‹ Mes mémoiresChapitre 50 sur 54 · CANTATE · texte numérisé non relu

CANTATE

Exécutée à rOpéra le 15 février 1853.

Auteurs : M"*' Mélanie Waldor, Ernest Deldevez.

Interprètes : Roger, M"" Laborde, Tedesco et Bosio.

€ On y avait intercalé deux romances de M"*« Mélanie Waldor, mises en musique par M"*® Lefèvre-Deumier et accompagnée par deux harpes, ainsi que la Calesera, chanson andalouse qui fut chantée d'une façon piquante par M"»® Bosio. »

Op. 8. Deuxième symphonie.

En 1854, j'obtins une audition, à la Société des concerts, de ma deuxième symphonie.

Girard me complimenta chaleureusement.

Je la refis entièrement, cependant.

Cette séance ne comprenait que deux symphonies : la mienne, par laquelle on commença la répétition, et une de Millault, le chef des seconds violons. L'ordre établi du programme permit à ce dernier d'occuper sa place à l'orchestre, comme d'ordinaire. Quand vint son tour, soit l'effet de rémotion que j'avais éprouvée, des félicitations que m'adressaient mes amis, soit par toute autre cause, je négligeai d'aller au foyer à la recherche de mon instrument, de m'accorder, de revenir ensuite prendre ma place (non sans déranger les exécutants). Je restai, comme spectateur, à écouter l'œuvre de mon collègue. Cela amena les mêmes conséquences qu'avec

Habeneck, à l'Opéra, pour le Freyschûtz^ je fus privé de mon droit de présence, tandis que mon compétiteur touchait le sien intégralement.

Ce fait provient de la part de quelque membre du Comité qui, pour flatter le chef, jusque dans le manque de sympathie qu'il ne dissimulait point, invoqua un article du règlement par lequel ma non-coopération à la répétition équivalait à une absence.

On pouvait trouver matière à chicane, car, je n'avais point participé à l'exécution, involontairement, cela est vrai, mais n'étais-je pas un des auteurs, instigateurs de la susdite répétition?...

Un autre fait analogue à celui-ci se produisit lors de ma démission de la Société des Concerts.

A l'Assemblée convoquée pour élire un chef d'orchestre, mon successeur, je vins adresser mes adieux, et me retirai ensuite ; — mon droit de présence me fut néanmoins acquis. Telle fut la différence du procédé.

Le titre de cette symphonie (m stile rnaestoso) indique le caractère distinctif que je lui ai attribué.

Les quatre morceaux sont en effet conçus dans le style rnaestoso : L'alIegro, précédé d'une introduction ; le menuet; Tandante composé d'un recitativo mesuré, et d'un scherzetto épisodique, lequel reparait comme canto legato accompagnant le thème principal ; le Finale.

Ces quatre parties ont la facture essentielle de la symphonie proprement dite : — l'Àllegro et le Finale, sans renvoi, mais avec ses deux reprises fondamentales ; le menuet et le trio avec un développement que comporte le caractère de la symphonie ; Taudante et scherzetto, double morceau, en guise de variations. Quant aux tonalités, voici le point, je ne dirai pas nouveau, mais parti-

culièrement appliqué comme donnant un plus grand essor, une plus grande variété au caractère maestoso qu'il caractérise noblement. Aussi, dès le début de Tintroduction du premier morceau le sentiment des principales tonalités de la symphonie est-il effleuré par des modulations successives ; Tallegro ayant pour deuxième tonalité son relatif direct, la dominante, ne diff'ère en rien des modèles des classiques. — Le menuet en /il, autre relatif direct (Tut a son trio à la sous dominante, laquelle est la tonalité {sib) propre, déterminant cette partie de morceau nommé Trio. — L'audante est conçu dans le ton de la b relatif du ton dut mineur entrevu au commencement de la symphonie et définitivement adopté comme relatif pour le Finale.

— Le trio du scherzetto étant de principe absolu à la sous dominante ré b.

Le Finale est dans le mode mineur du ton de la symphonie, ce qui permet le retour au ton de /a ô à la première reprise s'enchaînant sans renvoi avec la seconde, laquelle après avoir exposé de nouveau le début mineur du morceau, va prendre enfin le mode majeur pour conclure pompeusement, non avant de jeter un dernier regard à à une nouvelle tonalité [mi 6), complétant, sur le tard, la série des relations tonales employées dans la symphonie.

Voilà le plan que j'ai tracé.

Maintenant, quant à l'inspiration, à l'imagination, au style de l'auteur, je n'ai pas à parler de ces dons naturels qui se sont fait jour dans la mesure de mes moyens.

