CENTRES, ABANDONNÉ PAR LA GAUCHE
Ces derniers mots écrits en marge par la main de Berryer.
J'ai déjà eu occasion de montrer la sympathie réciproque de ces deux hommes éminents. L'entreprise de Berryer de prêter appui à celui qu'il supposait capable d'arracher le gouvernement aux mains du roi pour le faire passer dans le parlement, était logique, habile, mais hasardeuse; elle avait besoin, pour être justifiée, d'une fermeté inébranlable du chef du centre gauche, tandis que sa faiblesse amoindrissait ceux qui lui avaient donné leur concours. En ce sens, on peut
dire que rinfluence de M. Thiers a été funeste à Berryer; sous la République, le contraire a eu lieu. Je serais tenté d'attribuer pour une large part au chef légitimiste, ami des Jésuites, la conversion de M. Thiers au cathoUcisme poUtique, et son adoption de la candidature présidentielle de Louis-Napoléon. Mais c'est là un point à traiter en 1848.
Évidemment, avant l'arrivée de M. Thiers et de ses collègues aux affaires, il y avait eu des ministères parlementaires : celui de Casimir Pé rier et celui qui, à deux reprises, avait eu pour président le duc de Broglie. Mais ces choix étaient dictés au roi par la majorité conservatrice ; c'était la première fois qu*il était forcé de prendre uniquement ses ministres dans les diverses nuances de l'opposition. Si MM. de Jaubert et de Rémusat avaient été autrefois d'ardents conservateurs, depuis deux ans ils ne s'étaient pas montrés moins fermes et moins résolus défenseurs de la prérogative parlementaire. La coalition avait donc obtenu, quant aux personnes, un résultat de sa victoire. La gauche dynastique croyait sage de consolider par son appui ce premier pas vers le progrès, et elle attendait de l'avenir une satisfaction sur les choses.
Moins confiant dans les personnes, Gamier-^ Pages, au nom de la gauche radicale, demandait comme gage d'alliance une mesure libérale, si
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modérée qu'elle fût : à défaut de la réforme électorale, une extension des incompatibilités, Tamendement de M. de Tocqueville, enfin quelque chose.
Berryer mettait à l'appoint de ses trente Yoiz légitimistes la condition que M. Thiers se déclarât hardiment ministre imposé.
Tels étaient les auxiliaires que le président du l*r mars devait se concilier, tout en attirant à lui la grande masse flottante des centres. Il posa d'abord la question de cabinet sur le vote des fonds secrets, et, le 24 mars, ouvrant la discussion, M. Thiers exposa avec une remarquable habileté la cause de son arrivée au pouvoir, du choix de ses collègues, sa signification politique, et se qualifia lui-même de ministère de transaction.
Attaqué par MM. Desmousseaux de Givré et Lamartine, qui voulaient voir plutôt en lui un ministère de transition vers une opposition plus avancée, défendu par Odilon Barrot, sommé par Gamier-Pagès de donner caution, adjuré par Berryer de tenir plus haut son drapeau, M. .Thiers fit on pas de plus.
« La question de principe, disait-il, s'est trouvée résolue le jour où la couronne est venue me chercher au sein de l'opposition pour constituer un cabinet : alors il est apparu que la révolution de Juillet n'était pas une déception, et qu'il
n^existait pas entre le gouvernement et Toppositien d'abîme infranchissable.
« Je vous dirai une chose : si je fléchis^
ce ne sera pas mon cœur, ce ne sera pas l'énergie de ma volonté; si je fléchis ^ ce sera mon esprit ; ce sera parce que les circonstances seront plus grandes que lui ; mais jamais je ne fléchirai devant cette volonté de résister aux obstacles. Je serai à la fois ministre de la couronne et ministre indépendant^ et capable de lui dire avec franchise ce que je pense. ï>
246 voix contre 160 accordèrent un vote de confiance ou d'espoh* aux ministres du r mars.
Jamais la spirituelle ironie de Gamier-Pagès n'avait été mieux inspirée qu'en motivant sa dé. fiance des hommes qui composaient la nouvelle administration; néanmoins lui et ses amis se résignèrent à voter les fonds secrets.
Sans être à beaucoup près aussi soupçonneux, aussi découragé sur le libéralisme de M. Thiers, je résolus, qu^nd la loi des fonds secrets fut portée à la Chambre des pairs, de prendre mes précautions et de faire mes réserves. J'étais amicalement accueilli au ministère des affaires étrangères; ayant communiqué à M. Thiers le plan de mon prochain discours, il se récria sur les embarras que j'allais lui causer, et insista avec vivacité pour me détourner de prendre la parole ; je ne me laissai pas gagner à sa proposition de
reporter mon éloquence sur la question des sucres. Les embarras, d'ailleurs, n'existaient que dans son imagination ; deux années d'une triste expé* rience m'avaient convaincu de l'obéissance de la pairie à tout ministère, si antipathique qu'il fût à sa majorité.
