‹ Mes mémoires; enfance -- adolescence -- jeunesse;Chapitre 31 sur 128 · Piotr Alexandrovitch · texte numérisé non relu

Piotr Alexandrovitch

— Je vous le dirai comme à un véritable ami, interrompît la babouchka d'un air triste. — Il me semble que ce sont des prétextes pourqu'iZ puisse vivre seul ici, fréquenter les cercles, dîner en ville et faire Dieu sait quoi encore !. . . Elle ne soupçonne même pas cela, la pauvrette... Vous savez quel ange de bonté elle est, combien elle est confiante. 11 lui a assuré qu'il ne pouvait emmener les enfants à Moscou et qu'elle devait rester seule à la campagne avec sa sotte gouvernante, et elle Ta cru. S'il lui avait dit qu'on doit fouetter lés enfants, comme le fait la princesse Varvara lliînichna, elle y aurait peut-être consenti, conclut la babouchka en secouant les épaules avec mépris dans son fauteuil.

Elle continua, après un silence pendant lequel elle essuya une larme furtive.

— Oui, mon ami, j'y songe souvent. Il ne peut ni l'apprécier ni la comprendre. Malgré toute sa douceur, tout l'amour qu'elle a pour lui, et tous les efforts qu'elle fait pour me cacher son chagrin, je suis convaincue qu'elle ne peut être heureuse avec lui... Rappelez- vous mes paroles : S'il n'est...

La babouchka cacha son visage dans son mouchoir.

— Eh! ma bofine amie ^, fît le prince d'un ton d'affectueux reproche. — Je vois que vous n'êtes pas devenue plus sage... Vous vous affligez toujours d'un malheur imaginaire. N'avezvous pas honte!,.. Je le connais depuis longtemps et je sais qu'il est un mari attentif, affectueux, et surtout qu'il est un parfait honnête homme ^.

M'étant Irouvé témoin involontaire d'une conversation que je n'eusse pas dûentendre,ie sortis furtivement, sur la pointe du pied, du salon, fortement impressionné de ce que je venais d'apprendre.

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