes et les patrouilles. Elles étaient garnies dans leur pourtour de lits de camp dits « à la Fayard » qui, relevés le matin, et maintenus au moyen d'une enfilade de chaînettes cadenacées, formaient des sièges permettant aux prisonniers de s'asseoir. Moyennant une légère rétribution, quatre détenus nettoyaient les baquets de nuit et apportaient les gamelles à moitié remplies de bouillon maigre. Ce liquide et du pain noir composaient la nourriture des détenus. Les cellules payantes, peu nombreuses, obligeaient le directeur à remplir constamment les deux salles, l'une réservée aux hommes, l'autre aux femmes. Sans distinction de catégorie, les gardiens entassaient les écroués ; et, des individus poursuivis sous inculpation d'outrage, d'injure et de rébellion envers les agents, étaient parqués avec les vagabonds, les mendiants et les voleurs de profession.

Si Chateaubriand a pu s'éviter les horreurs d'une semblable promiscuité, c'est qu'il avait sur lui l'argent nécessaire pour réclamer les avantages de là pistole (l).Que d'hommes émi-

(1) Pistole, dans le langage des prisons, signifie cellule où l'on paye pour entrer. Anciennement, on donnait une pistole par mois, soit : dix francs.

ents, que de personnalités politiques ont passé >ar cet affreux séjour !

A partir de 1850, Pinstallation défectueuse lu Dépôt disparaît. En s*agrandissant, il subit l'importantes transformations : l'air, la lunière enfin y pénètrent ; mais, malgré tous les ttTorts imaginables, l'ombre projeté par les bâlirnents d'alentour empêchera toujours le soleil de s'y montrer. Une infirmerie parfaitement iménagée, avec entrée spéciale, fonctionne poi^r les pensionnaires malades ou présentant des signes d'aliénation mentale. Dans les celules sises au rez-de-chaussée, les lits sont placés très bas. D'autres cellules, en plus grand nombre, permettent d'isoler tout aussi bien les dangereux malfaiteurs que les personnes arrêtées à la suite de mesures administratives ou sur mandat de justice.

Le Dépôt, édifié dans l'enceinte même du Palais de justice, occupe l'espace compris entr^ la place Dauphine et la Sainte-Chapelle. Vers le quai de l'Horloge, se trouve le quartier des hommes, et vers le quai des Orfèvres, celui des femmes. Les salles communes s'étendent de chaque côté et sous le grand escalier de pierre en façade sur le Pont-Neuf ; elles prennent jour par de larges baies formant plafond, mais n'ayant aucune ouverture. L'air se renouvelle au moyen de ventilateurs. Les salles se décomposent ainsi :

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