« Membre de la gauche, ministériel rallié par une transaction, je ne viens pas apporter ici au ministère le faible appui de ma parole. Il n'en a nul besoin, et il y aurait quelque puériUté de ma part à l'entreprendre, quand M. le président du conseil a déjà soutenu et expliqué sa politique avec autant de talent, et je dirai (car je lui en sais gré encore) avec une ^oble franchise, dont, pour ma part, je le remercie.
« Je ne viens pas non plus lui porter le tribut de moii vote, car je ne vote pas encore ; mais à cela je trouve une heureuse compensation, en songeant que ses adversaires les plus déclarés, les hommes qui manifestent avoir le moins de confiance dans l'avenir de sa politique, tombent cependant d'accord sur la nécessité de voter en sa faveur.
a Une transaction a eu lieu au grand jour, publique, honorable; elle a été conclue sur les paroles échangées du haut de la tribune; je viens on maintenir les bases, je viens empêcher qu'on ne les change et qu'on ne fasse d'une transaction contractée avec honneur, dans l'intérêt du pays, une conversion impossible.
« Je vais donc rétablir dans leur vérité les motifs de notre confiance dans la politique exté-rieure et intérieure du cabinet
« Quels sont nos motifs de confiance sur la politique du cabinet à l'extérieur?... Certes, j^eni suis convaincu, celui qui a combattu pour assurer par l'intervention la prépondérance de notre influence en Espagne, celui qui a combattu pour empêcher le morcellement de la Belgique, celui qui a combattu afin d'empêcher l'évacuation d'Ancône, celui-là voudra, à la tête du cabinet actuel, agir dans l'intérêt de notre dignité vis-àvis des puissances étrangères, et conserver une active surveillance sur nos intérêts nationaux
« Quels sont nos motifs de confiance à l'intérieur?... C'est que le ministère actuel sort de l'opposition de gauche, au moins du centre gauche, et que de plus il est arrivé avec les principes de cette opposition, et qu'il les consarire an pouvoir. . .
« Le ministère du 12 mai avait kd aussi la prétention d'être parlementaire ; il faut donc que j'établisse en quoi les ministres du l*' mars différent de leurs prédécesseurs. Ils diffèrent, quant à l'origine, en ce qu'il ne leur a pas fiedlu, comme le disait M. Villemain, ime circonstance impé^ rieuse pour justifier leur entrée au pouvoir; ils diffèrent en ce qu'ils ne subsistent pas au pouvoir dans l'incertitude et dans le doute, par l'absence
des principes et la confusion des nuances politiques. Enfin, messieurs, si le cabinet actuel deyait sortir du pouvoir, sa chute ne serait pas pareille ; il n'en sortirait pas, comme le ministère du 12 mai, sur le rejet d'une loi dont, après bien des hésitations, ce dernier n'avait pas même ose faire, une question de cabinet. Il diffère dans sa composition, en ce qu'il est forme dans son entier, sans mélange, sans alliage, des légitimes enfants de la coaUtion. (Mouvement.) Il diffère enfin en ce qu'il s'appuie déjà, dans une autre Chambre, sur une majorité forte, compacte, réunie par des principes communs, connus de tous, adoptés par tous ; car avant le vote de confiance ils avaient été proclamés à la tribune par M. le président du conseil.
a Nous devons attendre de l'administration actuelle qu'elle se montrera l'agent éclairé à l'intérieur des principes conservateurs, non de ces conservateurs quand même du. statu quo quel qu'il soit, qui, dans la crainte de toucher à l'édifice, consentiraient à ne conserver que des ruines, mais possédant à un haut degré l'inteUigence de notre Constitution. Je crois les ministres disposés à 7 apporter des améhorations là où elles sont possibles, et des réparations là où elles sont indispensables.
« Le ministère a dit : Nous ne vous apportons pas la réforme électorale ; c'est une question d'avenir, et l'avenir, nous ne voulons pas l'engager. Il a donc rectifié, ou, si l'on veut, expliqué cet ajournement indéfini, mentionné dans le rapport de votre commission, et il y aurait une bien grande imprudence, de la part du ministère actuel, à prendre des engagements sur cette question, lorsque déjà, dans une autre enceinte, une commission s'occupe de porter toutes ses investigations sur la masse des pétitions concernant la réforme électorale, et que la majorité de cette commission a prononcé le renvoi au ministère.
