‹ Mes mémoires (volume 3)Chapitre 3 sur 8 · III ■ - ■ !■■ ■ I !■ ..I __ · texte numérisé non relu

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naïveté de penser le contraire, et bien des détails se prêtaient à notre illusion bénévole. Le romantisme ne nous rendait-il pas les reliques du passé ? N'était-il pas la revanche du moyen âge, de l'art chrétien, des siècles de foi, de la cathédrale gothique^ de toutes les fleurs de la légende catholique et monarchique, contre le temple grec, le néo-paganisme du dernier siècle, sa philosophie et sa littérature glaciales, et toutes les variétés de lathéisme révolutionnaire? Et, par-dessus tout, n'avionsnous pas, pour nous maintenir dans notre illusion, le grotesque 'courroux des Arnault, des Jouy, desJay, des Etienne, des coryphées du libéralisme, des anciens rédacteurs de la Minerve et de la Décade^ beaux esprits essentiellement logiques, qui conspiraient contre la royauté, mais qui trouvaient bon qu'il y eût un roi, pour le prier d'user de son autorité souveraine contre les Orientales et Hernani?

Une des pièces qui surexcitèrent le plus l'hilarité des loustics qui se moquaient de notre romantisme et de M. Victor Hugo, fut sa Pluie d^été. Lorsqu'ils arrivaient à ces vers, qui me paraissaient charmants :

Le petit ruisseau de la plaine, Pour une heure enflé^ roule et traîne Brins d^herbe, lézards endormis, ' Court, et précipitant son onde, Du haut d'un caillou quMl inonde.

Fait des Niagaras aux fourmis !

Ils redoublaient de verve railleuse, et les la^^is pleuvaient comme grêle : < Oh ! non \ c^est trop drôle! Ton M. Hugo le fait exprès! Oh \ des Niagaras aux fourmis ! quelle chute ! quelle cataracte ! il faut en être atteint pour s'aveugler sur ces vers ridicules I »

Le hasard voulut que, dans la même quinzaine, un petit journal rose, intitulé tantôt le Sylphe, tantôt Trilbjr^ publiât, sur le même sujet, de jolis vers, naturels et simples, d'un très jeune poète, à peu près inconnu, et aujourd'hui absolument oublié, nommé Jean Gariel. Aussitôt, tous les détracteurs de M. Hugo, à commencer par le Constitutionnel^ décla rèrent qu'un nouveau poète nous était né, que celui-là serait fidèle à la vraie tradition française, et ne tarderait pas à enfoncer tous les petits démolisseurs de Corneille et de Racine. Jean Gariel ! Ce nom, effacé sous une tache de sang, ouvre une nouvelle page de mes souvenirs.

On a souvent parlé, même dans ces derniers temps, du cabinet littéraire de M^^ Cardinal, rue des Canettes. Il était incomparable pour les ouvrages nouveaux et les vieux fonds de romans; mais on n'y lisait pas de journaux, et d'ailleurs la rue était si laide, le quartier si boueux et si sordide, qu'on ne s'y aventurait pas sans une certaine répugnance. M^^^ Cardinal avait alors une jeune rivale en la personne de M™® ou M"® Malvina Vermot, place de TOdéon, à côté du café Voltaireé Ses habitués, sans que j'aia jamais su pourquoi, l'appelaient Rosalinde ; ils auraient pu tout aussi bien la liommer Célimène J une Célimène sentimentale, nourrie des romans qu'elle nous louait quinze centimes. Malvina

offrait le type le plus raffiné d'une espèce aujourd'hui perdue; la maîtresse de cabinet de lecture, vivant de plain-pied avec sa clientèle et discu-tant les mérites de Claire d'Albe, de Delphine^ de Cinq-Mars^ du Dernier jour d^un condamné ou de Bug^JargaL Elle était ou se disait fille d'un préfet des Cent-Jours, destitué, compromis, ruiné et finalement mort de chagrin, à la suite du retour des Bourbons. Naturellement, elle avait sa légende. D'aucuns prétendaient qu'elle était mariée à un notaire de province et séparée par ennui. Elle personnifiait, dans toute la brillante acception du mot, la belle diseuse, et sa beauté originale, hardie, expressive, orageuse, tourmentée, accréditait ces histoires invraisemblables. Il était rare que, en lui rendant un volume de Mï"« Cottin, de Walter Scott, de Victor Hugo ou du vicomte d'Arlincourt, on n'eût pas avec elle un petit bout de causerie qui souvent devenait une longue conversation.

Dès onze heures du matin, Malvina trônait derrière son bureau à hauteur d'appui, sur lequel s'entassaient les journaux de la veille, la Revue britannique, la Revue de Paris, les brochures à

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sensation et le roman en vogue. De sa place, par une porte vitrée toujours ouverte, ses grands yeux incendiaires se promenaient librement sur le salon de lecture où nous dévorions avec le bel appétit de la vingtième année les Débats et le Globe, le Figaro et le Corsaire, la Revue frari' çaise et la Silhouette, la Quotidienne et la Ga- ![ette de France, les premiers vers d'Alfred de Musset, les premiers articles de Sainte-Beuve, les premiers feuilletons de Jules Janin, les premiers récits de Mérimée. Parfois, elle prenait des poses de Corinne au cap Misène, et, au lieu de regarder, elle rêvait ; à quoi ? Evidemment, à une destinée éclatante, romanesque, poétique, mondaine, enjolivée de fêtes et de parures, toute différente de son obscure existence et plus digne de ses perfections intellectuelles et physiques. Ses regards flottaient dans le bleu. Ses lectures fermentaient dans son imagination ardente, mal équilibrée, dénuée de principes religieux et peut-être de 'sens moral. En ces moments de dangereuse songerie, je suis sûr que son idéal, son objectif, était de devenir, à tout prix, héroïne d'un de ces romans qu'elle lisait avide-

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ment avant de nous les faire lire. Je la comparais mentalement à un pâtissier ou à un confiseur qui, à force de consommer sa marchandise, finirait par se ruiner et par se gâter Testomac.

J^avais déjà des prétentions au rôle sacrifié d'observateur. Je ne tardai pas à remarquer que, tous les Jours, presque à la même heure, un jeune homme d'une trentaine d'années, qu'il était facile de reconnaître pour un militaire en bourgeois, arrivait avec deux volumes sous le bras, les rendait à Malvina, qu'elle lui en donnait deux autres, non sans un peu de trouble et de rougeur, qu'ils échangeaient quelques mots à voix basse, et qu'il la quittait sans jamais mettre le pied dans le cabinet de lecture. Il était de haute taille, d'une figure martiale, hautaine et un peu dure. Un jour, je m'enhardis jusqu'à demander à la belle rêveuse quel était ce mystérieux inconnu qui évitait de se mêler à nos groupes. Elle me répondit, en rougissant plus fort, qu'il était lieutenant dans un régiment de la garde royale, et qu'il appartenait à une des plus grandes familles du faubourg Sainte-Germain.

