DE CHARTRES
c( Je suis contente de vous tous.
« M. le duc de Chartres est un peu plus à la
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ir sodétë et moins occupé de me' poursuivre et « de se mettre dans ma poche.
« Il sait combien de prix j'attache à son amitié, « mais il ne doit attribuer qu'à la mienne la ma- € nière fâcheuse dont je le reçois souvent lors-
• a quTl oublie tout ce qu'il doit aux autres pour n me suivre, se mettre à côté de moi, et enfin ne 0 s'occuper que de moi, ce qui lui donne l'air «i niais d'un petit garçon qui n'ose pas s'é- « loigner une minute de son mentor. IViailr « leurSy toutes ces préférences exclusives sont « importunes et ne constituent pas la véritable « amitié; ce ne sont point ces petites démons- 0 trations qui la fortifient : il faut laisser les « caresses et ces manières aux femmelettes. « La confiance ^ Festime , les procédés soute- « nus, rinviolable fidélité, voilà ce qui nourrit « l'amitié.
« Enfin, je ne trouve rien de plus puéril,, de « moins fait pour xm homme, que cette manière « d'aimer que vous avez continuellement avec « moi, et qui fait que vous n'écoutez et ne re- « ^rdez que moi ; que vous avez une. tristesse « invincible quand vous ne pouvez vous placer en - « voiture à côté de moi, etc., etc.
« Vous n'imaginez pas à quel point ces ma- « mères vous rendent maussade pour les autres; « vous devez être certain que je vous aime dans
' « tous les moments de là vie, mais si vous avez
« envie de me plaire, soyez aimable pour tout le « monde. »
L'empire de la sermonneuse, encore belle, sur le duc de Chartres ëtait tel que, lorsqu'à dix-sept ans il est émancipe par son père, qui déclare son éducation finie, il demande et obtient la faveur • de continuer pendant un an les leçons de madame de Genlis. En garnison à Vendôme, il sauve un douanier à la nage ; c'est à elle qu'il envoie une feuille de la couronne civique qui lui a été décernée pour ce trait de courageuse humanité, reportant à l'éducation qu'elle lui a donnée le mérite de son action. C'est près d'elle qu'il assiste à la destruction de la Bastille ; elle le conduit au club des Cordeliers, et se défend mal de Tavoû* fait recevoir au club des Jacobins. Rien d'ailleurs de plus incohérent que les idées politiques de cette ambitieuse; les convictions sont absentes, tout se résume en un mot : parvenir.
Mais bien qu'elle continue à rester Tobjet de son culte, d'autres influences surviennent qui, en politique, balancent et surpassent la sienne : celle du duc son père, membre de la Convention sous le nom de Philippe-Égalité, de MM. de Sillery (1), de Laclos, de Dumouriez, celle enfin du grand révolutionnaire Danton. Officier général de l'armée répubUcaine, le jeune duc contribue très-
Ci) De Genlis.
énergiquement au gain de la bataille de Jemmapes, en ramenant sur les redoutes ses troupes ralliées qu'il enlève au cri de : « Bataillon de Jemraapes, en avant ! » Il n'est pas moins brillant à Valmy; à Neemvinden, il fait preuve de sang-froid en couvrant la retraite.
Revenu sans ordre à Paris, avant de rejoindre l'armée, il avait eu une dernière entrevue avec Danton, lié, comme on sait, par des attaches de diverse îiature et par une sympathie personnelle
au fils de Philippe-Egalité. Un homme d'esprit, le bibUothécaire et l'ami du roi, Vatout, m'a raconté cette conversation singulière, qu'il tenait du monarque, silr qui elle avait fait sans doute une profonde impression. Je dois au comte de Montalivet, mon ancien collègue à la Chambre des Pairs, la confirmation du fait ainsi que l'exactitude des détails.
Instruit de la présence du duc de Chartres, Danton le fait venir place Vendôme, au ministère de la justice, dans son cabinet, dont les fenêtres donnaient sur une allée de tilleuls qui existe encore aujourd'hui.