J'ai dit ce que j'ai fait ou désiré faire ; quels procédés j'ai employés pour y parvenir. D'après toutes ces explications de choses qui n'ont pas toujours été comprises, et bien qu'en présence des éloges flatteurs auxquels je suis

extrêmement sensible, j'éprouve cependant un sentiment de révolte contre certaines appréciations que je ne puis considérer comme déQnitives, et qui me font en dernier ressort me pourvoir près la cour suprême demandant la révision des jugements rendus.

Ce sont les passages suivants contenus dans les articles delà Revue musicale du Siècle (1876), l^iRevue mw5icale de la Liberté (24 janvier 1876), les Débats et la Petite Revue musicale^ etc.

« ... Mais, à proprement parler, ce n*estpas làunesym phonie par le style, ni par les procédés dont Haydn, Mozart et surtout Beethoven, nous ont donné de sublimes exemples. » Oscar Corne ttant.

« Le premier morceau débute, comme dans les symphonies de Haydn et de Mozart, par une introduction d'un mouvement lent, empreinte d*un caractère noble et sévère... »

« Le menuet, qui suit, est une autre sorte de pastiche des morceaux de ce genre qu'ont écrit les maîtres classiques. »

« L'andante e'^t une charmante page de ballet. . .

« En résumé, la symphonie en m/ de M. Deldevez est Tœuvre d'un musicien de talent, plus apte à écrire de la musique de théâtre que de la musique de concert. »

c Quant au Qnale... « le peu d'importance des parties auxquelles le chant n'est pas conflé...» Victorin Joncières.

J'en appelle à la seconde reprise de ce morceau — et, comme exemple, je citerai le Qnale de la symphonie en la de Beethoven ! .

« Le caractère quelque peu dramatique de cette symphonie n'a peut-être pas été du goût de ceux qui voudraient que toutes les compositions appartenant au môme genre fussent coulées dans le môme moule. Nous applaudissons, au contraire, chez un musicien que ses études et ses préférences attachent aux traditions classiques, cette tendance à dégager sa personnalité, par d'heureuses concessions faites aux formules nouvelles... » E. Reyer.

D'un autre côté j'avoue en toute sincérité applaudir des deux mains le début delà Petite revue musicale :

« Depuis plus de quarante-neuf ans que la Société des concerts existe, aucun de ses chefs d'orchestre n'avait affirmé son talent de compositeur symphoniste ainsi que vient de le faire, non sans éclat, au concert de dimanche dernier, M. Ernest Deldevez. » A. Elwart.

C'est même la raison qui m'a déterminé à briguer l'honneur de figurer dans les programmes de la Société des concerts. A ce titre je pouvais espérer que l'oubli n'en serait point le résultat !

En résumé, ma symphonie contient les quatre parties que désigne le caractère spécial de chacun des morceaux admis dans la symphonie par les maîtres classiques;

1° Introduction et Allegro maestoso ;

2^ Minuetto (de préférence à un scherzo ; le menuet répondant mieux au caractère principal de maestoso) ;

3° Andante et scherzetto (ce dernier, complet dans sa forme distincte, avec trio, venant se joindre comme variation au thème de l'andante);

4** Finale, structure ordinaire.

Les œuvres suivantes :

Op. 9. Trio — op. 40, Quatuor — op. 42, Duo Fantaisie

furent Tobjet d'une audition que je donnai chez Pleyel et dont voici le programme :

Audition d'oeuvres composées par E. M. E. Deldevez.

Chant : M. Boulo ) ^ . ^ ^ ,( MM. Deldevez, Saenger,

r,- w n • \ quatuor mstrumental] ^. . ' . ®.*

Piano : M. Gona i ^ ( Viguier, Rignault.

10 Trio (op. 9.) pour piano, violon et violoncelle.

2o Mélodie 1 , ^r- , =, i. .

. . , j du Violon Enchanté^ pour ténor.

3« Quatuor (op. 10, n® 1.) pour 2 violons, alto et violoncelle. 4o Romance.

Sérénade (Le sommeil).

5« Duo-Fantaisie (Vert- Vert, op. 12) pour piano et violon.

— Le quatuor op. 40. n» 4, fut exécuté par MM. Deldevez, L. Dancla, Viguier et Lebouc à la séance du mois de janvier 4858, de la Société des Enfants d'Apollon ;

— En décembre 4859, ce fut le tour du deuxième quatuor op. 40, exécuté par MM. Deldevez, Lamoureux, Viguier, et E. Rignault.

Op. 11. Duo sur MazainnaopA'i\. Six Etudes-Caprices^pJev^^ Op. 44 Mélodie religieuse.