Je iî'ai rien dit encore de la clientèle dont

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Malvina-Rosalinde était justement fière. Hélas! c'est ici que mes souvenirs se changent en nécropôle. On rencontrait autour de cette table verte tout le personnel du jeune romantisme, si remuant, si passionné, pendant ce terrible hiver de 1829 à t83o. Les journaux, les beaux yeux de la bourgeoise, la proximité de TOdéon et du café Voltaire, qui était le Tortoni du pays latin, Tespoir vague d'apercevoir quelques-unes de ces célébrités théâtrales dont la première jeunesse est si friande, tout attirait dans ce cabinet de lecture les artistes des ateliers voisins, les apprentis-poètes ou romanciers de Técole nouvelle, les flamboyants, les chevelus, serrés et cambrés dans des vêtements de velours, qui affectaient des formes de justaucorps ou de pourpoint ; des jeunes gens ou, comme nous disions alors, des jeunes France, qui n'ont pas même eu à être oubliés, mais dont on retrouverait les noms dans les dédicaces des Odes et ballades j de Victor Hugo, des Consolations, de Sainte-Beuve, des Contes d'Espagne et d'Italie, d'Alfred de Musset ; Ernest Fouinet, Fontaney, qui, sous le pseudonyme de Iprd Feeling, eut le temps de

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publier dans les Revues quelques agréables fantaisies ; Ulric Guttinguer, plus âgé, mais recruté, dans le Cénacle au même titre que Charles Nodier ; Paul Foucher, le myope à outrance, dont VAmjr Robsart venait d*être sifflé par le parterre de rOdéon avec tant de verve que Victor Hugo, son illustre beau-frère, réclama une demipaternité ; Emile Deschamps^ la grâce et l'urbanité en personne ; son frère, Antony, plus sombre, poète satirique aux allures dantesques, si préoccupé de son rêve intérieur, qu'il ne savait plus s'il rêvait pour vivre ou s'il vivait pour rêver, et qu'il allait quelquefois s'en informer chez le docteur Blanche ; Poterlet, peintre ori-^ ginal, esprit charmant, mais d'une santé si frêle, qu'il ne put atteindre sa trentième année, et d'une claudication telle, qu'il mettait une heure à aller de la rue de Tournon à la rue Cassette ; Eugène Devéria, Antonin Moyne, et bien d'autres. De temps en temps, on voyait passer sur la place Bocage, Ligier, Beauvallet, Lockroy, qui venaient de leur répétition. On se les montrait, on se les nommait, en disant : « Le reconnaistu i Je l'ai vu dans Marino Faliero ; j'ai applaudi

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celui-ci dans Roméo et Juliette fde Frédéric Soulié) ; celui-là dans Polder ou le Bourreau d'Amsterdam ; cet autre dans Perkins- Warbeck (de Fontan). » L'émotion était au comble, quand ces seigneurs suzerains de la rive gauche ne dédaignaient pas d'entrer un instant dans le cabinet littéraire et de saluer d'un sourire vainqueur Malvina-Rosalinde comme une jolie vassale. S'il leur arrivait de reconnaître un des jeunes lecteurs, pour l'avoir vu chez Victor Hugo ou lui avoir refusé une pièce, et d'esquisser un geste amical avant de sortir, le privilégié se rengorgeait superbement, comme si le roi venait de le nommer premier secrétaire d'ambassade à Londres.

Je place ici un détail caractéristique de cé*te bienheureuse époque. Nous avions tous alors la douce manie de nous croire poètes. J'avais envoyé des vers à la Revue de Paris, qui s'emy pressa de ne pas les publier. Le dimanche suivant, au moment où Malvîna posa sur la table le numéro du jour, qui avait encore sa bande, je me précipitai, comme un fauve sur sa proie, en brandissant un couteau de buis que je venais

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d'acheter tout exprès pour la circonstance. Mais, au même instant, ô surprise ! sept ou huit autres nourrissons des Muses, armés, eux aussi, d'un couteau, exécutèrent le même mouvement avec la même fougue. C'est que tous avaient, comme moi, envoyé des vers. Nous y fûmes pour notre élan et pour nos couteaux. Nous n'eûmes, hélas ! à couper qu'un proverbe de Scribe, — Le tête-à-tête ou trente lieues en poste ^ — des vers de Casimir Delavigne, et Séraphine, de Charles Nodier.

Dans cette succession continuelle de figures nouvelles ou connues, d'abonnés ou de liseurs^ ceux que je revoyais avec le plus de plaisir c'étaient mes camarades de collège ou mes rivaux de concours général : Edouard Laboulaye, qui depuis lors n'a pas trop mal fait son chemin ; Auguste Nisard, Gastambide, Lefebvre, Alfred Thureau, le père du publiciste cher à mes lecteurs, de cet écrivain d'un esprit si sérieux, d'un tact si fin, d'une sagacité si délicate, qui, dès le début, a su joindre toutes les vivacités de la jeunesse à toute la gravité de Vàge mûr; Camille Doucet, le charmant poète^ Tauteur comique tant

de fois applaudi, le secrétaire perpétuel de l'Académie française,* homme heureux, de qui Ton peut dire ce que M . de Talleyrand disait de M, de Barante : < que malgré tout son esprit, on le défie de réussir à se faire un ennemi ! »

Sur cette liste, je dois une mention particulière à deux de mes compagnons dMtudes, deux amis que je préférais même à Retouret, et que j'ai pleures comme s'ils étaient de ma famille : Emmanuel Richomme, et Armand de Crochiard.

Je reparlerai de Richomme tout à Theure.

Quant à Armand de Crothard, je n'ai pas connu de nature plus sympathique. Il était le sourire de la classe» Merveilleusement doué, il improvisait, dès la rhétorique, de très jolis vers qui lui valaient de paternelles gronderies de notre professeur, M. Wendel. Tous les élèves l'adoraient. Quand le hasard des compositions nous plaçait à côté l'un de l'autre, nous avions besoin de toute Tindulgence de nos maîtres. Crochard était si drôle, si gai, si amusant, si spirituellement fantaisiste, qu'il n'y avait pas moyen de suivre avec l'attention désirable les périodes cicéroniennes et les phrases concises de Tacite.

Par malheur, en dépit d'une santé délicate et d'un talent poétique qui aurait certainement fait parler de lui, il se sentit tout à coup pris d'une irrésistible vocation militaire. Poète-soldat, comme Alfred de Vigny, tel était son rêve. Ni mes prières ni les remontrances de M. Wendel ne purent prévaloir contre ce que f aurais appelé une toquade^ si le mot avait existé en 1829.

Hélas I il entra à Saint-Cyr au mois d'octobre, et il mourut trois ans après.