« Enfin, à côté et en avant, selon moi, dé cette réforme électorale, il est une autre question dont je suis décidé, pour ma part, à poursuivre la solution toutes les fois que l'occasion s'en présentera : c'est la réforme de la pairie, réforme nécessaire, indispensable à la réalité du gouvernement représentatif. Eh bien, c'est surtout de ces hommes qui ont combattu depxiis deux ans pour la réaUté du pouvoir parlementaire, c'est de ceux qui défendent cette opinion que nous devons attendre qu'ils songeront à rendre, par tous les moyens et tous les efforts, les conditions d'indépendance poUtique nécessaires à la moitié du parlement ; c'est surtout de la présence au pouvoir de M. le président du conseil, qui a si noble-
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ment lutté, en 1831, pour maintenir les garanties de cette indépendance . »
On se rappelle les paroles de M. Thiers répondant à mes instances d'inscrire sur son drapeau : Réforme de la pairie :
« Mon programme est déjà trop chargé; mais, contre le rétablissement de l'hérédité, je donnerais le suffrage universel. »
Je ne les avais pas oubliées, et je poursuivaisen toute occasion, avec une égale ardeur, la réforme de la pairie et la réforme électorale, espérant rallier à cette dualité les hommes intelligents, conservateurs ouiibéraux, mais voulant la réalité du gouvernement des trois pouvoirs.
Le fonds secrets ayant été votés au Luxembourg à une majorité de 90 voix, le président du conseil me pardoima mon indiscipline.
Les débats à pein^ terminés, un député de Tancienne majorité, M. de Remilly, reprenait dans une intention où, malgré ses dénégations, il était impossible de ne pas voir une tactique d'opposition, la proposition Gauguier et l'amendement Tocqueville sur les incompatibilités. Selon moi, le tort de M. Thiers et de ses collègues ne fut pas d'invoquer l'inopportunité, mais d'opposer la finesse, au heu d'une ferme franchise, aux petites perfidies de leurs adversaires. Une lettre du comte de Jaubert à ses anciens amis conservateurs pour les engager à venir dans les bureaux enterrer la
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proposition Remilly, lue à la tribune, produisit un effet fâcheux sur les ' nouveaux alliés de la gauche. Uopinion publique crut voir là un symptôme d'abandon pour les plus modestes réformes voulues en commun par la coalition.
«NVOI DU COMTB WALBWSKI EN EGYPTE. — MES EAP- ?OBTS AYEC M. THIEBS. — CONYEBSION BBS BENTES
bejbt£b. — PBiviLéaB db la banque maintenu JUBQU*sir 1855. — chemins de fbb. — baisaux
TRANSATLANTIQUES. — LOI DB TBAN6LATION DBS CENDRES DB If APQLâON l MM. QLAIB-BIZOIN, DB LA- MARTINE.
Toutefois le ministère déployait une grande activité; outre une masse de projets, quelquesuns très-importants y à soutenir devant les Chambres, M. Thiers avait encore à satisfaire ceux qui, dans le parlement, dans la presse, avaient couru sa fortune.
Le Messager avait été un instrument utile, son rédacteur, le comte Walewski, un ami dévoué ; MM. de la Redorte et Roger le lui remirent en mémoire. Le comte Walewski, indemnisé de la valeur de son journal, fut chargé d'une mission extraordinaire en Egypte, auprès de Méhémet-
Ali, afin de le déterminer aux concessions que les grandes puissances exigeaient de lui.
A quelque temps de là, le président du conseil eut la bonne grâce de me demander de lui-même s'il ne pouvait rien pour moi.
— Rien, lui dis-je; et, après réflexion, à moins que vous ne consentiez à demander pour moi la main de mademoiselle X***.
Il se mit à rire de bon cœur.
— Et pourquoi pas? ajouta-il; j'aime assez le rôle de M. Willamme(l).
En effet, peu de jours après, il m'apprenait l'insuccès de sa démarche.
Pour l'intelUgence de ce que je viens de raconter, je dois entrer dans quelques explications personnelles.
Jusqu'en 1838, le bruit de mes plaisirs m'avmt protégé contre toute tentative sérieuse de mariage de la part de ma famille ou de mes amis ; mais mon ardeur au travail, le succès de mes débuts oratoires, en améliorant ma position, avaient animé leurs espérances. Lorsqu'un riche parti m'était proposé, je ne refusais pas positivement, mais je gagnais du temps ; je mettais tant de mollesse dans mes démarches,tant de retard aux entrevues, que j'avais toujours évité de réussit Au fond, j'avais peu de goût pour cet échange
(1) Agent matrimonial alors fort connu.