— Jeune homme, que faites-vous ici? Oé n'est' pas votre place ; retournez à l'armée. C'est encore là qu'on est le plus en sûreté : tâchez de vous conserver.
Et comme le prince protestait contre la préoccupation de sa conservation personnelle :
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— Quand je vous demande de vous conserver, ce n'est pas pour vous, mais pour les autres : la France peut avoir besoin de vous.
Ni les ardeurs de la lutte, ni les ruines dont il était entouré, ni la dictature exercée au nom de la République n'obscurcissaient le coup d'œil politique de Danton. Les paroles qu'on vient de lire semblent le commentaire de sa phrase célèbre : « On ne détruit que ce qu'on remplace. »
Forcé d'opter entre la guillotine et J'exil, le duc de Chartres, mêlé à la défection de Dumouriez, passe la frontière, mais aussitôt se sépare de .son général, refuse de se joindre à Tennenû et se réfugie ^n Suisse.
Il reste plusieurs mois avec sa sœur la princesse Adélaïde et madame de Genlis, obligé de . changer souvent de résidence : partout sa présence trahit son incognito. Il se décide enfin à lés quitter, voyage à pied, et demeure jusqu^en juillet 1794, professeur d'histoire et de mathématiques au collège de Reichenau, canton ' des Grisons, sous le nom de Chabaud-Latour.
11 connut alors la pauvreté, et, copime il le racontait un demi-siècle plus tard, au château d'Eu, à la reine Victoria, il avait vécu longtemps sur le pied de quarante sous par jour. Jusqu'en 96, il parcourt les contrées septentrionales; à cette époque, sur la demande du Directoire, afin de faire cesser la captivité de sa mère et de ses
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frères, détenus en France, il consent à aller en Amérique; là il est accueilli par Washington, et trouve une bienveillante hospitalité.
De retour en Europe, en 1800, iljointàLondfvesles princes de la branche aînée des Bourbons, et réussit à un rapprochement malgré le souvenh» du vote de son père. Jusqu'en 1807, il réside avec ses frères de Montpensier et de Beaujolais à Twickenham, qu'il ne quitte que pour accompagner à Malte son jeune frère atteint d'une maladie mortelle. De là, il va à Palerme auprès dti roi Ferdmand IV, /dont, en 1809, il épouse la fiUe aînée, Marre-Amélie.
C'est peu de temps après, et comme pour donner un gage de la ferveur de ses sentiments royalistes, qu'ayant été appelé par la junte de Séville à se mettre à la tête du parti national pour repousser l'invasion française, il se rend dans cette \ille, adresse des proclamations, mais abandonné par ceux-là mêmes qui l'avaient invité à venir, se rembarque pour la Sicile.
En 1814, il revient en France, accueilli d'abord très-froidement par Louis XVIII, qui lui refuse même le titre d'altesse royale. Les sentiments d'affection qui unissent la famille des Bourbons remportent cependant sur les répugnances personnelles du roi ; le duc d'Oriéans est investi par h» d'un commandement supérieur. A la nouvelle du débarquement de Napoléon, il court à Lyon,
et forcé de rétrograder, mécontent de l'inertie du gouvernement, irrité de la faiblesse de la défense, il refuse d'accompagner Louis XVIII à Gand et retourne en Angleterre.
Quelle doit être la part de responsabilité du duc d'Orléans dans les efforts tentés par Fouché, duc d'Otrante, vers la fin des Cent-Jours, pour lui faire décerner, au congrès de Vienne, la couronne de France ? C'est encore là un point obscur de l'histoire. Mon impression, fondée sur Tétude de son caractère, est qu'il fut informé, mais se borna plutôt à laisser faire. Fouché avait d'excellentes^ raisons pour préférer au chef de la branche aînée le fils de Philippe-Égahté ; il envoya donc à Vienne M. de Saint-Léon proposer la candidature au trône de Louis-PhiUppe ; le comte de Monfrrond vint de surcroît dans le même but. li'ambassadeur, prince de Talleyrand, entra dans le projet; il savait combien l'empereur Alexandre avait été blessé des airs de supériorité et de la roideur maladroite de Louis XVIII à son égard lors de la première Restauration ; il se hasarda à lui indiquer, avec tous les arguments à l'appui, le choix du duc d'Orléans. Aussi, à la réunion suivante, l'empereur de Russie proposa inopinément au congrès d'examiner en quoi^le duc d'Orléans pourrait convenir à la France et à l'Europe. La surprise fut extrême ; le représentant de l'Angleterre, lord Clancarthy, se défiant de la proposi-
tion russe, \et fît échouer en déclarant n'avoir pas pouvoir pour traiter cette question nouvelle.