Pojur le moment , les mathématiques ne le brouillaient pas avec les' muses. Il venait presque tous les jours au cabinet de lecture, nous réjouissait de ses saillies, et impatientait Malvina par sa manie d'écrire des vers en marge de tous les volumes. Bientôt les affinités poétiques le lièrent d'amitié avec un jeune homme un peu plus âgé que nous, qui était un des habitués les plus silencieux, et dont j'avais remarqué, sans savoir son nom, la figure mélancolique et passionnée. Ils avaient de fréquents apartés, échangeaient des confidences et des manuscrits. Armand deGrochard,qui n'avait pas de secrets pour moi, me dit un jour : « Tu vois bien te jeune homme ?

Il s'appelle Jean Gariél; j'ai supprimé la première lettre de son nom, et Je Tappélle Ariel, en l'honneur de Shakspeare ; je me figure sous ses traits Taérien et charmant génie de la Tempête; il a vingt et un ans et l'avenir d'un grand poète! » — Grand poète, c'était peut-être beaucoup dire; de la grâce, du charme, une aimable alternative de mélancolie et d'enjouement. Chose singulière ! Bien que Je*an Gariel n'eût pas l'air poitrinaire, le nom de Millevoye me revenait à Tesprit, chaque fois que je le regardais, ou qu'Armand de Crochard me communiquait quelques vers de son nouvel ami. Il me semblait prédestiné à mourir jeune. En attendant, ce qui me paraissait beaucoup plus clair, c'est que Gariel était amoureux fou de Malvina, et qu'elle ne faisait rien pour le décourager. Aussitôt, voilà mon imagination en campagne , escortée de mes lubies d'observateur... Et l'officier de la garde? le superbe gentilhomme du faubourg Saint- Germain ? il n'avait pas ralenti ses visites, et la dame du logis n'oubliait pas de rougir en l'accueillant. Il arrivait vers deux heures, rapportait des volumes qu'il n'avait probablement pas lus,

chuchotait à Toreille de Malvina quelques mots qui amenaient sur ses joues les teintes cramoisies delà pivoine, lançait un regard dédaigneux aux groupes du salon de lecture, et sortait le poirig sur la hanche.

Ainsi qu^on pouvait le prévoir, Gariel, au bout de quelques jours, devint horriblement jaloux de ce mystérieux guerrier. Sa jalousie s^exhalait en vers qu'il remettait à Malvina, et qu'elle recevait avec un sourire équivoque. Une semaine s'écoula ainsi; la situation se tendait de plus en plus. Armand de Crochard nie disait tout bas : « J^ai peuri » Lorsque approchait Fheure habituelle de la visite du lieutenant, le pauvre poète ne tenait plus en place. Il tournait autour de la table comme une âme en peine, s*avançait vers le bureau, reculait d'un pas, foudroyaitdu regard son riv^l qui ne daignait pas s'en apercevoir, et revenait s'asseoir près de nous en murmurant une de ces phrases que le romantisme avait mises à la mode : « Oh ! du sang I il y aura du sang ! Malédiction sur cet homme I Je suis fatal et maudit I » '

Enfin, le vendredi 5 février^ Gariel, poussé k

bout, prit mieux ses mesures. L'œil fixé sur la pendule, il se tint près de la porte vitrée, guet^ tant l'arrivée de Tofficier. Au moment oii celuici fit son entrée, Gariel s'élança vers le bureau, et présenta à Malvina une enveloppe tout ouverte, d'où s'échappa une pièce de vers. Le lieutenant, sans laisser à Malvina le temps de la prendre, s'en empara, lut les premiers vers, haussa les épaules, toisa d'un tegard hautain Gariel furieux, fit à Malvina un signe de tête, et sortit.

Le lendemain, à notre grande surprise, le fier gentilhomme parut avoir changé toutes ses habitudes. Il entra dans le salon de lecture, vint s'asseoir à la table, et eut l'air de lire attentivement les Journaux. Malvina le suivait des yeux avec anxiété, et notre inquiétude n'était pas moindre. J'ai nommé la Silhouette / c'était un journal à images, à prétentions mondaines, parsemé d'anecdotes apocryphes , débile précurseur de la Vie parisienne. Ses rédacteurs n'avaient rien des farouches allures révolutionnaires, et Tun d'entre eux, Félix Lebertre, devint, Tannée suivante, secrétaire de M. de Montalivet. Moi-même, je ne suis pas bien sûr de ne pas y avoir écrit un article

dithyrambique sur H ernani. A quelle inspiration folle et méchante obéirent ces jeunes gens, en publiant une abominable caricature qui, sous ce titre, un Jésuite, représentait Charles X en soutane et en surplis, les mains jointes, la lèvre pendante, le regard ahuri, le tout de la plus insolente ressemblance ? C'était , hélas ! un présage entre mille, une bouffée de ce soufHe empesté qui frappait tout Paris de vertige.

Cet exécrable numéro, qui fut saisi le lendemain, venait d^érre étalé sur le tapis de la table. Gariel le prit machinalement. Au même instant, l'officier posa le poing sur le journal, en disant à demi-voix, mais de façon à être entendu de nous tous : ^r Quelle infamie ! il faut être aussi lâche pour la regarder que pour la faire ! » — A cette insulte, Gariel se redressa tout debout, et, de son gant qu'il tenait dans sa main droite, il effleura la joue du lieutenant. Les deux adversaires n'échangèrent pas un mot. Ce fut une scène muette, et d'autant plus effrayante. Quelques secondes après, l'officier sortit, et je vis Jean Gariel en conciliabule avec Armand deCrochard et Fontaney, qui avant le licenciement de la

garde nationale, avait été caporal dans sa compagnie.

Le soir,Armand de Grochard, que mes parents avaient pris en grande amitié, dînait chez nous en famille. Nous étions tous deux sombres et tristes. Sa figure bouleversée ne me laissait pas de doute sur la mission dont il s'était chargé. Il allégua une violente migraine pour manger le moins possible et se retirer de bonne heure. En sortant, il me dit tout bas : « C'est pour demain matin, près delà mare d'Auteuil. Je suis un des témoins et ne puis me défendre de pressentiments sinistres. Gariel sait à peine tenir un pistolet et une épée, et son adversaire est sans doute un pilier de salles d'armes... Trouve-toi, à midi, dans le jardin du Luxembourg,* devant le grand bassin... Je t'apporterai des nouvelles. »

Je fus exact et, avant que Grochard m'eût dit un mot, j'avais deviné le dénouement tragique. Gariel était mort. « A vingt et un ans ! Un vrai poète ! » disait mon ami, sans essayer de retenir ses larmes.

Malvina observa les strictes bienséances. Le cabinet de lecture fut fermé pendant deux jours .