d'un titre, d'une dignité contre une fortune : le mariage de commerce me répugnait. Toutefois ma résistance n'était pas invincible. Après dix années d'expérience , j'avais acquis la conviction que dans notre pays la première condition d'influence était la richesse ; sans elle une carrière politique indépendante était difficile, et le triomphe des idées qu'on voulait faire prévaloir impossible. En même temps, trop pauvre pour continuer la vie hors du monde, au lieu de me borner à de rares apparitions dans les salons de ma sœur, de la princesse Belgiojoso et de la comtesse Merlin, je commençais à fréquenter plusieurs coteries du noble faubourg ; un ami plus âgé, le baron de Poîlly, père de la belle comtesse de Fitz-James, avait été mon introducteur. Ma pairie, ma jeunesse, des promesses de talent, des passions légèrement portées m'avaient fait accueillir de la meilleure compagnie. Je ne faisais à ce milieu de hize aristocratique aucune lâche concession, mettant mon amour-propre à être accepté tel que j'étais. Logé pour six cents francs «dans un modeste entresol, servi par mon concierge, sans voiture, sans chevaux, ma pauvreté, franchement établie, semblait originale. Mon incrédulité philosophique, ma foi révolutionnaire piquaient la curiosité. Des légitimistes serraient volontiers la main d'un radical : on avait alors si peu la crainte d'une révolution! Néanmoins quand,
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dans rintervalle des sessions, j'étais invité pendant quelques mois de château en châtean, je regrettais les chasses à cheval et les jouissanfies dispendieuses qui m'étaient interdites : toute vanité mise de côté^ la contagicm du Uen-étre iœ gagnait. Aussi quand madame Berrjer^ mon excellente amie, me dit qu'elle avait song^ pour moi à une alliance avec une jeune fille immensément riche, je prêtai roreille, et quand eUe ajouta que, malheureusement, les parents s'y opposaient, pour la première fois j 'prouvai on instant de déplaisir. Enfin, répondant aux ouvertures politiques de M. Thiers, je réfléchis raj^dement que le père de la jeune fille, que d'ailleure je n'avais jamais vue, était député, appartenait à la gauche modérée, et j'imaginai que le patronage du président eu conseil exercerait une inr fluence favorable. La déception ne me fiit pas trop amère ; mais j'ai tenu à confesser la seule faiblesse qu'un éclair d'ambition m'ait fait comr mettre en ce genre. On verra la suite de Tanaodote en 1841 . Revenons à la politique.
Le ministère ne pouvait se dispenser de présenter une loi sur la conversion des rentes; tmaîs, soutenue sans chaleur à la Chambre des députés, elle n'y obtint qu'une majorité de 45 voix, infi^ rieure à celle des années précédentes, el; s'enalla mourir devant le refus persévérant de laChamibffe des pairs.
. Une loi sur les sucres, réglant provisoirement Fimpôt sur le sucre colonial à 45 francs et établissant un droit de 25 francs sur le sucre indigène, ne frit considérée que comme une trêve entre les deux intérêts rivaux.
Le privilège de la Banque de France frit renouvelé jusqu'en 1855, sans l'introduction d'aucune clause nouvelle en friveur du commerce ou de PÉtat. £n vain Gamier-Pagès et MM. de juinais et Combarel de Leyval proposaient de
i imposer l'établissement de banques départementales, la faculté d'émettre des biUets de 250 et 200 francs *; M. Thiers déclarait ces réformes pvématonées ou dangereuses.
Sur toutes ces questions , l'administration* du 1^ mars semblait uniquement préoccupée de rassurer le parti conservateur ; toutefois eUe sentait fat nécessité «rimpcfaner une active impulsion aux travaux de chemins de fer, délaissés depuis les spéculations ruineuses et les entreprises avortées de 1637, ou ajournées par le célèbre rs^port de 1838. Aussi MM. Thiers et Jaubert, sacrifiant lew préférence pour l'exécution par l'État, firent adopter par les Chambres les concessions dn chemin de fer d'Orléans, de Rouen, de Baie à Strasbourg, etc., à des compagnies particulières; le premier avec une garantie d'intérêt de 4 p . 100, les deux autres avec des prêts , venant ainsi en aide à la timidité des capitaux français. Ce frit là
un service utile rendu au pays ; l'Angleterre, la Belgique, TAllemagne nous avaient devancés de plusieurs années dans la construction des voies ferrées, et Tesprit d'association, à peine né, était tombé dans un tel état d'abattement que la ligne d'Orléans n'aurait pas trouvé de souscripteurs sans la garantie de l'État, et que pour celle de Rouen plus de la moitié des actions avaient été souscrites par des Anglais, qui avaient fourni l'ingénieur, les entrepreneurs, et avaient exigé, comme sécurité, un nombre égal d'administrateurs des deux nations.
L'établissement des différentes lignes de bateaux à vapeur transatlantiques ne fut pas moins profitable à la France, et marquait un pas définitif vers l'adoption du système de marine à vapeur.
Une seule mesure politique, la demande d'un crédit d'un million pour la translation des cendres de Napoléon, mérite d'être examinée avec soin. De la part du* président du conseil, elle était une conséquence de son culte pour l'empereur, peutêtre une préparation nationale à ses desseins de politique guerroyante. De la part de Louis-Philippe, un refiis eût été difficile et même périlleux; depuis 1830, il s'était constamment entouré des illustrations de l'empire, s'en servant à propos pour couvrir son système w/Zlra-pacifique. On lui fit valoir l'honneur pour lui d'avoir obtenu du
gouvernement anglais les restes du prisonnier de Sainte-Hélène, et la popularité pour sa dynastie, quand son fils, le prince de Joinville, ramènerait à Paris les cendres du conquérant.