— Mais, dit-il, personnellement, je pense que ce serait remplacer une usurpation militaire par une usurpation .de famille.
En voyant ce mauvais succès, M. de Talleyrand, comme s'il fût resté étrangère ce qui venait de se passer, avertit Louis XVIII par une dépêche que Chateaubriand prétend avoir eue entre les mains (1). ,
Cette tentative ^avortée de royauté, ainsi que la conspiration militaire qui avait éclaté peu avant le 20 mars, à laquelle était mêlé le nom du duc d'Orléans', et dont Lefebvre-Desnouettes fut le chef le plus compromis, jointes au soin qu'il avait eu de se séparer des membres de la branche aînée, causèrent la disgrâce du prince au commencement de la seconde Restauration. Il dut s'exiler àTwickenham, où il resta jusqu'en 1817. C'est sur l'intercession pressante du comte d'Artois que Louis XVIII consentit à écrire au duc d'Orléans une lettre de rappel. Le comte de Bruges, aide de camp de Monsieur y racontait à ce propos qu'après avoir signé, Louis XVIII aurait dit :
— ' Tenez, mon frère, et gardez cette plume; eUe pourra vous servir un jour à signer votre abdication.
(1) Chateaubriand,- if ^moiTM dPoutre-tombt.
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On m'assure que cette plume, donnée ensuite au comte de Bruges, figure encore aujourd'hui dans les souvenirs historiques de sa famille.
PhiHppe d'Orléans, rentré dans sa patrie et dans ses immenses domaines , se conduit aTec beaucoup de prudence et de modération; niéanmoins il ne peut et sans doute ne veut pas empêcher que son nom serve de ralliement à l'opposition libérale. 11 faut repousser comme sans râleur les assertions relatives à une prétendue protestartion lors de la naissance du duc de Bordeaux ; son mécontentement, d'ailleurs fort naturel, ne se trahit par aucun acte. Autant par goût que par calcul, il envoie ses fils au collège, il estuniyepsitaire, anti-congréganiste. De tous les arts, c'est la peinture qu'il préfère ; il admet dans son intimité Horace Vemet; il s'associe à la popularité du peintre des scènes mihtaires et des bataâ^ les de l'Empire. Il voit des députés, des écrivains, des avocats, Lafayette, Benjamin Constant, Depin, Barthe, Mérilhou, le comte de Kératry, Salvandy, Cauchois-Lemaire, le banquier hbéral Jacques Laffitte, lepoëte Béranger. Enfin, il surmonte ses habitudes d'économie en distribuant à propos quelques secours à des officiers en demisolde ; mais il est loin de conspirer. Il a gardé de l'exil la ferme résolution de ne plus émigrer, de son ancienne pauvreté un désir d'amasser, une crainte excessive de se trouver jamais, lui et les
siens, au dépourvu : avant d'être ambitieux, il est propriétaire.
En 1822, M. Madier de Montjau, conseiller à la cour royale de Nîmes, avait adressé aux Chambres des pétitions dénonçant des actes de violence et de réaction renouvelés sans cesse dans le Midi sous l'imputsion d'un gouvernement occulte. Mandé à Paris par le ministre de la justice, M. do Serre, et jugé discipliiiairement par la cour de cassation, la hardiesse de sa démarche Tavait fait adopter tout d'abord par les Chefs de l'opinion libérale ; il fut accueilli au Palais-Royal. Un mot du duc d'Orléans à M. Madier de Montjau résume, à mon sens, le plan de conduite que ce prince s'était tracé^
— Croyez-moi,, monsieur, il n'y a qu'une manière raisonnable de conspirer : c'est la conspiration à portos ouvertes ; dans colle-là on gagne tout, et on ne perd jamais rien, parce qu'on ne met pas d'enjeu.