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Puis, la semaine suivante, elle se fit remplacer à son bureau, par sa bonne, grosse Normande de cinquante ans, qui avait le nés rouge et des moustaches. Lorsque Malvina reparut, son visage avait repris toute sa sérénité. J'ai toujours pensé que, au fond, elle n'était pas très fâchée de l'aventure. Belle, déclassée, coquette, ambitieuse, bourrée de fictions romanesques et de malsaines rêveries, elle rencontrait là Taccomplissement de son rêve, Tépisode d'un de ces romans qu'elle se racontait à elle-même et dont elle devenait rhéroïne. Il ne lui déplaisait pas qu'on se fût battu pour elle, et qu'un jeune poète se fût fait tuer pour ses beaux yeux. Qui sait? Toujours portée à s'indemniser des mesquines réalités de sa vie par l'audace de ses chimères, elle s'était peut-être figuré que son nom serait dans les journaux, que le drame de la mare d'Auteuil, la tirant de son obscurité, lui donnerait un peu de ce bruit et de cet éclat dont elle était avide, et qu'un Anglais excentrique, spleenétique et millionnaire, s'empresserait de demander sa main. Cette consolation lui fut refusée. Le lendemain, les journaux publièrent la note suivante :

« Un jeune poète de vingt et un ans, Jean Gariel, dont les premiers vers avaient de la grâce et de la fraîcheur et qui semblait réservé à un brillant avenir, s'est battu hier avec un officier delà garde royale, M. le vicomte R... de V..., à la suite d'une querelle politique. Le duel a eu un dénouement funeste. Mortellement blessé, Jean Gariel expirait au bout de quelques minutes. »

Si j'écrivais un roman, j'essayerais maintenant d'imaginer un dernier chapitre à sensation; mais le vrai est ce qu'il peut. J'appris, par Armand de Crochard, le nom du lieutenant qui avait eu la main si malheureuse. Il s'appelait Raoul de Valleran. Il était, en effet, vicomte, et fort bien apparenté dans le faubourg Saint-Germain, mais pauvre comme Job. Il ne reparut plus au cabinet de lecture, et la suite des événements effaça les rancunes que nous gardions contre lui. Nous sûmes qu'il s'était distingué à la prise d'Alger. Après la révolution de Juillet, il donna sa démission, et fut blessé en Vendée. En i836, il reprit •du service, et se fit vaillamment tuer à l'assaut de Constantine, à côté du général de Danrémont.

Quant à Malvina Rosalinde, je ne tardai pas à la perdre de vue. Au mois d'avril de la même année i83o, nous trouvâmes un jour le cabinet de lecture fermé, avec cette inscription brièvement explicative : Fermé pour cause de départ. Seize années s'écoulèrent. En novembre 1846, revenu à Paris, après une longue absence, j'allai, le premier soir, à mon cher théâtre Italien, oii le vicomte Edouard Walsh, directeur de la Mode y m'avait fait obtenir mes entrées. En remettant mon paletot à l'ouvreuse, — côté droit de l'orchestre, — je la regardai avec attention, et le doute ne me fut pas possible. C'était Malvina. En doublant le cap de la quarantaine, son orageuse beauté avait subi de fortes avaries ; mais il lui en restait encore quelques traces. Ses compagnes l'appelaient M'n« Berlèze. Ce n'était pas .«ans une certaine dignité patricienne qu'elle disait à l'abonné retardataire : « Monsieur , je n'ai plus qu'un strapontin I »

Revenons au mois de février i83o. Le 22, mon bon camarade, Emmanuel Richomme, vint me trouver au cabinet de lecture, et me dit : « Mon oncle veut te parler ; il t'attend à son atelier. »

Cet oncle, c'était Paul Huet; son nom s'est déjà rencontré dans une de mes Causerie^, à propos du livre charmant de M. Ernest Chesneau. On a pu lui appliquer le mot du cardinal de Retz sur le grand Condé : « Il n'a pas rempli tout son mérite. » Paul Huet fut le précurseur de notre grande école paysagiste, qui réagit si puissamment contre le paysage académique de Berlin, de Bidault et de Michallon. Ses détracteurs lui reprochaient de ne pas savoir faire les arbres. Il est certain qu'il ne détaillait pas les feuilles de platane de façon à les distinguer des

feuilles de hêtre. D'autre part , j'avoue que Théodore Rousseau, Jules Dupré, Daubigny, ont poussé plus loin la science de l'effet, la lutte à outrance avec là nature. Mais nul n'a mieux rendu que Paul Huet l'impression poétique d'un paysage. Nul n'en a saisi, d'un ton plus juste et plus vrai, les secrètes mélancolies, les mystérieuses confidences, ce je ne sais quoi d'indéfinissable qui est au delà de la forêt et de la montagne , du nuage et de l'horizon. Le musée d'Avignon a de lui trois tableaux, qui sont des chefs-d'œuvre. Si les grands artistes que je viens de,nommer furent les Victor Hugo du paysage, Paul Huet en fut presque le Lamartine. Paf malheur, cet homme excellent compromettait quelquefois son talent par sa manie de causer politique et par sa passion républicaine. Il était, sur ce point, d'autant plus inexplicable, que le duc d'Orléans l'avait choisi pour donner des leçons de dessin à la duchesse^ Quand je le revoyais, au sortir de ces séances, la vérité et l'évidence triomphaient de ses velléités démocratiques. Il ne tarissait pas sur le charme de cet intérieur, de ce jeune ménage si tendrement uni, sur les qualités

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exquises de cette jeun« princesse, si digne d'entrer dans cette royale famille dont on a dit)uste« ment que jamais famille plus incomparable ne s'était assise sur les marches d^un trône. Il me racontait, à moi, légitimiste, les dons brillants, l'enjouement spirituel, l'aménité souriante, les aptitudes universelles, la bravoure chevaleresque, le libéralisme sincère, Pâme passionnément française, de ce jeune prince, beau, svelte, élégant, tel que Ta peint M. Ingres, tel que la mort le guettait à trente-deux ans, pour le ravir à ses éclatantes destinées.

Mais bientôt Paul Hnct remontait sur son dada, et bonsoir 1 Après tout, un paysagiste, peut être républicain sans trop d'inconvénient, puisqu'il ne fait pas d^histoire. Seulement, le pète Huet, comme Tappela, vingt ans plus tard, la )eune génération des sculpteurs et des peintres^ exagérait la physionomie de remploi. J^en fis, à ses dépens, une pénible expérience. Mon ami Léopold Double (voyez les Souvenirs d'un vieux critique) me dit un jour qu'il voulait faire peindre quatre grands panneaux pour la salle à manger de son beau château de Saint- Prix. Je

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lui recommandai si chaudement Paul Huet, qu'il était à peu près décidé. « Cependant, me dit-il, je ne puis me dispenser d'aller préalablement chez Aligny, avec qui je me suis presque engagé, et que je tâcherai de dédommager d'une autre façon. » Aligny n'était assurément pas un paysagiste méprisable ; mais sa peinture aurait eu besoin de vivre, pendant une saison, d'émollietits et de laxatifs. L'écorce de ses troncs d'arbres était à découper au couteau, et ses feuillages ressemblaient à des feuilles de zinc.

