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TROISIÈME PARTIE

J*ai peu parlé de la Société des Concerts dans ce long récit de mes déboires, de mes infortunes artistiques soit àrOpéra, soit au Conservatoire, soit dans mes concours, soit... je ne sais de quel côté je n'en ai point enduré !

La raison, on Ta comprise; ayant publié, en une suite d'histoire, un ouvrage sur « la Société des Concerts », il ne me restait que peu de choses à dire, si ce n'est cependant, ce que j'y ai omis, volontairement, par connaissance de cause, jugeant qu'il était peu convenable, à moi, d'entrer dans des questions administratives, de comité, qui sont du ressort des confidences, des mémoires.

Je puis donc librement m'expliquer ici sur quelques points laissés en réserve, sans porter ombrage à qui que ce soit.

La Société des Concerts, par sa nature, son caractère, par son mode d'institution, est, sans contredit, moins libre que toute entreprise particulière; son Président, chef d'orchestre règne, il est vrai, mais ne gouverne pas; sa constitution ne peut changer : elle reste stationnaire dans son essence même, pour ainsi dire, sans pour cela méconnaître le progrès véritable en tous

points. Mais, quel est celui sur lequel elle n'est pas retenue, limitée. Du côté de son répertoire : instituée pour l'exécution des chefs-d'œuvre de Tart essentiellement symphoniques des maîtres anciens, particulièrement les symphonies de Beethoven, elle ne peut déroger à ce principe sans manquer à sa mission. Et les essais constants qu'elle fait pour varier ses programmes, sont diversement appréciés, sans qu'il en résulte pour la Société un avantage réel,au contraire,car lesœuvres moder nés sont, en général, faites pour saper toute structure, détruire toute forme, remplacer l'imagination par des transformations de thèmes, — et cela sans peser si l'inspiration est à la hauteur de celle des grands maîtres classiques, pour lui permettre de revêtir tant de formes différentes, et maintenir l'intérêt sans le secours de l'imagination, sans le concours d'idées épisodiques, etc.

Du côté du chant, le principe d'égalité de rénumération restreint, il faut l'avouer, le nombre d'artistes de premier ordre, désireux de partager l'honneur qu'offre la Société... etc.

Elle vit dans un cercle immuable.

La direction a toujours eu à lutter contre les atteins tes portées à sa suprématie ainsi qu'au pouvoir de ses chefs. Il faut en excepter le fondateur, cependant, sous son règne la lutte n'était pas commencée encore ; elle ne faisait que naître pour éclater sous le règne suivant et pour se poursuivre sans jamais cesser d'exister. En effets n'avons-nous pas vu le successeur du fondateur constamment aux prises avec les envahissements d'une société naissante, dont le chef était le protégé du gouvernement provisoire. A toute occasion c'était l'objet d'une mesure restrictive plus rigoureuse qui s'ajoutait à nos statuts, afin de mettre obstacle à toute participation in-

directe de la part de la Société des Concerts aux fêtes de rhôtel de ville, ou à des concerts officiels et cérémonies qui, dans Tordre hiérarchique — si la question pécuniaii'e ne fût intervenue — appartenait de droit à la Société des Concerts.

Et cette déférence non observée envers la Société des Goncerts,entraîna en quelque sorte l'abdication d'un point d'honneur, chez le chef d'orchestre, lequel consiste à sortir victorieux de toute question d'intérêt général.

On glosait, en comité, sur la prétendue décoration que le chef de la Société des « jeunes élèves », ainsi épaulé allait décrocher d'un moment à l'autre. On jalousait, en môme temps qu'on discutait son mérite, son heureuse chance. Le grand émoi que Ton en ressentit, ainsi que toutes les répressions qui ne cessèrent de sévir, rien ne put arrêter l'essor d'une entreprise dont la jeune institution avait trouvé à son début les sympathies et les encouragements de personnages influents, financiers ou gouvernants.

