‹ Mes mémoiresChapitre 7 sur 54 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

MES ÉTUDBS

Je ne fais qu'inscrire ici, pour mémoire, les dates de mes succès obtenus à l'école, depuis mon entrée au Conservatoire (i" mars 1825) et qui sont comme les premières étapes de ma carrière artistique :

Admissions,

Classe de solfège tenue par Larivière.

Classe de violon (Habeneck, professeur) Classe de solfège tenue par Millaud. .

Classe de solfège (Leborne, professeur)

Classe d'harmonie (Elwart)

Classe de contrepoint (Reicha)

Classe de contrepoint et Fugue (Halévy) Classe de composition (Berton)

Concours.

Solfège, un accessit 1827

— 2* prix 1829

— r^prix 1831

— lo —

Violon, 2' prix i83t

— d'^'prix 1833

Contrepoint et fugue, 2^ prix i837

. — — l^prix 1838

Composition, 1" 2' grand prix. ...... 1838

1. — Les quelques particularités que je puis signaler pendant tout le temps consacré à mes études au Conservatoire, sont présentes à ma mémoire.

Uannée où j'obtins le premier prix de solfège (1831) il me fut accordé, comme faveur exceptionnelle, de suivre, en outre de mes leçons (classe des hommes), les leçons de la classe des demoiselles tenue par M"*" Milin. Mon jeune âge et ma petite taille me valurent cet avantage unique. La double émulation que j'éprouvai me fut doublement précieuse, car, indépendamment du succès que j'obtins, j'eus le bonheur de conquérir l'estime et la bienveillance du directeur, de Cherubinî. De Che-

rubini! qui, comme on le sait, était d'une rigidité

sans exemple. Il est vrai de dire que ma mère m'accompagnait toujours à ma classe et assistait (faveur insigne) aux leçons. Et, à l'occasion d'un examen, ce fut alors que Cherubini me manifesta son affection. Ma mère ayant été le trouver, lui exposa qu'il m'était impossible de me rendre à l'examen, attendu que, faisant ma première communion, je devais assister, le même jour, à une cérémonie religieuse.

— Eh! que, que, ze ne veux pas, dit Cherubini, il faut qu'il passe l'examen.

— C'est très bien, monsieur, lui répondit ma mère : il viendra à l'examen, je ferai un petit mensonge à l'église...

Eh! que, que, ze ne veux pas que l'on mente à Téglise, répliqua Cherubini ; je Texempte!

Cette exemption m'étant accordée pour un cas particulier, j'eus, par la suite, plusieurs occasions de voir se renouveler la même faveur à mon égard.

Tous les jours, le matin, je me rendais au Conservatoire, toujours accompagné de ma mère J'allais ensuite travailler, le restant de la journée, chez M. Sudre, place Dauphine, et, le soir venu, je rentrais à la maison, rue de la Verrerie, So.

Mon travail, avec M. Sudre, consistait à repasser mes leçons et à continuer Tétude de la Langue musicale dont il s'occupait constamment. 11 avait à cette époque des expériences suivies de la Langue musicale d'un intérêt réel, qui nous mettaient Tun et l'autre en relation directe avec les personnages illustres composant les diverses commissions en présence desquelles nous étions appelés. La section de musique de Tlnstitut avait toujours le principal rôle dans ces réunions où l'élément musical était placé en première ligne, ainsi que l'attestent les différents rapports des commissions comme par exemple « le Rapport sur la Langue musicale, de l'Institut royal de France, Académie des Beaux Art, etc.. Rapport signé : de Prony, Arago, membres de l'Académie des Sciences, le baron Fourier, de l'Académie Française, Raoul Rochette, de l'Académie des Inscriptions et Belles lettres; Cherubini, Lesueur, Berton, Gatel, Boïeldieu, de l'Académie des Beaux-Arts, et dont voici le début :

« Messieurs,

« Dans votre séance du 26 janvier (1828), vous avez ence tendu M. Sudre. 11 a eu l'honneur de vous développer

n le système de sa langue musicale, de la parler sur son «violon, de récrire avec des signes musicaux, et d'en « faire la traduction spontanée par son élève, le jeune » Deldevez, âgé de onze ans. Plusieurs expériences ont « été réitérées devant vous; toutes ont réussi. L'enfant a <t toujours traduit ce qui lui était transmis musicalement « par M. Sudre, et cette traduction a toujours été coriz « forme à ce que plusieurs d'entre vous avaient dicté ^ »

Ce fut de cette manière que j'acquis en peu de temps une petite réputation parmi les élèves de TEcole. Elle augmenta par la suite.

Après quelque temps d'étude, M. Sudre vint m'annoncer la nouvelle que j'allais jouer devant le roi Louis- Philippe.

En effet, je reçus la lettre suivante :

t Monsieur,

J'ai l'honneur de vous prévenir que S. M. la Reine entendra Monsieur Lacombe, pianiste lundi prochain 21 soir, et ique je suis autorisé à vous inviter aussi pour l'accompagner avec votre violon dans cette petite soirée, en vous prévenant que ce ne sera pas un concert, mais une petite soirée de musique. Je suis charmé de vous avoir procuré l'honneur d'être entendu par L. L. M. M. Ainsi n'y manquez pas, et tâchez de voir le petit Lacombe pour vous entendre sur le Duo que vous jouerez avec lui.

Agréez mes compliments très empressés.

J. PAëR.

Directeur de la musique div Roi.

Paris, 18 novembre 1831. »

Page 1