Nous allons chez Aligny. Atelier propret, coquet, bien tenu ; artiste poli, gracieux, vêtu en homme du monde, avec des manières de gentle^ man; les dames qui nous accompagnaient furent immédiatement gagnées à sa cause. De là, nous nous dirigeons vers la rue du Cherche-Midi, à l'atelier de Paul Huet, que j'avais averti. Nous le trouvons plus hirsute que jamais, la barbe mal peignée, les cheveux en désarroi, avec un béret rouge et une vareuse écarlate. Tout cet ensemble avait l'air d'un défi lancé aux riches, aux heureux, aux propriétaires et aux collectionneurs de ce monde. . . Naturellement, Aligny eut la commande.

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Mais, ce jour-là, 22 février i83o, nous pensions à toute autre chose. Paul Huet me dit ex abrupto ;

— Veux- tu aller à la première représentation âJHernani ?

— Si je le veux! m*écriai-je avec transport ; demande au jeune homme altéré d'amour s'il veut que sa Juliette lui jette Pécfhelle de soie du haut de son balcon; demande à l'Arabe perdu dans le désert s'il veut rencontrer sur son chemin Ja fraîche et verte oasis; demande au poète famélique s'il veut que Chevet lui offre gratis un dînera trois services; demande au figurant de l'Ambigu s'il veut débuter à la Comédie- Française; demande...

— J'aurai un billet pour toi ; mais je te préviens que ce sera dur...

-^ Dur I les vers seront durs ? Du Chapelain, alors ?

— Non, non \ du Victor Hugo, et du meilleur I . . . Les vers seront admirables ; mais il faudra entrer au théâtre à deux heures de l'après-midi, et il est probable que le rideau ne se lèvera pas avant huit heures...

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. — Total, six heures ; six pastilles de chocolat et une orange; je n'en demande pas davantage!...

Oh ! la belle chose que la jeunesse !

Les billets devaient être distribués le 24 février, — quelle date ! ô Zacharias Warner I ô Ledru- Rollin ! — chez Victor Hugo, qui demeurait alors rue Notre-Dame-des-Champs, et qui signait Hierro les cartes d'entrée. J'y allai, conduit par Paul Huet, avec Emmanuel Richomme, Henri de Cambis, Jules Renouvier, Poterlet, Charles de Montalivet, et deux ou. trois autres de nos camarades. Le poète, bien entendu, ne s'aperçut pas de ma présence. Nous étions bien trois ou quatre cents, divisés par groupes, dont chacun avait son chef* Il y avait le groupe de Louis Boulanger, le groupe d'Emile Deschamps, celui de Charles Nodier, celui d'Achille Devéria, ainsi de suite. Je note ici un détail que personne ne Voudra croire^ et qui pourtant est très vrai. Ce mémorable 25 février était le lendemain du mercredi des Cendres. Or le bruit courait parmi les naïfs, — dont j'étais, — que Sainte-Beuve, le pieux et mystique rêveur^ avait dû demander à son confesseur {sic) la permission de yenir

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au théâtre, malgré les austérités du carême l Il faut être Juste pour tout le monde, même pour rinsulteur d'un nommé Ségur, Tout, dans ce moment unique, concourait à exalter notre enthousiasme juvénile. A vingt-sept ans, Victor Hugo était déjà le poète des Odes^ des Ballades^ des Orientales, de Cromjpeîl et âî'Hernani. On racontait des merveilles de Marion Delorme.

interdite par la censure. Des récits fantastiques ajoutaient encore à son prestige. — 4f Comment voulez-vous, nous disait un de ses intimes, qu'il ne soit pas Thomme du siècle ? Tout en lui tient du prodige. Ses facultés physiques sont aussi extraordinaires que son génie. Le vent, la pluie, la foudre, l'orage, lui sont indifférents. Il peut, à volonté, manger la moitié d'un bœuf homérique , ou jeûner pendant trois jours ; dormir trente-six heures de suite, ou passer dix nuits blanches. En se promenant dans la campagne, il entend distinctement les bruits souterrains de la taupe et de la fourmi. Du haut des tours de Notre-Dame, il me reconnaît, passant sur la place^ et il me dit, le soir, si j'avais un habit noir ou une redingote bleue. » M"* Hugo, dans tout

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l'éclat de sa brune beauté, dans tout le charme d'un mariage d'amour, nous apparaissait comme une Béatrix descendue des sphères dantesques, heureuse, fière, souriante, entourée de trois beaux enfants ; la délicieuse Léopoldine , qui devait mourir si jeune e.t dans des circonstances si tragiques ; Charles , que les familiers de la maison surnommaient , je ne sais pourquoi, Cascarinet, et François-Victor. — « Madame, lui disait Emile Deschamps avec sa grâce exquise, il suffira de vous voir, pour quelle classique le plus enragé applaudisse comme nous. »

Le lendemain, l'entrée au théâtre fut exactement conforme au programme. Les passants, les badauds, les commères du quartier, regardaient avec surprise cette queue gigantesque, qui né ressemblait pas aux claqueurs ordinaires. Nous entrâmes en bon ordre, à deux heures précises, par une porte que je n'ai vu s'ouvrir que cette fois, et qui donne sur la rue Montpensier. De tout ce public bariolé, remuant, bruyant, parsemé de célébrités inédites, prochaines ou futures, je n'ai gardé qu'un souvenir dont je ne réclame pas le monopole ; la chevelure de guerrier franc

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et le gilet cramoisi de Théophile Gautier. Il nV eut, quoi qu'on en ait dit, ni tapage préventif, ni malpropretés naturalistes. — « Ce glorieux génie fait de nous des corps glorieux, y> (disait Achille Devéria. On consomma beaucoup d'oranges et de bâtons de chocolat. Pour moi, ces six heures d'attente ne furent pas tout à fait perdues. J'avais alors Toreille fine, et le langage de mes voisins ne me renseignait que trop sur certaines arrière-pensées.

— Tu peux bien croire, disait un de ces messieurs, qui fut plus tard compromis dans les émeutes du cloître Saint-Merry, que le succès du drame nouveau n'est pour nous que secondaire. Ce que nous voulons, ce qui n'est pas bien difficile, c'est conquérir Victor Hugo à notre cause. La besogne est faite aux trois quarts. Il y penche, il faut qu'il y tombe. Déjà Tinterdiction de Af^r/on -DWorme* l'a exaspéré. Il a foudroyé en beaux vers l'étrange prétention du comte d'Appony, refusant à nos maréchaux leurs titres cueillis sur le champ de bataille. Son royalisme est factice ; une lubie de jeunesse, rien de plus ! N'est-ce pas un contre-sens, ce promoteur de la

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révolution littéraire, ce chef de Pécole nouvelle, emmailloté dans le drapeau blanc, et patronné par les vieux radoteurs de la Quotidienne et de la Galette de France? Le ministère Polignacest d^ailleurs arrivé à point pour nous le livrer tout entier. Hier, il était royaliste; aujourd'hui, il est neutre. Demain, il sera révolutionnaire !

J'écoutais encore, lorsque le rideau se leya.

