‹ Mes mémoiresChapitre 8 sur 31 · PENSE SANS HKSITER TOUT SON AVOIR EN ANNONCES · texte numérisé non relu

PENSE SANS HKSITER TOUT SON AVOIR EN ANNONCES

En un an 53(),0(X) abonnés : une fortune est sa récompense. D'autres entreprises: VAmanàch de France, tiré à 1,300,(^K)0 exemplaires, l'A/-

las universel^ le Journal des Instihiteurs primaires, etc., etc., viennent constater la puissance du bon marche. Ses idées se généralisent; s'éle- ' vant jde la spéculation individuelle à l'intérêt collectif, il propose à M. Conte, directeur général des postes, la suppression des onzô zones, remplacées par rabaissement et Tégalité de la taxe des lettres; son plan, traité de chimérique et d'impraticable, est adopté huit ans plus tard en Angleterre, d'où il revient en France avec la sanction du succès.

Emile peut maintenant procéder à l'exécution des projets de généreuse vengeance qu'il a conçus à l'égard de son père : il a fondé Finstitut agricole de Co'ètbOj trente-quatre caisses d'épargne dotées à ses frais de 13,600 francs; mettant à profit jusqu'à la date incertaine de sa naissance, en 1834, à l'âge de 28 ans, il est nomme, à la pres([ue unanimité, député de Bourganeuf, et prend place au centre gaucho de l'assemblée. Il trace en ces termes la ligne qu'il suivra : <t Aider le gouvernement dans tout le bien qu'il veut faire, l'arrêter dans tout le mal qu'il peut foire. » Il parle et vote contre les lois de septembre, de non révélation, de disjonction.

Là s'arrêtent pour lui les faveurs de la fortune: sa première proposition économique, la réforme postale, avait été repoussée comme l'utopie d'un cerveau malade ; la réduction démocratique du

prix des journaux à 40 francs lui suscita des ennemis acharnés.

Par une anomalie singulière, les premières hostilités contre Tidée nouvelle vinrent du camp républicain. La rédaction du Bon Sens comtûença l'attaque. J!ai déjà dit comment Carrel, circonvenu, fourvoyé par la situation précaire de son journal, avait vu dans cette innovation la perte de la dignité, de l'indépendance de Técrivain ; comment, préoccupé de l'invasion du mercantilisme par la nécessité des annonces, il avait négligé la considération libérale, tçute-puissante, de l'immense accroissement des lecteurs. La mort de cet homme héroïque fut le signal d'une guerre à outrance contre son adversaire : on abujsa du malheur de sa naissance pour contester au rédacteur de la Presse sa nationalité; on fouilla sa vie; provocations, insultes, procès, rien ne hii fut épargné.

Malgré l'habile et ('énergique appui qu'il avait prêté au ministère du 15 avril, les haines amassées contre Girardin étaient si redoutables, si' envenimées, que le président du Conseil, comte Mole, n'osa lui confier aucune fonction dans l'Etat, mais il était heureux de s'acquitter envers lui en faisant nommer pair de France le général Alexandre 'de Girardin. Cette fois encore, sa femme, la belle-mère d'Emile, informée a tçmps, voulant, à tout prix, éviter la reconnaisstmce du

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père envers son fils, empêche, par ses démarches, la nomination.

Les ministères se succèdent. De 1841 à 46 le directeur de la Presse donne son concours au cabinet dont M. Guizot est le chef. Sous une administration opposée à l'extension des droits 'politiques, mais soi-disant favorable aux améliorations matérielles, Girardin a l'espoir d'occuper dans le gouvernement un poste qui lui permettra d'exécuter quelques-unes des réformes qu'il mé dite ; il poursuit aussi avec passion le contentement des désirs secrets de son père. Sa double ambition n'est Satisfaite qu'à demi : le progrès est la devise menteuse du ministère, en réalité le statu quo^ l'inertie ; seidement le général de Girardin sera pair de France. Le légitimiste rallié est reçu en audience du roi; mais une parole blessante de M. Guizot, faisant de sa nomination un marché, irrite le général, déjà aigri par les suggestions de rimplacable belle-mère, il notifie son refus. Toutefois Emile a conquis et conservé jusqu'au dernier jour l'affection de son père.

Dès lors, dans son journal, à la tribune, Girardin fait une guerre sans trêve et sans pitié au ministre qui a trompé toutes ses espérances : elle ne cesse qu'avec la révolution de Février. On se rappelle sa présence d'esprit à l'heure où tout se décide, ses efforts audacieux, mal secondés, en faveur de la régence : proclamée par Lamar-

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tinc. la république l'emporte. A une bourgeoÎ! iii((iii.''ift do s(î trouver sans roi, Girardin ci iinmédiaiciiient : Confiance! confiance! prêc d'exf^mplf, sp fait pendant les premiers quin jours le plus fenne auxiliaire du gouvememe provisoire.

Qui n'aurait cru, apr^s la cérémonie de latrar latiiin dos cendres do Ciu'rel, après la réconcili tiou ofiiciellc de MarrasL, son successeur auiV tiunal. membre diigouvemcmeîit'provisoire, eti dii-ecleur de la Presse, à un utile onbli dupass Gii'anlin avait pour ami Lamartine, l'orateur i trépide et popuUiiro, le sjiuvpur de la bourgeoK républicaine, le iiacifique ministre des atlair éinuigères ; il apjiortait à ses alliiis politiques si journal, sa plume, son talent, ses facultés de sii plification . d'organisation, tout un ensemble d dées neuves et pmticalJes ; madame de Girardî femme du monde, esprit supérieur, attirant, gro pant (b-'ià autour d'elle les littérateurs et les pc tes. noble, éloquente, passionnée,- offrait son Si Ion à la société nouvelle, qui aurait trouvé là i centre, un préiîieiix point de réunion.

Des aniniosités mesquines, invétérées, font à daigner tous ces avantii^es ; la barrière qii't avait abaiss('e, on la relève ; on repousse comr une injni'e l'idée de la participation de Girardin i pouvoir; puis l'on s'étonne do rencontrer en lui i advors:iii-e. Aux journées de Juin, abusant de

dictature, on l'arrête, on le met au secret, on Tirrite sans le tuer, et Ton ne prévoit pas que, rendu à la liberté, il n'existera que pour se venger. Il a pressenti la puissance du nom de Napoléon ; le premier il pose dans la Presse la candidature à la présidence du neveu de l'Empereur. Il espère contenter à 1p fois son ressentiment et son ambition ; mais, au 10 décembre, la vengeance seule a son jour.

Je ne dépasserai pas la limite de 1 848 que je me suis imposée. Il me suffit de constater qu'aucun des hompaes soutenus ou arrivés par lui au pouvoir n'a tenté d'utiliser ses facultés dans des fonctions publiques. L'expérimentation des théories de l'auteur de La Politique universelle reste encore- à faire. Je le regrette pour ma part; car le principe, le moyen ou ie but de toutes ses réformes, est la liberté.

COMPLOT DE STRASBOURG. — ÉTAT DB l'OPINION NA- POLÉONIENNE. — LE PRINCE LOUIS-NAPOLÉON. — VERDICT DU JURY ALSACIEN — LOIS DE DISJONC- TION, ETC., ETC. — LE JOURNAL *. Ld Charte de 183C.

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