n y aurait une suprême injustice à soupçonner * les intentions de M. Thiers à l'égard de la famille d'Orléans ; l'explication de cette faute immense est tout entière dans ce fait, que roi et ministres, raisonnant dans l'horizon borné de leur pensée habituelle, ne voyaient pas plus loin que la bourgeoisie; incapables de pénétrer les sentiments des masses, imprévoyants du danger de réchauffer Fidolâtrie napoléonienne dansTatelier et dans la caserne , dans les campagnes surtout , là où la légende et la tradition orale remplacent la lecture. U y eut là comme un premier châtiment de la négligence des classes bourgeoises à T égard du peuple. Pourtant les sages avertissements ne leur manquèrent pas : le bon sens, le talent et le génie, MM. Glais-Bizoin et de Lamartine, énoncèrent à la tribune des vérités d'autant plus salutaires et méritoires qu'elles bravaient le courant général de l'opinion.
M. Glais-Bizoin disait :
« Si la Commission s'était bornée 4 nous
demandter notre concours....^ si elle avait ajouté que c'était- un moyen d'eflEacerles dernières traces de cette longue animosité qui a régné entre deux grandes nations, j'aurais gardé le silence. Mais
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comme la Commission (qu'elle me passe l'expression), par mi redoublement d'enthousiasme napoléonien (Réclamations) , a renchéri sur la proposition du gouvernement, comme elle a en * quelque sorte exigé le tribut de notre admiration sans réserve, sans distinction, pour le génie du bien et du mal qui a régné quinze ans sur la France, pour le grand capitaine comme pour le despote qui n'a pu vivre un seul jour en &ce de la liberté de la tribune et de la liberté de la presse, alors il m'est impossible de rester aileoLdeux sur mon banc. . .
<x J'ai senti le besoin de proclamer biea haut à cette tribune, dussé-je encourir le déplaisir de tous les barons de l'Empire... (Exclamations^.) J'ai bien le droit de dire que le plus grand bîenrfait que la Providence ait départi à mon pays, tout en le frappant du même coup d'un malheur inouï^ du malheur à jamais déplorable de la double invasion ; — je dis que le plus grand bienfait que la Providence ait départi à mon pays et à l'Europe, a été la chute du régime impérial... (Murmures).
(( Eh! messieurs, vous n'auriez pas la satisfaction de m'interrompre ; vous ne seriez pas là si ce régime existait encore.
« Je dis qu'aujoiu*d'hui le vœu le plus ardent de tout homme qui comprend le patriotisme comme Font compris nos pères de 1789, c'est de deman-
der que le pays soit à jamais garanti contre le retour d'un pareil régime . . .
Il Aujourd'hui, je ne puis me ranger aux propositions qui nous sont faites ; elles tendent à nous faire entrer dans un nouvel ordre d'idées ; elles tendent à rétablir, à Tinsu sans doute de la Commission, le culte napoléonien...
« Avant donc de quitter la tribune, je déclare que je m'associerais au vœu du Gouvernement d'aller chercher les restes de Napoléon, si les envoyés devaient laisser dans son tombeau les idées bcHiapeurtistes , les idées napoléoniennes, que
JBBHaARDE COMME UNE DBS PLAIES LES PLUS VHTES BB NOTRE ORDRE SOCIAL, COMME CE QU'iL Y A DB PLUS FUNESTE POUR l'ÉMANCIPATION DES PBUPLBS, COMME CE QU'iL Y A ENCORE AUJOUR- D'HUI DB PLUS CONTRAIRE A l' IN DÉPENDANCE DE
l'esprït humain. »
A son tour, M. de Lamartine :
•• Je vais fisdre un aveu pénible : qu'il retombe tout entier sur moi ! J'en accepte l'impopularité d'un jour. Quoique admirateur de ce grand homme, je n'ai pas un enthousiasme sans souvenir et sans prévoyance. Je ne me prosterne pas devant cette mémoire ; je ne suis pas de cette religion napoléoniemie, de ce culte de la force que l'on veut depuis quelque temps substituer dans l'esprit de la nation à la religion sérieuse de la Uberté. Je ne crois pas qu'il soit bon de déifier ainsi la guerre...
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Comme si la paix, qui est le bonheur et la gloire du monde, pouvait être la honte des nations... Les sophismes des gouvernements deviennent bientôt les crimes ou les malheurs des nations. (Profonde sensation. Très-bien ! très-bien !)
(( Mais si je ne suis pas enthousiaste, je ne veux pas être hypocrite non plus ; je ne veux pas feindre un culte que je ne me sens pas dans le cœur, encore moins dans TintelUgence.
« J'ai passe ma jeunesse à admirer toujours et à accuser quelquefois ce gouvernement. Je lui dois beaucoup cependant ; je lui dois le sentiment, l'amour, la passion de la liberté, par ce sentiment de la compression publique qui pesait alors sur toutes les poitrines, et que son nom seul me fait encore ressentir. Oui, j'ai compris pour la première fois ce que valaient la pensée et la parole libres, en vivant sous ce régime de silence et de volonté unique dont les hommes d'aujourd'hui ne voient que Téclat, mais dont le peuple et nous nous sentions la pesanteur.