Tout est bien qui finit bien. Hemani n'est plus contesté. Sa reprise a fait le maximum pendant toute une saison, et, au moment même où j'écris ces lignes, Marseille, Lyon et Nîmes acclament la plus originale, la plus excentrique des interprèles de dona Sol. Mais, le 26 février i83o, lendemain de la première représentation, lorsque je pus enfin respirer et réfléchir après cette soirée d'éblouissement. de fièvre, d'enthousiasme voulu et convenu, je me demandai comment Victor Hugo n'avait pas compris çt redouté le péril de cette ovation de famille, qui ne prouvait rien pour le succès réel et les représentations suivantes. Car enfin, il était clair que le poète ne pourrait indéfiniment avoir à lui toute la salle, qu'il faudrait bien finir par affronter le vrai public, et

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que ce public arriverait avec des intentions d'autant plus hostiles qu'on Taurait préalablement exclu, tenu pour suspect et privé du droit de juger en premier ressort. L'événement ne me donna que trop raison. Mais, le 25, à huit heures, je ne songeai pas aux lendemains. J'appartenais tout entier à Témotion, à la curiosité, à l'exaltation nerveuse du moment. Les loges se remplissaient lentement, et déjà les énergumènes murmuraient en menaçant du poing les loges vides : « C'est un complot ! Ah I les gredins ! les lâches ! Vous verrez que ces misérables (les classiques) auront loué des places pour ne pas venir, et jeter un froid sur le succès ! » Cette anxiété fut courte. A Tinstant oti la toile se leva au milieu d'un silence imposant, — presque effrayant, — je dirais que la salle était bondée, si le mot n'était pas d'invention trop récente. On se montrait, au balcon et dans les avant-scènes, les illustres^ les beautés à la mode, les grandes dames, les académiciens, la fine fleur de l'aristocratie parisienne et étrangère. Seulement, nous n'étions pas très au courant du high-li/e, et, pendant toute la soirée, d*après l'affirmation d*un de mes voisins.

je pris pour rambassadrice d'Angleterre une actrice du boulevard.

Je me suis promis, dans ces Souvenirs, de m'abstenir de critique proprement dite; je raconterai mes impressions, qui furent celles de presque toute Tassistance. A la première scène, moins d'admiration que de stupeur. Le rôle de la duègne, dona Josefa Duarte, n'était pas, comme on l'a prétendu récemment, joué par M"® Thénard, mais par M°*° Régnier-Tousez, mère de l'artiste que nous avons si souvent applaudi dans Gabrielle^ dans une Chaîne^ dans la Joie fait peur, dans le Supplice (Tune femme.

Tout ce début : « C'est bien à Vescalier dé"' robe, » — < Quoi, seigneur Hernani, ce n*est pas vous ?» — fit l'effet d'une gageure. Quand Michelot, qui jouait don Carlos, dit d'une voix de fausset ces vers déplorables :

...Un bon seigneur caduc.

Vénérable et jaloux ! dites ; la belle adore Un cavalier sans barbe et sans moustache encore, Et reçoit tous les soirs, malgré les envieux^ Le jeune amant sans barbe à la barbe du vieux...

Les plus enthousiastes perdirent contenance, et un jeune professeur de Louis-le-Grand, au

risque de se faire assommer, dit à demi-voix : « Franchement, j'aime mieux Racine! >

Je dois rappeler ici ce qui s'était passé au Théâtre-Français avant et pendant les répétitions. Sauf Firmin, chargé du rôle d'Hernani, Jeune amant imberbe qui frisait la cinquantaine, M. Hugo avait contre lui tout le comité. Monrose le père, le plus merveilleux des Figaros, jetait feu et flammes. Michelot avait promis à ses camarades de faire tomber la pièce. Il avait, à cette époque, un double, grand premier rôle^ qui venait de TOdéon et qui s'appelait Perrier. Trois mois auparavant, Perrier avait eu un vif succès sous les traits du perfide lago, dans le More de Venise, traduit par Alfred de Vigny.

Il dit à M. Hugo : « Essayez-moi ! A un génie comme le vôtre, prompt à toutes les audaces, il faut des acteurs jeunes, qui n'aient pas leur position faite, et qui, pour la. faire, risquent le tout pour le tout. Nos chefs d'emploi, nos anciens, qui ont de brillants états de service et une clientèle à l'Académie, ne se hasardent qu'avec répugnance dans un ouvrage où tout est neuf, et où ils craignent d'être entraînés dans la chute

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du poète; Michelot vous trahira, et ne sera peutêtre pas le seul. » — M. Hugo crut devoir respecter les hiérarchies théâtrales, et ne s'en trouva pas bien.

Samson riait sous cape. Joanny, vieux Corné" lien^ n'était pas content. Quant à M\^^ Mars, elle était trop fine, trop Jemme^ pour prendre ouvertement parti contre un poète et une œuvre qui passionnaient toute la jeunesse de Paris ; mais elle penchait du côté des dissidents, et nous savions que, à chaque répétition, elle n'avait cessé de taquiner M. Victor Hugo, notamment pour le vers :

Vous êtes mon lion superbe et généreux...

Vers qui ne me semble pas, en somme, bien préférable à celui qu'elle proposait :

Vous êtes mon seigneur superbe et généreux...

Née en 1778, — le même jour que Marie- Thérèse de France, — M^le Mars avait alors cinquante-deux ans. Ses flatteurs la complimentaient de son imperturbable jeunesse. La vérité vraie, c'est que sa voix, d'un timbre délicieux, conservait toute la fraîcheur, tout le velouté de ses

vingt ans, mais que son visage, malgré les plus savants artifices, accusait son âge. Elle disait à un de ses vieux amis, le comte 0'M...y, son lecteur de prédilection : — Vous pensez bien que je ne suis pas assez sotte pour ne pas apprécier la supériorité de M. Hugo sur mes poètes ordinaires — et très ordinaires ; Etienne, Andrieux, Alexandre Duval, Mazères, Casimir Bonjour et consorts; mais, avec ceux-là, je suis tranquille. Je les porte sans jamais craindre qu^ils ne m'écrasent. D'ailleurs, Molière et Marivaux sont toujours là pour me dédommager... Si j'étais plus jeune, je tiendrais à honneur de m'associer, pour ma faible part, au succès de ce grand mouvement qui entraîne toute une génération, et qui va peut-être renouveler le théâtre; mais... vous savez mon âge ?

— Trente deux ans.

— Oui, reprenait-elle avec un sourire mélancolique, pour les présidents de cour d'assises, trop polis pour me contredire... Mais savez-vous ce qui m'est arrivé l'autre jour ? Le colonel (?) souffrait d'une rage de dents. Il ne consentait à aller chez le dentiste que si je raccompagnais.

Nous voilà chez Duchesne. — Nouvelle hésitation du patient. — Courage, jeune homme, lui a dit ce diable d'opérateur; quand ce ne serait que pour faire plaisir à la maman !...

