‹ Mes mémoires; enfance -- adolescence -- jeunesse;Chapitre 18 sur 128 · QUELQUE CHOSE COMME UN PREMIER AMOUR · texte numérisé non relu

QUELQUE CHOSE COMME UN PREMIER AMOUR

En faisant le simulacred'arracher d'un arbre quelques fruits américains, LiouLolchka ôta de dessus une feuille un énorme ver. Elle le jeta, éleva les mains au ciel et recula terrifiée. Le jeu "cessa et, en rond, nos têtes se touchant, nous admirâmes cette rareté.

Je regardais par-dessus Fépaule de Kategnka, qui tâchait d'attirer le ver sur une feuille en lui barrant la route.

J'avais remarqué que la plupart des petites filles font sans cesse un mouvement des épaules pour remettre en place leur robe mi-décolletée. Je me rappelle encore que Mimi s'en irritait fort : elle déclarait en français que c'était un. geste de femme de chambre.

En se penchant sur le ver, Kategnka fit ce inouvement, et au même instaiitle vent souleva son fichu et découvrit son cou blanc. Sa petite épaule était en ce moment à deux doigts de mes lèvres. Je ne regardais plus le ver ; je dévorais des yeux l'épaule de Kategnka, et je finis par l'embrasser de toutes mes forces. Elle ne se détourna pas, mais je remar-r quai que son cou et ses oreilles avaient rougi.

Volodia, sans relever la tête, dit avec dédain:

— D'où te vient cette tendresse?

J'en eus les larmes aux yeux.

Je ne cessais de regarder Kategnka. Tétais depuis longtemps habitué à son frais visage, mais à présent que je l'examinais plus attentivement, je me sentais l'dmer davantage.

Quand nous retournâmes vers les grands, papa nous déclara, à notre grande joie, que notre départ était remis au lendemain matin.

Nous rentrâmes en même temps que la voiture. Volodia et moi, dans notre désir de montrer notre talent d^équîtation, nous nous piquions d'émulation. Mon ombre était plus longue qu*au départ, et, jugeant d'après elle, je me trouvais beau cavalier. Mais le sentiment de joie que j'éprouvais fut bientôt détruit par les circonstances suivantes. Pour conquérir les suffrages des dames, je retins un peu mon cheval 7 puis, de la cravache et de l'éperon, je stimulai l'animal en prenant une posture gracieusement nonchalante et voulus gagner au trot le côté où se tenait Kategnka. Je me demandais s'il était plus convenable de passer au galop et en silence, ou bien de pousser un cri. Mais, en passant auprès des chevaux attelés à la voiture, mon keppler s'arrêta si brusquement, que je fus lancé de la selle sur le cou de la bête et faillis tomber...

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