Ces morceaux de concert défrayèrent les soirées mu-

1. Par une erreur de typographie il était mis sur le programme Ariette au lieu de Arioso. Je laisse à penser Timpression que je ressentis en recevant le tirage au commencement de la séance !

sicales auxquelles Fauteur encore soliste était invité à faire entendre ses œuvres.

Duo Énigmaiique.

Celui-ci reçut encore la qualification de : économique, par les Enfants d'Apollon^ à la séance de septembre 1866, parcequ'il était joué par l'auteur seul^ tenant à la fois et le piano et le violon. — La Société Académique a pour principe d'offrir un jeton de présence à chacun des solistes coopérant à l'exécution du concert. Ce jour là, en effet, la Société eut un jeton de bénéfice.

Étude-Fantaisie pour le piano.

Exécutée par M"* C. Lévy (M. Trouillebert) à la séance d'avril 4863.

Op. 15. Troisième symphonie.

Après ma nomination de deuxième chef d'orchestre de la Société des Concerts, je demandai au comité une audition pour une nouvelle symphonie dont la nature et le caractère étaient un sûr garant de mon ambition, laquelle n'allait pas plus loin que l'audition. Je proposai môme à Tilmant, autant pour lui éviter toute besogne que pour ne point le distraire de ses programmes, de conduire mon œuvre non à titre d'auteur, mais comme deuxième chef de la Société. Ces demandes me furent accordées.

A la répétition, j'adressai quelques paroles à l'orchestre, par lesquelles je faisais part de mon plus vif désir (qui du reste m'avait été accordé avec la meilleure grâce

par le Comité) de faire entendre une œuvre sérieuse quoique n'ayant pas la forme traditionnelle de la symphonie proprement dite. Et, bien que Veri-Vert îut le sujet du ballet représenté à TOpéra, j'avais, dans ma symphonie Héroï-comique suivi Tordre établi dans le poème de Gresset, — cet ordre se rapportant directement, ainsi que les caractères, aux morceaux fondamentaux de la symphonie.

Ce préambule disposa favorablement Tauditoire-exécutant et je fus accueilli avec bienveillance.

Ma symphonie fut applaudie.

Le 30 mai 1878, dans son concert annuel, la Société des Enfants d'Apollon flt entendre un fragment de la symphonie Héroï-comique, le n^ 3, Tandante, « les adieux de VerU Vert. »

Op. 16. La Vendettas —Op. 17. Velléda.

Point exécutées.

Op. 18. Chœurs religieux.

Le numéro 2 » Fons amoris t^, parla Société des Concerts, le 19 et le 21 avril 1867.

Op. 19. Œuvres des violonistes célèbres, etc.

Diverses exécutions.

A la Société des Enfants d'Apollon^ en 1858, en 1867, en 1869, etc.

Lejour où j'allai déposer mon manuscrit au ministère d'État, sollicitant l'approbation de l'Institut, section de

musique, je fis la rencontre, sur le boulevard des Italiens, de Meyerbeer. Après quelques paroles amicales que m'adressa l'illustre maître, je lui parlai de l'ouvrage que j'avais sous le bras, et du but de ma visite à l'Académie des Beaux-Arts. — « Mais, moi aussi, je suis de l'Académie, me dit-il, et, comme tel, je tiens à approuver votre œuvre, ainsi que mes confrères, dont je ne doute pas de leur sympathie pour vous. Portez-là à mon domicile, je l'examinerai. »

A quelque temps de là, je le vis à l'Opéra ; il me complimenta de l'idée que j'avais eue et de l'exécution de mon travail. En me remettant mon manuscrit, Meyerbeer y joignit le précieux autographe qui se trouve mentionné entre les deux rapports de l'Institut et du Conservatoire, en tête de l'ouvrage.

Op. 20. Le violon enchanté.

L'ouverture seule fut exécutée à la Société des Enfants d'Apollon^ le 43 juin 1858. — Le solo de Viole d'amour^ par mon ami Leudet.

Op. 21. Yanko le Bandit.

Ballet en 2 actes représenté au théâtre de la porte Saint- Martin, le 22 avril 1858.

Op. 22, Quintette.

Ce quintette a été composé en l'honneur de la réception d'Halévy à la Société des Enfants d'Apollon^ et exécuté par MM. Deldevez, L. Dancla, Viguier, Lebouc et Gouffé, à la séance de novembre 1858.

Il flt partie d'une séance de musique de chambre, sous la présidence de Vaucorbeil, à l'Exposition de 1878, et fut exécuté par MM. Ârmenguaud, Turban, Mas, Jacquard et de Bailly.

Op. 23. 2« Trio.