Une fois sur le chapitre de M^e Mars, le spirituel comte 0'M...y était inépuisable. Les anecdotes surabondaient. En voici une qui me parut touchante, et que je crois inédite. Quelques années auparavant, M'ie Mars jouait, dans une pièce d'ailleurs assez médiocre, le rôle d'une jeune femme, mère de trois enfants. A la fin du second acte, on venait lui dire qu'un de ses enfants était tombé dans le bassin du parc. Elle s'élançait hors de la scène avec un cri si déchirant et si vrai, que tout le parterre se levait pour l'applaudir. Dans Tentr'acte, comme ses amis la félicitaient, elle leur répondit : « Non ! je ne suis pas contente ; dans la pièce, j'ai trois enfants, et j'ai crié comme si je n'en avais qu'un! » — Le propos fut répété à une femme admirable, la marquise de M... qui venait d'être frappée dans ses plus chères affections. Heureuse mère de quatre fils qui faisaient son orgueil et sa joie, elle avait vu un de ces chers enfants mourir dans

ses bras, après une longue agonie . Le surlendemain, Mlle Mars reçut le sonnet suivant, dont elle a toujours ignoré Fauteur; sonnet inspiré par un verset de l'Évangile selon saint Jean :

— Ils t'accompagneront, vêtus de robes blanches ; Ils tiendront dans leurs mains le lis immaculé. Le cèdre et le cyprès agiteront leurs branches Sur ton cercueil qui passe, ô mon ange envolé !

Je ne te verrai plus, front pâli qui te penches Comme pour écouter mon cœur inconsolé ; Je ne t'entendrai plus, douce voix qui t'épanches Comme le son lointain d'un luth d'ombre voilé.

Je reste et tu t'en vas !... on me dit : « Pauvre mère ! Pourquoi te désoler? Tu n'es pas solitaire; Regarde tes trois fils, que t'envîrait un roi! »

— Non, cher enfant ! ces mots d'une langue vulgaire De mon deuil maternel offensent le mystère ;

Je pleure... Comme si je n'avais eu que toi!...

Mais nous voilà bien loin à^Hernani, Des applaudissements de bon aloi saluèrent la belle tirade : « Oh! V insensé vieillard,,. » et se ralentirent après Tentrée de don Ruy Gomez de Silva, qui nous sembla parler par énigmes. Joanny manquait de mémoire, et accrochait plusieurs hémistiches. Lorsque survint le fameux vers :

Oui, de la suite, ô roi î De ta suite ! —j'en suis !

Un léger susurrement courut dans le parterre*

— « Comme tout cela sera sifflé à la quatrième représentation I > — me disait Emmanuel Richomme, qui était resté classique.

Le second acte m'a toujours paru d'autant plus fou, qu'il rend le dénouement plus invraisemblable. Quoi ! voilà un grand d'Espagne, duc de Segorbe, duc de Cardona et autres lieux, qui s'est métamorphosé en outlaw^ en bandit, chef d'autres bandits. Ses compagnons pillent, assassinent, tuent, violent, incendient, sans que sa conscience éprouve le plus léger scrupule; — et, le soir de ses noces, au moment d'entraîner sa chère dona Sol dans la chambre nuptiale, ce même homme avalera du poison, sûr que sa Jeune épousée va s'empoisonner avec lui, — pour le bon plaisir d'un vieux maniaque qui souffle dans un cor de chasse! Le loup-cervier se change en hermine I Hernani se croirait déshonoré, s'il envoyait à tous les diables ce stupîde vieillard^ et il n'a pas cru forfaire à l'honneur en égorgeant son prochain, en détroussant les pas-* sants et en brûlant la moitié d'une ville? Encore et toujours, la théorie du superflu aux dépens du nécessaire ! L'affiche portait en sous-titre :

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« OU l'honneur castillan. » — : Non, ce n'est pas rhonneur de Saragosse ; c'est l'honneur de Charenton.

Tout le drame oscilla ainsi, à travers des alternatives d'enthousiasme, d'étpnnement, de malaise, de protestations timides, jusqu'au célèbre monologue de Charles-Quint, qui n'avait pas moins de cent huit vers, et que Michelot déclama d'un ton goguenard , comme s'il en jouait la parodie. Elle circula aussitôt, sous la forme de ce distique :

Cest là le romantisme ? Alors qu'on me ramène A ton monstre martn^ récit de Théramène i

Mais le cinquième acte enleva le succès. Froide et terne dans les quatre preiriiers actes, par la bonne liaison que le rôle de dona Sol y est glacial et passif , Mll« Mars fut ravissante d'amour chaste et de grâce 'virginale, dans la scène délicieusej comparable à tout ce que Shakspeare d rêvé de plus poétique et de plus exquis. Je crois encore entendre, après plus d'un demi-siècle, cette voix enchanteresse s'exhalant. au milieu des fleurs de cette terrasse, sous la pâle clarté

des étoiles, dans ce duo de poésie, de passion et

de jeunesse:

Dîs^ ne le crois-tu pas ? Sur nous, tout en dormant,

La nature^ à demi, veille amoureuseiAent.

La lune est seule aux deux, qui, comme nous, repose

Et respire avec nous l'air embaumé de rose...

... Dis, ne voudrais-tu pas voir une étoile au fond ?

Ou qu'une voix des nuits, tendre et délicieuse,

S'élevant tout à coup, chantât...

Capricieuse !

Puis elle fut littéralement sublime, lorsque le sinistre vieillard (rien de M. Thiers) vint réclamer sa proie, lorsqu'elle s'écria, avec une sorte d'amoureuse furie ;

Il vaudrait mieux pour vous aller aux tigres même Arracher leurs petits, qu'à moi celui que j'aime l

Ce fut une explosion d'autant plus foudroyante qu'elle avait été plus tardive, Dona Sol rajeunissait de trente ans son incomparable interprète. La perfection de l'art, secondée par une inspiration subite et une émotion longtemps contenue, ne pouvait aller plus loin. Les bizarreries, les longueurs, les vers étranges, les situations forcées,l'invraisemblance même et l'horreur de ce dénouement, tout fut oublié. L'admiration factice, l'enthousiasme de parti pris, se changèrent en délire. Nos àînéSf qui connaissaient

le riche répertoire de M île Mars, se demandaient par quel prodige cette grande artiste, si habile à rendre les nuances les plus délicates des rôles de Sylvia ou de Célimène, d'Elmire ou d'Araminte, se révélait, tout à coup, non pas égale, mais infiniment supérieure à toutes les actrices de tragédie et de drame. La partie était gagnée, sauf les revanches probables. Le rideau tomba au milieu d'applaudissements unanimes, qui ne pouvaient guère rencontrer de contradicteurs ; car, à rouverture des vrais bureaux, toute la salle étant louée, on n'avait pu laisser entrer que trois de ces gueux de payants y et, s'ils avaient sifflé, les hugolâtres leur auraient fait un mau* vais parti. Quand Firmin, qui avait joué Hernani avec la conviction et l'énergie d'un néophyte, vint nommer l'auteur, une double ovation accueillit ce nom, si illustre déjà et encore si pur. L'orchestre et le parterre, se levant en masse, saluèrent de leurs acclamations Theureuse compagne du poète, qui, radieuse, triomphante, nous remercia d'un sourire, comme une belle souve-» raine, contente de son peuple.

