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CHAPITRE m

(Aux Italiens).

I. — Les réunions qui suivirent la convocation du 31 octobre 1873 ayant pour objet l'exposé de la situation de rOpéra, eurent pour résultat l'adoption du théâtre des Italiens, lequel fut choisi pour y continuer les représentations interrompues par l'incendie, jusqu'à l'ouverture du Nouvel Opéra, dont les travaux allaient être menés avec une célérité toute exceptionnelle.

Cette période des représentations provisoires ouvrit le

4 mars 1874, et dura toute l'année»; ce ne fut que le

5 janvier 1875 qu'eut lieu l'inauguration du Nouvel Opéra.

Dans Tintervalle, bien des questions furent agitées, bien des mesures prises, en toute hâte, pour arriver le plus promptement possible à la reprise des représentations si ardemment désirée de toutes parts.

Le matériel complet à reconstituer! Et parmi lequel figure en première ligne (à mon point de vue intéressé) la musique.

Seules, quelques partitions furent sauvées! c'était donc tout le répertoire qu'il s'agissait d'établir à nouveau.

Pour ce faire, il y avait un moyen expéditif et

économique h la fois. On le saisit aussitôt. C'était de remplacer la copie qui demandait trop de temps à re-

faire, par la gravure des parties d'orchestre, gravure modifiée, inexacte, fautive, à Texception d'un ou deux ouvrages, et d'un prix d'achat plus modéré que celui de la copie à établir, mais d'un usage de peu de durée, vu la mauvaise qualité du papier.

Cela ne fit point obstacle ; aussi fut-on obligé mainte et mainte fois d'échanger partiellement des parties usées contre des parties neuves. Le travail laborieux nécessité par les corrections, les changements, les coupures, enfin, parla mise au point, était à refaire toutes les fois qu'une partie hors de service devait être remplacée. Et sur quoi pouvait-on se baser?... Sur des partitions gravées, modifiées elles-mêmes, dans lorchestration, en vue de l'exécution de province!

Je venais justement de publier mes « Curiosités musicales » traitant do l'inexactitude entre les parties d'orchestre et les partitions, je pouvais donc me rendre compte de ce que serait par la suite cette reconstitution précipitée.

Cet état de choses joint à la diminution morale de la situation de chef d'orchestre, la perturbation de l'exécution venant à se mêler au désordre matériel des ouvrages du répertoire, il y avait loin, on en conviendra, de la position enviée dès mes jeunes années, à la position présente* Les circonstances imprévues réunies aux changements opérés par le temps vinrent mettre le comble à la mesure! Les illusions n'étaient plus possibles. Il fallait courber la tête.

IL — Au milieu d'une telle désorganisation et en plein travail de répétitions en tout genre, d'auditions, soit aux Italiens pour l'installation, soit à l'Opéra, dans le foyer de l'amour, épargné par l'incendie, surveillant le colla-

tionnage do la musique, à ce moment de grande activité, je tombai malade. Je fus pris pour la deuxième fois de rhumatismes articulaires auxquels vint se joindre un anthrax. Je dus rester six semaines cloué sur mon lit.

Le Conservatoire marchait, et FOpéra allait ouvrir aux Italiens sans moi. On préparait Hamlet pour être joué peu après l'ouverture du théâtre, et je me voyais forcé de n'y point prendre part. Ce fut un vif chagrin pour moi.

Hamlet et Faust étaient les deux opéras présentant toute sécurité, sous le rapport d'exactitude des parties d'orchestre gravées dans des conditions modernes toutes spéciales qu'exige l'exécution au théâtre.

Quant aux autres ouvrages du répertoire qui, successivement, furent montés aux Italiens : Guillaume Tell^ Le Trouvère^ La Favoi'ite^ Don Juan^ les Huguenots^ Robert le Diable, la plupart de ces opéras offrent encore aujourd'hui, dans leur exécution, soit par le texte original, soit par les traditions premières dont on s'est peu à peu éloigné, une différence que rend plus sensible encore l'interprétation vocale. Celle-ci est arrivée, en effet, à dénaturer parfois non seulement les traditions, mais les intentions des auteurs.

