‹ Mes mémoires; enfance -- adolescence -- jeunesse;Chapitre 37 sur 128 · MAZURKA · texte numérisé non relu

MAZURKA

Le jeune homme auquel je venais de prendre sa dame dansa la mazurka le premier. Il sauta de sa place, tenant sa danseuse par la main ; mais au lieu de faire le pas de Basque tel que Mimi me l'avait appris, il sauta simplement en avant, courut jusqu'à l'angle, s'arrêta, délia ses pieds, frappa de son talon le parquet, tourna, et, sautant, courut encore plus loin.

Comme je n'avais pas choisi de dame pour la mazuika, je restai appuyé sur le haut du fauteuil de la babouchka et j'observai.

( Mais, que fait-il, enfin ? % réfléchissais-je en moi-même. c Ce n'est pas du tout ce que Mimi m'a appris. £lle m'a assuré qu'on dause la mazurka sur la pointe des pieds, en faisant le pas marché et en arrondissant la jambe. Mais il parait qu'on ne la danse plus du tout comme cela. Ivine, Etienne, tout le monde danse à présent le pas de Basque.

( Et Volodia aussi a pris la nouvelle manière ! Pas mal...

« Et Sonitchka, comme elle est mignonne ! La voilà qui danse... »

J'étais très gai. La mazurka finissait^ quelques messieurs âgés et quelques dames s'approchèrent de la babouchka pour la saluer et partir.

Le valet de chambre, glissant entre les danseurs, porta avec précaution le couvert dans les chambres du fond.

La babouchka, visiblement fatiguée, parlait avec lassitude, traînant ses phrases. — Les musiciens commençaient paresseusement, pour la trentième fois, te même motif.

La grande demoiselle avec laquelle j'avais dansé m'apcrçat, et, me souriant d'une façon un peu narquoise, croyant sans doute être agréable à la babouchka, amena près de moi Sonitchka et l'une des innombrables princesses.

— Rose ou Ortie^ ? fit-elle.

— Ah ! Tu es ici, dit, en se retournant dans son fauteuil, la babouchka. — Va donc alors, mon ami, va I

J'aurais préféré, en ce moment, me cacher la tête sous le fauteuil de la babouchka, plutôt que de me montrer. Mais comment refuser?

Je me levai et je répondis « Rose s . Puis, timidement, je regardai Sonitchka.

Mais une main inconnue, gantée de blanc, aussitôt se trouva dans ma main, et la princesse, avec un sourire agréable, se laissa aller en avant, sans s'apercevoir que je ne savais pas du tout ce que je devais faire de mes pieds .

Je savais que le pas de Basque, ne se faisait pas. Ce n'est pas qu'il n'est pas comme il faut et peut véritablement compromettre ; mais les sons connus de la mazurka produisant leur effet sur mon oreille donnèrent une certaine direction à mes nerfs acoustiques qui, à leur tour, communiquèrent ce mouvement aux pieds. Et ces derniers, tout à fait involontairement, et à l'étonnement de tous les spectateurs,

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