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Ce qu'il y avait à redouter, c'étaient les lendemains. La presse fut généralement peu favorable. Les journaux du libéralisme, obéissant aux influences des Arnault, des Etienne, des Jay et des Jouy, traitèrent d'orgie cette représentation et de rapsodie ce drame. Les purs classiques crièrent à la décadence, à la barbarie, à l'abomination de la désolation. La Quotidienne^ plus modérée, fut froide, devinant sans doute que le poète lui échappait. Les petits journaux, d'abord bienveillants, ne purent résister à la tentation d'amuser leurs lecteurs, et de tourner en charge les vers durs, emphatiques ou biizarres. Etienne inventa le mot novateur rétrograde^ qui fit fortune. Ce fut alors que circulèrent les légendes de vieil as de pique, de ce polisson de Racine, de

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« Monsieur j vous ave'{ ri ! » où il n'y avaît rien de vrai, mais qui amusèrent les salons. Le plus fâcheux, c'est que de jeunes écrivains, des critiques sérieux et spirituels, évidemment dégagés de la tradition et sympathiques à la nouvelle école, parlèrent de déception, et déclarèrent que ce n'était pas la peine de démolir à grand fracas la tragédie, sous prétexte de nous ramener au vrai, pour faire encore plus /aux que Baja\et et que Zaïre^M, Auguste Trognon publia, à ce sujet, dans la Revue Française, un article fort remarqué, qui lui valut, huit ans plus tard, le vers de Rujr-Blas :

... L'afFreuse compagnonne Dont le menton fleurit et dont le nez trognonne.

Car nul n'est plus vindicatif que M. Hugo, malgré ses airs doucereux d'apôtre du pardon, de bienfaitieur de l'humanité et de grand pontife de la paix universelle ; témoin, dans son livre des Quatre Vents de l'Esprit ; le vers où ses fureurs vengeresses amalgament Nonotte, Gustave Planche, Louis Veuillot, Nisard et Mérimée !

Lorsqu'on joua la joyeuse parodie : Harnali

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OU la Contrainte par cor, le mot d'ordre fut d'applaudir, en ajoutant : « Cest très amusant, mais les^ plus spirituels parodistes auront beau faire ; ils n'imagineront jamais rien de plus grotesque, de plus bouffon, que la pièce elle-même ! »

Et le public payant ? A dater de la troisième représentation, il fallut bien l'admettre. Alors éclatèrent les orages, les bordées de sifHets, les quolibets, les querelles, les injures, les menaces de duel. Le Théâtre-Français n'était plu5 qu'un champ de bataille. Les admirateurs, les amis de M. Hugo et de son drame craignaient par-dessus tout que Mlle Mars, habituée à n'entendre que des bravos et à ne recevoir que des compliments ne se décourageât et ne rendît son rôle. Pour conjurer le péril, une élite, choisie parmi les plus fervents, allait, tous les soirs, après le rideau baissé, saluer dona Sol dans sa loge, en lui apportant des bouquets, des couronnes, des hommages enthousiastes, et en exagérant le chiffre de la recette. Un soir, ayant dîné avec Paul Huet, Eugène Devéria et Poterlet, la tête un peu montée par ces sifHets qui m'exaspéraient, je suivis ce groupe de consolateurs, et j'arrivai au seuil

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du sanctuaire. M'IoMars était furieuse. L'attaque de nerfs semblait imminente, et, franchement, après avoir Joué, comme elle le jouait, le dernier acte d'Hernani, la grande artiste avait le droit d'être nerveuse. A ceux qui lui disaient : « Mais, madame, les sifflets ne s'adressent pas à vous ! » elle répliquait brusquement, en déchirant son mouchoir brodé : « Tout cela est bel et bon ! Ils ne s'adressent pas à moi ; mais c'est moi qui les reçois en plein visage, tandis que M. Hugo est libre d'aller se promener sur le boulevard... . Non ! c'est impossible ! Je suis à bout de forces : encore deux soirées comme celle-ci, et je renonce à la lutte ! >

Elle persista pourtant, en vaillante artiste qu'elle était. Les récalcitrants se lassèrent de siffler ; mais les recettes baissèrent. En somme, la victoire n'était pas décisive, et laissait tout en . suspens. — Aussi loin d'Austerlitz que de Waterloo ! — Je finis ce trop long récit par un détail que les circonstances présentes rendent assez curieux. En avril, après le départ des Italiens, une troupe allemande vint chanter, salle Favart, Freyschut\y Oberon et Fidelio, J'allai entendre

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Haitzinger et M"* Schrœder-Devrient. Le hasard me plaça à côté de Firmin. Ses voisins le taquinaient à propos d^Hemanif lui reprochaient amicalement de dépenser son talent au profit d'une pareille pièce, et d^un auteur qui n'avait pas le sens commun. Il répondit : « Messieurs, dans cinquante ans on lui dressera pes statues ! » i83o-i88o. Le compte y est.

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A la première représentation d'Hernani^ j'avais été, pendant un entr'acte, présenté à un excellent homme de beaucoup de talent et d'esprit, Hippolyte Romand, ^ ami de la famille Janvier, de Joseph d'Ortigue et de Berlioz. Il a eu, lui aussi, son moment, dont il n'a pas profité. Vers 1840, il fit jouer à l'Odéon, avec un éclatant succès, un drame intitulé : le Bourgeois de Gand, Il fut moins heureux, au Théâtre-Français, avec le Dernier Marquis^ dont la donnée était pourtant bien ingénieuse ; mais il eut, avec Latour de Saint-Ybars, Emile Augier, M«« de Girardin, Scribe et Ernest Legouvé, l'honneur d'être un des rares auteurs que Melpomène-Rachel consentit à admettre dans son classique répertoire.

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En 1844, pendant une Exposition quasi-universelle, elle joua sa Catherine II, qui réussit à souhait et réalisa de magnifiques recettes. Depuis lors, Romand, médecin-poçte, causeur spirituel, anecdotier charmant, doué d'une bonne dose de philosophie pratique, préféra le dilettantisme aux chances et aux fatigues de la carrière dramatique. Je ne retrouve plus à son actif, dans mes souvenirs, que la Fiancée du Diable, opéracomique en trois actes, musique de Victor Massé, — écrit en collaboration avec Scribe. Sous l'Empire, cet aimable homme fut nommé inspecteur des hôpitaux dans le midi de la France, et, plus fard, directeur de l'hospice des Quinze- Vingts.

« — Hernani, me dit Romand, ce premier soir, ajoute encore à la gloire poétique et lyrique de M. Hugo, mais ne conclut rien, absolument rien, en faveur de ses aptitudes dramatiques. » — C'est et ce sera toujours la note juste.

Le surlendemain, je le rencontrai, dans le jardin du Luxembourg, se promenant avec deux amis d'une toiirnure et d'une figure remarquables, deux de ces hommes qui ne peuvent passer

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