Exécuté par M»« C. Lévy (M«« Trouillebert), l'auteur et M. Lebouc, à la séance des Enfants d'apollon^ avril 1863.

Op. 24. Romances sans paroles.

Par mon ami P. Planté.

Op. 25. L'Eventail, opéra- comique.

L'ouverture seule, « Souvenez-vous^en », fut exécutée à la Société des Enfants d* Apollon, le 29 mai 1862, ainsi que :

Op. 26. Rêveries dinannaises.

Pour piano et violoncelle exécutées par M">® B. Salomon, et mes amis Decourcelle et Lebouc, à la séance des ^nfants d'Apollon, le novembre 1873.

Op. 26 bis. Pièces caractéristiques.

— Une journée à Dinan^ exécutée le 3 juin 1886.

Op. 27. Suite de Ballets.

— La leçon de danse, exécutée le 10 mai 1877, le 19 mai 1887 ;

— Le galop du Fous, exécuté le 9 mai 1872 ;

— Bacchanale aux flambeaux y exécutée le 26 mai 1870; le 6 mai 1875, le 18 mai 1882.

En 1878, elle fit partie du flnale ù^Eucharis^ exécuté à Tun des concerts du Trocadéro, lors de l'Exposition.

L'année du Centenaire et de l'Exposition (1889) fut exécuté un fragment d'Euckaris, composé d'un Intermezzo et de la Bacchanale.. j mais à la Société Académique des Enfants d'Apollon! \e jeudi 30 mai.

— Valse des Hussards.

— Pas des manteaux^

* I Paquitay exécutés le 26 mai 1 881 .

Op. 28. Transcriptions et Béalisations,

Prière pour la Paix (plain-chant), exécutée à l'ouverture de la session (1870-71), à la Société des Concerts.

J'ai entrepris, en 1845, la publication de mon œuvre de composition, — fruit d'un travail souvent interrompu par l'impérieuse nécessité de mener de front et le professorat et le service laborieux des orchestres de théâtres, de concerts, soirées, etc. — voulant laisser après moi un document, le seul, bien éphémère sans doute, mais, susceptible en tout cas de survivre aux diverses fonctions dont a été rempli ma carrière artistique de violonistecompositeur-chef-d'orchestre.

Le produit de mes ouvrages (Ballets) représentés et édités, droits d'auteur, vente de manuscrits, de partitions (soit à Paris, soit à l'étranger) a été entièrement absorbé par les frais d'édition, tels que copie, gravure, impression, des œuvres de divers caractères que j'ai éditées depuis... à mon compte.

En voici la raison.

Pour le violoniste, chef d'orchestre militant,les œuvres de composition sont généralement considérées comme un surcroît de preuves d'aptitude auxquelles les artistes non compositeurs ne s'intéressent guère : ils comprennent le compositeur en dehors des fonctions d'exécutant. Il résulte de ce préjugé que l'on a peine à se faire connaître — les chefs d'orchestre se souciant peu des œuvres d'un confrère, les exécutants disposés à les ignorer. En conséquence, pas d'audition, pas d'éditeur!

N'importe! me suis-je dit: mon œuvre une fois gravé aura du moins le refuge de quelque bibliothèque !

Aujourd'hui (1889) qu'il est entièrement publié, sauf quelques pièces à ajouter, à quelques numéros d'opéra parus déjà, comme complément, caf , — « en toutes choses les sacrifices les plus grands sans le dernier qui doit les compléter restent stérilles » ^ La somme dont j'ai disposé s'élève à près de 40,000 francs.

En défalquant de cette somme les 14,699 fr. \9 c. que m'ont rapportés mes ballets^ le sacrifice imposé pour l'achèvement de ladite publication ne se monte, par le fait, qu'à une vingtaine de mille francs.

Les dispositions prises, par moi, antérieurement, pour assurer la complète réalisation de mon plus vif désir (la gravure de mon œuvre) sont maintenant lettres mortes, Dieu m'ayant accordé de mener à bonne fin mon entreprise !

Je m'en remets à sa volonté, quant à leur sort à venir !

Puisque je suis entré, guidé par un sentiment d'intérêt personnel, dans la « critique musicale », en réfutant certaines appréciations de divers articles de la presse ayant trait à quelques-uns de mes ouvrages, on me permettra, à mon tour, d'émettre ici mon opinion sur quelques questions concernant Richard Wagner et la musique de l'avenir, ainsi que sur Camille Saint-Saëns et la musique moderne.

, Naturellement se retrouveront, dans cette étude critique et analytique, les principes exposés précédemment, principes que je n'ai cessé d'admirer et de défendre en les invoquant au point de vue de l'intérêt de l'art en particulier.

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