« .... Ne séduisons pas tant l'opinion d'un peuple qui comprend bien mieux ce qui l'éblouit que ce qui le sert. (Très-bien !) Gardons-nous de lui faire prendre en mépris ces institutions moins éclatantes, mais mille fois plus populaires, sous lesquelles nous vivons et pour lesquelles nos pères sont morts après avoir tant combattu. (Bravos à gauche et au centre gauche.) N'effaçons pastant.
n'amoindrissons pas tant, n'inclinons pas tant notre monarchie de raison, notre monarchie nouvelle, représentative, pacifique • elle finirait par disparaître aux yeux du peuple (Sensation.)
« Les ministres nous assurent que ce trône ne se rapetissera pas devant un pareil tombeau ; que ces ovations, que ces cortèges, que ces couronnements posthumes de ce qu'ils appellent une légitimité... que ces bills d'indemnité donnés au despotisme heureux, ces adorations du succès, tout cela n'a aucun danger pour l'avenir de la monarchie représentative.
« Pour le gouvernement, je veux bien le croire ; pour l'esprit pubUc, je n'ai pas la même sécurité. Puis j'ai j)eur, je l'avoue, qu'on ne fasse trop dire ou penser au peuple : «Voyez, au bout du compte, il n'y a de populaire que la gloire, il n y a de moralité que dans le succès; soyez grand et faites tout ce que vous voudrez ; gagnez des batailles et faites-vous un jouet des institutions de votre paysl » Est-ce là que l'on veut en venir? Est-ce ainsi qu'on apprend à une nation à apprécier ses droits? (Sensation.)
« Si ce grand général eût été un grand homme complet; s'il eût été le Washington de l'Europe; si, après avoir défendu le territoire, intimidé la contre-révolution au dehors, il avait réglé, modéré, organisé les institutions Ubérales etl'avénement de la démocratie en France ; si, au lieu de
50 MéMOIRBS 1826-1848
disperser les pouvoirs représentatifs il lee avait appuyés de la force militaire, si, au ubu de sb
FAIRE LA RÉACTION VIVANTE DU PABSÂ ; si, an
lieu d'abuser de l'anarchie, de profiter du déa* enchantement momentané de l'esprit publie, il l'avait relevé ; s'il s'était fait le tuteur du progrès social, la Providence du peuple ; si, après avoir mis en mouvement les ressorts d'un gouvernement unitaire et tempéré, il s'était effacé lui-même comme Solon ou comme le législateur de TAmérique ; s'il s'était retiré dans son désintéressement et dans sa gloire pour laisser toute sa place à la liberté, qui sait si tous ces hommages d'une foule qui adore surtout ce qui l'écrase lui seraient rendus?
« Qui sait s'il ne dormirait pas tranquille, et peut-être plus négligé dans son tombeau?
« Une voix. Vous offensez le pays.
<i M. DE Lamartine. Non, monsieur^ je ne fais que raconter l'esprit humain.
« Eh mon Dieu ! ce n'est pas une si étrange supposition. Vous êtes comme moi des hommes nourris des idées de 89... de ces idées de régénération libérale... Eh bien! voyez ce que vous faites.... Mirabeau, le prophète de ces idées, l'homme dont chacune des paroles donnait uae impulsion irrésistible aux vérités de ce noovel évangile politique des peuples, où est-il? Il repose dans je ne sais quel caveau d'un monument pro-
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fSetné^ qui a servi deux fois de chemin à Tégout. (Profonde sensation.)
tt La Fayette lui-même^ qui communiqua à son pays la première contagion de Tindëpendance d'Amérique ; Lia Fayette qui porta sans fléchir le poids du jour pendant quarante ans... (Bravos à gauche). Oui, pendant quarante ans de travaux, de patience, de cachot, d'exil, de persécutions ; qui ne voulut pas, lui non plus, s'inchner devant ce météore du despotisme... La Fayette repose sous rhumble croix d'une sépulture de famille, et l'homme à qui la France dut tout, excepté la liberté, la révolution triomphante va le chercher au-delà des mei*s pour lui faire une tombe impériale ! La révolution triomphante se demande si elle a sur la terre de France quelque monument assez grand, assez saint, assez national pour le contenir î (Sensations diverses.)
« I^aissez-moi tout dire... Je n'aime pas (Ses hommes qui ont pour doctrine officielle : fa liberté, t égalité, le progrès^ et pour symbole le sabre et le despotisme.