Des prévenances envers les favoris de la popularité, de bonnes paroles, des serrements de main aux mécontents, quelques places données aux destitués pour opinion, c'est là tout ce qu'il se permet; il s'observe et il observe.
En 1827, à une grande revue passée par le roi, la garde nationale a osé proférer les cris répétés de : A bas Villèle ! A bas les ministres ! Charles X a commis la faute impardonnable de la
dissoudre, Louis-Philippe la rétablira ; il la prendra non-seulement comme la base la plus large de sa royauté, mais aussi comme le guide, le baromètre à consulter pendant son règne.
11 a été également témoin de l'indépendance d'une Chambre des pairs héréditaire ; il l'a vue arrêter par ses votes les projets de lois les plus importants de la couronne : le droit d'aunesse, la conversion des rentes, modifier la loi du sacrilège, repousser la censure, contribuer à la chute d'un ministère, et puiser une telle force dans ce principe d'hérédité qu'une fournée de soixantetreize membres n'a pu modifier sa majorité. Devenu chef de l'Etat, loin de tenter aucun effort pour conserver l'hérédité, il s'associera volontiers à ceux qui veulent l'abolir, à la condition qu'on lui réserve la nomination des membres de la pairie.
Enfin, en 1830, la révolution éclate, il attend; elle a le dessus, il écoute les ouvertures de M. Thiers; il se fait demander,- il cède, il se dévoue.
Je n'examinerai pas ici s'il a tenu assez grand compte des liens* de famille., et s'il n'aurait pas dû risquer son avenir et celui de sa dynastie pour se faire accepter régent pendant la minorité de Henri V : ces cas de conscience personnelle n'intéressent pas la nation. Je suis d'ailleurs convaincu qu'à Paris, après la lutte des trois jours.
aucun membre de la branche aînëe des Bourbons n'ëtait admissible ; il a été accepté quoique Bourbon, |)arce qu'il était le représentant accompli de la classe moyeîme, intelligente et riche, bénéficiaire de la révolution de Juillet. Des parrains tels que Lafayette, Jacques Laffitte, Bérangeb, les rédacteurs du National ont réussi à le faire acclamer du peuple comme « la meilleure des républiques » ; une Chambre des Députés amoindrie et dépréciée s'est hâtée de le nommer avant de mourir. Un véritable ambitieux aurait fait procéder à ime élection solennelle ; il aurait tiré sa force de cette élection; lui, se contente d'à peu près, s'ofïrant à ses frères, les souverains étrangers, comme un pis-aller du droit divin.
Le nouveau roi a cinquante-sept ans, il est humain, prudent, instruit, bienveillant, de mœurs irréprochables, ferme et courageux ; mais calculateur, fin, rusé,' inaccessible à la politique, de sentiment, aux élans d'imagination; il a une médiocre opinion de ses semblables, une dissimulation expansive, la passion des apanages, avec la capacité, la volonté de gouverner et la vanité <le paraître gouverner.
La simplicité de ceux qui ont patroné cette loyauté en l'entourant d'institutions répubUcaines, «I été de ne pas comprendre que Téquivoque ne I>ouvaitpa^ se prolonger; que, fatalement, la réput)Uque devait dévorer la monarchie, ou la monar-
chie la république. Il fallait opter, et le choix dH roi ne pouvait être douteux : aussi mit-il d'ai)ord ses soins à miner les institutions républidhiReSy puis à s'en affranchir par une lutte ouverte. ïl s'est soumis trop aisément à la nécessité de Fingratitude; mais, pour être juste, il faut reconnaître qu'après les victoires sanglantes de la guerre des rues, Louis-Philippe a su régner et prospérer avec une liberté limitée.