Les ballets représentés aux Italiens sont Diavolina^ Coppelia, La Source,

Dans l'intervalle des premières représentations (à ce théâtre) des ouvrages cités plus haut — représentations qui pouvaient à juste titre passer pour « premières », pai* la nouveauté qu'elles présentaient ainsi reportées dans un petit cadre — on monta comme intermède V « Esclave » opéra en cinq actes de Membrée. Cet opéra était conçu dans les proportions du théâtre, quant à la mise en scène et à ses développements. Il eut pour interprè-

tes M'** Mauduit, MM. Sylva et Gailhard. Nous eûmes la bonne fortune de nous trouver en relation avec M. Got, un des auteurs de la pièce, lorsque aux répétitions il mettait en scène certaines parties Âe Tœuvre.

Lors de la première lecture au théâtre (sujets et chœurs), surgit un incident qui apporta du relard à la répétition.

Cette répétition avait lieu dans les mômes conditions que la précédente : celle de Jeanne d'Arc à TOpéra; je ne pouvais m'y soustraire. Cependant, au moment de commencer, ni M. le Directeur, ni Tauteur n'étaient présents. Je fis remarquer à M. Carvalho, directeur de la scène, cette absence regrettable, et je lui déclarai ne devoir assister à la répétition sans la présence de l'auteur. Je voulais bien, lui dis-je, suivre la répétition, c'est-à-dire contrôler, s'il y avait lieu, les études préliminaires des chœurs, faites et dirigées par leur chef respectif, ainsi que celles des sujets accompagnés par le maître de chant, mais que je désirais expressément le concours de l'auteur, pour asseoir ma direction ultérieure sur des bases certaines. — On expédia une dépêche à laquelle Membrée fit droit aussitôt. Et, devant lui, dans des conditions acceptables alors, la répétition suivit son cours.

L'Esc/ave vécut l'espace d'un mois : du 15 juillet au 28 août (15 représentations). Après quoi on donna Robe?'t pour la continuation de la série des ouvrages remontés.

Reste à mentionner :

1** Le bénéfice de Déjazèt qui eut lieu le 27 septembre, La représentation se composait de l'Ouverture de la Muette, I.es jurons de Cadillac; 3* acte de Tartitffe (comédie Française) ; Gara^ par la célèbre comédienne, les

Huguenots^ 4* acte (duo), Guillaume Tell (trio), Intermède, Coppélia, La Lisette par Déjazet; 1& lendemain, je recevais la lettre suivante :

« Mon cher Deldevez,

« Je ne veux pas attendre à demain pour remercier MM. les artistes de Torcheslre du concours empressé et si brillant qu'ils ont apporté à la représentation en rhonneur de M^^® Déjazet.

« Leur bon vouloir, en cette circonstance, a été à la hauteur de leur talent.

« C'est tout dire.

« Je vous charge de transmettre à chacun d'eux Texpression de mes vives félicitations.

« A la veille d'inaugurer la nouvelle salle, je tiens à ce que Torchestre de l'Opéra sache que je compte sur lui comme il peut compter sur moi ; et que ma constante préoccupation, je viens d'en donner une preuve récente, sera toujours le soin de sa dignité artistique.

« Quant à vous, mon cher Deldevez, agréez, avec mes remerciements particuliers, l'assurance de mes meilleurs sentiments.

Le Directeur de l'Opéra, Halanzier.

« Paris, 18 septembre 1874. »

2° Les représentations de la Pattî, dans les rôles de Marguerite et de Valentine de Faust et des Hugue^iots : « Soirées délirantes » de la célèbre diva... — comme il a été dit tout récemment à roccasion de la nouvelle inespérée de « la Patti à TOpéra i, 1888 ^

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