Ce fut à ces hautes protections qu'on dut céder la propre salle de concert du Conservatoire pour les répétitions de la jeune Société ; que la musique, parties d'orchestre des symphonies d'Haydn, ayant servi à la fondation de la Société des Concerts, lui fut également prêtée, et sur laquelle elle sut prendre les traditions.

Si, en ce temps, on eût prédit la transformation opérée, quelques années plus loin, de la Société des « jeunes ariistes » en Concert Populaire, la création de l'Association artistique, et d'autres entreprises du môme genre, que fût devenue cette opposition que l'on témoignait rien qu'à l'approche delà concurrence qui allait s'établir de tous côtés. Elle eût montré... de l'indifférence! de l'indifférence qu'il convenait d'apporter dès l'abord à toute

entreprise qui n'avait rien de commun avec le caractère particulier qu'a pris la Société des Concerts lors de sa fondation. L'art, en ayant un essor plus grand, a aussi des points de comparaison qui s'établiront toujours à son avantage; il ne lui faut, en définitive, que maintenir le principe et poursuivre la mission qu'elle s'est créée.

Une institution qu'il ne faut pas oublier de citer, et qui eût soulevé une vive opposition, bien certainement, si son avènement se fût produit plus tôt, à Tépoque où l'on s'émotionnait encore à toute apparition de choses pouvant apporter quelque ombrage. — Je veux parler de la « Société de musique de chambre pour instruments à vent » fondée en 1879.

Certes, il n'y avait rien qui pût inquiéter les esprits, dans cette sorte de restauration de la musique de chambre dont la nature seule diffère : — du quatuor elle passait à l'harmonie. — Sans doute, mais, aurait-on fait remarquer : la nature même de votre institution, n^enlevant pas seulement une individualité prise dans l'ensemble de chacune des parties constituant le quatuor, mais disposant en bloc de toute la partie de l'harmonie dite d'instruments à vent, c'est tout une phalange que vous enlevez, une côte que vous retirez à la Société des Concerts. — Et par la logique de ce raisonnement, l'opposition eût peut-être présenté quelque argument de légitime défense.

— En invoquant, comme précédent, les Sociétés de quatuors à cordes, vous appelez justement la comparaison à se prononcer, ainsi qu'on vient de le voir; et de plus, à faire surgir une question d'intérêt touchant un côté de la constitution de la Société des Concerts.

En vous groupant, tels que vous l'êtes, mais non tou-

tefois sans quelque exclusion, vous faites Tinvite à une question que vous n'ignorez point devoir être formulée : « De quel côté se trouve la plus parfaite composition?»

— A cette question, la réponse ne peut plaire aux uns sans déplaire aux autres.

Et puis votre nombre augmente parfois, en s'adjoignant un quatuor ou un quintette à cordes, ce qui arrive aux proportions d'un petit orchestre, et votre Société passant aux yeux de Tun de vos plus dévoués admirateurs, comme étant l'affirmation de la négation du chef d'orchestre ^ ce grief joint aux conséquences d'une majorité presque assurée par le concours d'un nombre de voix pouvant à volonté faire peser la balance dans une assemblée; toutes ces raisons n'étant pas de nature à n'éveiller aucune protestation, il est probable que l'opposition qui s'est manifestée contre la Société des « jeunes artistes », se serait montrée implacable envers la Société de musique de chambre pour instruments à vent.

Mais il était un exemple qu'on pouvait invoquer.

N'avait-on pas déjà laissé enfreindre le règlement, à la suite d'un conflit qui eut pour résultat, sous l'apparence du ressentiment d'un insuccès, la fondation de la Société de l'Harmonie sacrée, composée des éléments mômes de la Société des Concerts! Et ce n'était pas le cas, ici, de témoigner seulement de l'indifférence. On alla jusqu'à la générosité, après avoir montré autrefois tant de susceptibilités exagérées. La Société des Concerts se trouvait cependant sur un terrain qu'elle avait le devoir de défendre : le sien ! Mais les temps étaient changés.

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