«... Souvenez-vous d'inscrire sur le monument où il doit être à la fois soldat, consul, législateur, empereur ; souvenez-vous d'y écrire la seule inscription qui réponde à la fois à votre enthousiasme et à votre prudence : A Napoléon seuil
« Ces trois mots, en attestant (jue ce génie militaire n'eut pas d'égal, attesteront en même temps
à la France, à l'Europe, au monde, que si cette généreuse nation sait honorer ses grands hommes, elle sait aussi les juger, elle sait séparer en eux leurs fautes de leurs services (très-bien! trèsbien!); elle sait les séparer même de leur race et de ceux qui la menaceraient en leur nom (trèsbien ! longue sensation), et qu'en élevant ce monument, en y recueillant nationalement cette grande mémoire, elle ne veut susciter de cette cendre ni la guerre, ni la tyrannie, ni des légitimités, ni des prétendants, ni même des imitateurs. (Très-bien! très-bien! longue agitation.) »
M. Barrotne négligea pas une si belle occasion de partager l'aveuglement de M. Thiers; avec un ancien soldat de l'empire, M. Gauguier, ils protestèrent de l'innocuité de la mesure. Néanmoins, sous la vive impression des discours de M. Glais- Bizoin et de Lamartine, le crédit, que la commission avait doublé, fut ramené au chiffre primitif d'un million.
Après le vote de la loi, le prince de Joinville partit pour le pèlerinage de Sainte-Hélène.
QUESTION d'OBIENT; TEAITÉDU 15 JUILLET.—- ULTIMATUM A MÉHéMBT-ALI. — MOUVEMENT DES ESPRITS. — MESURES MILITAIRES. — ATTENTAT DE BOULOGNE.
Cette laborieuse session était close le 14 juillet, et le lendemain la Russie, l'Autriche, la Prusse et TAngleterre signaient avec la Turquie, à Tinsu de la France, le Traité du \k> juillet.
Avant d'apprécier ce traité et ses tristes conséquences, je voudrais établir la part de responsabilité qui doit peser non-seulement sur Louis- Philippe et les deux cabinets du 12 mai et du l* mars, mais aussi sur le chef du foreing-officBy lord Palmerston.
Dans la mémorable discussion qui avait ouvert la session, M. de Lamartine, jugeant le ministère du 12 mai, avait dit: Vous ne vous alliez ni à la Russie ni à l'Angleterre ; la solution de la question d'Orient aura lieu sans vous et contre vous. M. Thiers avait accusé, avec grande raison.
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ks impnidonces d'une politique qui, arrêtant dans sa mnrcAifi victorieuse sur Constantinople le pacha nivoliéjijous créait vis-à-vis de celui-ci des oblîpatioijs difficiles à remplir ; les faiblesses d'une politique qui, en reculant de vant l'action commune dos riscadros anglo-françaises, nous avait aliéné un ^fouvornornontami. Aussi, devenu ministre du T' mars, n'avait-il accepté l'héritage de cette quiîstion d'Orient que sous bénéfice d'inventaire ; mais, en dépit de ses réserves, il devenait solidaire d'un dénoûment qu'il n'avait pas préparé, mais qu'il ne sut pas empêcher. Il crut, voyant la Turtiuin agonisante à Constantinople, Méhémet- Ali, le vainqueur de Nézib, le conquérant de la Syrie, lo nuiître de laMccque et des villes saintes, assez fort pour lui rendre la vitalité; il épousa l(îs prétentions d'un allié qui rassemblait contre lui les ambitions rivales de la Russie et de l'Angleterre ; il se méprit sur les dispositions de la diplomatie européenne, surtout du cabinet whi^ ; il imagina (jue les quatre grandes puissances n'osenûent rion résoudre sans notre concours; il discuta, au lieu do se hâter de saisir un arrangement tohM*al)Ie proposé par lord Palmerston, ou les otlVes oftioieuses, plus ou moins sincères, de r Autriche et de la Puisse « quand il fallait se contenter do sortir le moins mal possible d'une question aussi mal engagée.
Je n\\i dissimulé aucun de nos torts; la conduite
de lord Palmerston, quoiqu'elle ait reçu le bill d'indemnité du succès, me paraît bien autrement coupable ; il a rompu une alliance de dix ans ; il a failli ressusciter entre nos deux nations cette guerre sanglante et terrible qui, de 1792 à 1815, avait ajourné les progrès de l'humanité. Oui, malgré les ironiques dénégations dont il a daigné, devant son parlement, consoler notre fierté blessée, il a agi en ennemi. L'ancien disciple de Pitt et Castlereagh,tory teint en whig, avait conservé tous les préjugés aristocratiques de sa jeunesse contre la nation révolutionnaire. Les journées de juillet saluées avec enthousiasme par ses compatriotes, il avait suivi le courant d'opinion qui poussait à l'union avec la France, mais en accaparant pour son pays tous les avantages de cette alliance: ainsi, il en avait fait le prix du renoncement de Louis-Philippe à la Belgique, de son respect pour les traités de 1815, de son abstention de tout projet d'agrandissement. Il n'accordait d'ailleurs à notice gouvernement ni confiance, ni reconnaissance, car il savait avec quels humiUants dédains l'empereur Nicolas avait repoussé les avances du roi des barricades. Aussi, dès que le 27 juillet 1838, la France eut appelé naïvement les autres puissances à régler avec elle la question d'Orient, il se mitàFoeuvre, fomenta des troubles en Syrie, profita de nos lenteurs, de nos tei^iversations, de nos imprudences et finit par s'en-
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tendre à nos dépens, même avec la Russie. Après avoir applaudi à Fesprit de paix tant qu'une guerre de propagande aurait pu soulever la démocratie européenne, il reprenait ses vieilles haines, et trouvait dans le refus de forcer en conunun les Dardanelles un motif suffisant pour se croire autorisé, lui, ministre libéral, à renouer contre nous la lipue des souverains absolus.