Politiquement ses fautes les plus graves selon moi avaient été jusqu'en 1838 :
V De n'avoir évité la guerre qu'au prix de notre prestige, en sacrifiant successivement noi alliés naturels : la Pologne aux insolences dm czar, l'Italie à Yulthnation du prince de Mettei^ nich ; en renonçant à rendre française la Belgique, qui se donnait à nous. Peut-être l'audaoe mieux que la faiblesse aurait-elle conjuré le flëan de la guerre : en tout cas le système de condescendance et d'oubli des injures, antipathique à la nation, diminua le souverain, échauffa les haines, et substitua la guerre civile à la guerre étrangère.
2^ Roi constitutionnel, d'avoir aidé à l'annulation du pouvoir modérateur. De sorte qu'à partir de 1838, Tordre matériel rétabli, Louis-Phiiippe et la Chambre élective se sont trouvés face i face, sans intermédiaire capable d'amortir les coups ou de pacifier le débat, se disputant le gouvernement dvi pays.
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3* La plus grave de toutes, celle dont nous souffrons aujourd'hui, a été d'avoir amené la scission entre le peuple et la bourgeoisie ; mais il n'a feit en cela que partager Terreur de presque tons les honunes des classes aisées. On peut Même dire qu'en s'étendant jusqu'à la garde natiotiaie, sa vue était plus longue que celle de ses ccBseillers et des principaux chefs de la bourg^isie, tous malthusiens, croyant aux maux nécessaires, la misère, l'ignorance, etc. ; comme eux, il jugeait Tinstruction primaire gratuite et oUigatoire, une chimère; le suffrage universel, Tffle chimère; le droit au travail, une chimère. A un mal trop intense, comme la détresse des ouvriers de Lyon en 1831 et 34, l'insurrectioh vaincue, il appUquait des calmants, mais jamais raie solution économique : il ne la connaissait ni ne la cherchait.
Les deux premières fautes, purement politiques, lui sont personnelles ; la troisième, politique et sociale, a été celle de sa classe et de son temps.
Je le louerais volontiers d'avoir recherché l'ai-
liance de la Ubre Angleterre, si, avant de se jeter dans ses bras, il n'avait épuisé la série des avances dédaignées vis-à-vis de la Russie.
Au point de vue pliilosophique, et son système de paix 'absolue une fois admis, Louis-Philippe aunait pu, lui , dire avec vérité : « Mon règne,
c'est la paix. » Il a plus 'd'une fois répète : « N'estce pas une belle chose que d'avoir ime armée capable de vaincre et de ne pas. s'en servir?» Sans doute, et une plus belle chose encore eût été la suppression de l'armée elle-même. Mais, quoi qu'on fasse, il est impossible d'oubUer quelles considérations d'égoïsme politique se mêlaient en lui à un sentiment supérieur d'humanité. Comme il est advenu au siècle passé de l'esprit de localité et de province, le patriotisme aussi tend à décroître ; sous ce rapport, le' roi devance son époque : pendant vingt ans exilé, parcourant l'Europe et l'Amérique, il est rentré plus cosmopolite, plus humain que patriote. Tel m'apparaît le souverain qui, confiant dans sa capacité p.ersonnelle, après avoir usé en quelques mois Lafayette, Laffitte et Dupont de l'Eure, avoir utilisé Casimir Périer jusqu'à la mort, subissait impatiemment le ministère présidé par le duc de BrogUe, ayant pour collègues MM. Thiers et (îuizot ; puis, à mesure que la révolution armée était vaincue, l'ordre matériel atfermi, à deux reprises se débarrassait du chef de ce cabinet, adversaire inflexible de sa prédominance dans le gouvernement; employait toutes les ressources d'un esprit inventif à introduire dans chaque ministère un germe dissolvant ; stimulait les rivalités ; après avoir relayé le 22 février avec M. Thiers, le 6 septembre avec MM. Guizot et Mole , compo*
sait enfin, le 15 avril 1837, une administration du comte Mole aux affaires étrangères, du comte de Montalivet à Tintérieur, serviteurs intelligents et dévoués de sa pensée politique.