En français dans le texte
— Baisez donc la main de la princesse, nous dit papa.
— Je "VOUS prie d'aimer votre tante, dit la princesse. Et elle embrassa Volodia sur les cheveux.
— Quoique je sois une parente éloignée... mais je compte d'après Famitié et non d'après la parenté, con tin ua-t -elle en s'adressant particulièrement à la babouchka.
Mais celle-ci continuait' d'être mécontente. Elle répondit:
— Eh! ma chère, est-ce que Ton compte une telle parenté, aujourd'hui !
— Celui-ci sera un homme du monde, dit papa en désignant Volodia, — et celui-là un poète, ajouta-t-il, tandis que je baisais la petite main sèche de la princesse tout en me représentant avec une lucidité extrême une verge dans ceite main, sous cette verge une banquette, etc., etc.
— Lequel ? demanda la princesse en retenant ma main.
— Celui-ci, le petit aux cheveux hérissés, répondit papa avec un sourire joyeux.
I Qu'est-ce qu'ils lui ont fait, mes cheveux?... Ne peut-il avoir un autre sujet de conversation? >
Et je me retirai dans un coin.
J'avais des opinions très étranges sur la beauté. Même, je tenais Karl Ivanovitch pour l'homme le plus beau du monde. Mais je. savais très bien que je n'étais pas beau, et je ne me trompais nullement. De sorte que toute allusion à ce sujet me froissait douloureusement.
Je me rappelle très bien qu'un jour, pendant le dîner, — j'avais alors six ans, — on parla de mon extérieur. Maman tâchait de découvrir quelque chose de sympathique dans mon visage. J'avais, disait-elle, les yeux intelligents, li parole agréable ; mais, convaincue par les raisons de mon père, elle dut avouer que je n'étais pas beau.
Quand, après le dîner, je m'approchai pour la remercier ^, elle me tajiOta la joue et me dit :
1. Après le repas, il est de coutame de remercier la maîtresse de la maison; les enfants^ même devenus grands^ agissent ainsi tIs à- TÎs de leur mère.
— Ta dois le savoir, Nikolegnka, personne ne t'aimera pour ton visage. Par conséquent, tu dois tâcher d'être intelligent et bon.
Ces paroles me convainquirent non seulement que j'étais laid , mais qu'encore je devais être absolument bon et intelligent. Malgré cela, il me prenait comme des accès de désespoir. Je m'imaginais qu'il n'y a pas de bonheur pour un homme avec un nez aussi large, des lèvres épaisses et des petits yeux gris comme les miens. Je priais Dieu pour que, par quelque miracle, il voulût bien me rendre beau, et tout ce que je pouvais avoir dans le présent et dans l'avenir, je l'eusse donné pour un visage agréable.