Que dire de la Russie, de TAutriche et de la Prusse? La première, sur\'eillant avec l'œil affamé d'un héritier le dépérissement de la Turquie, voulait frapper dans Méhémet-Ali l'homme capable de prolonger son existence. De plus, en 183(), la chute de Charles X, l'allié de la Russie, juste sujet de joie en Angleterre, avait violemment irrité le czar. sans qu'aucune protestation, aucune considération d'intérêt pût surmonter son antipathie personnelle contre celui qu'il qualifiait d'usurpateur. Les souverains d'Autriche et de Prusse avaient partagé son mécontentement; néanmoins les actes virils de notre gouvernement, comme la prise d'Anvers et l'expédition d'Ancône, la force inhérente à notre révolution, leur avaient conseillé la prudence. Depuis, la soumission de Louis-PhiUppe à l'ultimatum de l'Autriche en Italie, son refus d'intervenir en Espagne conformément au traité de la quadruple aUiance, l'évacuation d'Ancône avaient diminué un respect qu'ils n'avaient accordé qu'à la crainte ; unis à la
Russie et même à F Angleterre, ils saisissaient avec empressement l'occasion de lui prouver impunément leur malveillance et son isolement.
Le traité du 15 juillet entre les quatre puissances contractantes et la Turquie avait pour but de maintenir l'intégrité (lisez : la décadence) de Tempire ottoman ; elles s'engageaient, dans le cas où l'ultimatum qjii y était annexé ne serait pas accepté par le pacha, à assurer son exécution par une action commune, à sauvegarder les détroits du Bosphore et des Dardanelles, et à établir immédiatement un blocus maritime «entre l'Égjrpte et la Syrie.
L'ultimatum du sultan au pacha d'Egypte exigeait: l*la reddition de la flotte turque; 2M'évacuation des villes saintes, du district d'Adana et d'une partie de la Syrie. A ces conditions accomplies dans un délai de dix jours après sa notification, Méhémet-Ali conserverait la vice-royauté héréditaire de l'Egypte et l'occupation viagère du reste de la Syrie ; après un nouveau délai de dix jours, l'Egypte seule lui serait accordée; enfin ce dernier terme expiré. Userait dépouillé de toutes ses possessions.
Le 17, il en fut donné connaissance à notre ambassadeur à Londres; plus tard, le ministère du 1 " mars livrait les deux pièces à la publicité . Après un premier effet de surprise et de stupeur, l'irritation fut immense, elle gagna toutes les classes
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et toutes les opinions. Tandis que, dans nos théâtres, les spectateurs chantaient la Marseillaise, beaucoup d'ofïiciers royalistes démissionnaires de 1830 songeaient à rentrer dans Tarmée; le roi se répandait en paroles énergiques ; une ordonnance du 29 juillet appelait sous les drapeaux les soldats des classes de 1836 à 1839; on renforçait la marine. C'est au milieu de cet élan, de ces préparatifs que, le 6 août, le prince Louis-Napoléon Bonaparte débarquant à Boulogne tenta de s'emparer de Tempire : le moment ne pouvait guère être plus mal choisi.
J'omprunte à l'acte d'accusation devant la cour des pairs le récit des faits principaux de l'attentat. Après s'être étonné que le prince eût pu mettre si promptcment' en oubli le bienfait de l'acte de clémence auguste qui à Strasbourg l'avait couvert et protégé, l'accusation rappelle son court séjour en Amérique, son retour à Arenembergp pr^s do sa mère malade, la reprise de ses menées politiques <iui le forcent à aller habiter FAn^detciTO, les brochures de 1837 et 1838, la condamnation Laity, la publication des Idées fmpoiéo^ nicfwes et des Lettres de Londres^ en 1839, la création à Paris du Journal quotidien le Çapiiùle. la distribution de pamphlets dans les casernes iH spécialement à Paris et à Lille ; depuis quelques mois* l'embauchage des principaux comphces. les achats d'armes et d'uniformes français avec les
bootons d'un même régiment, le 40' de ligne ; enfin, le 6 au matin, le départ de Gravesend sur un bateau à vapeur loué pour une partie de plaisir. Pendant la traversée, Louis Bonaparte réunit sur le pont tous les hommes de l'expédition, lit les proclamations et Tordre du jour (1), distribue de l'argent ; chacun revêt l'uniforme qui lui