MAUVAISES NOTES
Vers la fin de notre année de deuil, la babouchka se remit un peu du coup quiFavait frappée et commença, de temps à autre, à recevoir, particulièrement, des enfants du même âge, ûlleset garçons.
Le jour de la fête de Lioubotchka, le 13 décembre, avant le dîner, la princesse Kornakova, avec ses filles, la princesse Valakhina et Sonitchka , Ilingka Grap et les deux frères cadets Ivine, vinrent nous voir.
Conversations, rumeurs et rires montaient jusqu'à nous du salon où la société se trouvait réunie; mais nous ne pouvions descendre nous y mêler tant que nous n'avions pas fini nos devoirs du matin. Sur les programmes appendus dans la salle d'étude, on pouvait lire : Lundi , — de deux à trois
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heures : maître d'histoire et de géographie. Et c'était justement ce maître d'histoire que nous attendions, dont nous allions prendre la leçon et que nous devions reconduire avant de pouvoir être libres.
Il était deux heures et vingt minutes déjà! Et l'on n'entendait pas encore venir le professeur, et on ne l'apercevait même pas dans la rue où il lui fallait passer et où je regardais avec un ardent désir de ne l'y pas voir.
— Il paraît que Lebedev ne viendra pas aujourd'hui, fit Volodia en s'arrachant pour une minute du livre de Smaragdov où il étudiait sa leçon.
— Dieu le veuille! Dieu le veuille!... Oui, car je ne sais absolument rien... Mais il me semble que le voilà... ajoutai-je d'une voix attristée.
Volodia se leva et s'approcha de la fenêtre.
— Non, Ce n'est pas lui. C'est un 6anne quelconque. Attendons encore jusqu'à deux heures et demie, conlinua-t-il en s'étirant et se grattant sur le haut de la tête, ainsi qu'il en avait rhabitude dans les instants de repos qui suivaient les
études.
— S'il n'est pas venu à deux heures et demie, nous pourrons demander à M. Saint-Jérôme de ranger les cahiers. Et quel plaisir a-t-il de venir comme cela, en retard? repris- je, m'étirant à mon tour et agitant, au-dessus de ma tête, le livre deKaïdanov que je tenais à la main.
Ne sachant plus que faire, j'ouvris mon livre à l'endroit de la leçon et je me pris à la parcourir. Elle était longue et difficile. Je ne savais rien et je voyais fort bien que je n'étais pas capable d'apprendre la moindre chose, me trouvant dant cet état nerveux où l'esprit ne réussit à se poser sur aucun objet.
Mes deux dernières leçons d'histoire me paraissaient tout ce qu'il y a de plus ennuyeux et difficile. Lebedev se plaignait de moi à M. Saint -Jérôme et me gratifiait, sur mes cahiers, de la note 2, c'est-à-dire mal; aussi M. Saint-Jérôme crnt-îl devoir me dire que si je n'avais pas désormais au moins la
noie 3, je serais sévèrement puni. Et c'était aujourd'hui que se présentait cette troisième leçon. Et j'avoue que j'avais très peor.
Pétais si occupé à relire mes leçons que le bruit provenant de caoutchoucs que l'on enlève dans le vestibule me fit tout à coup faire un soubresaut. A peine m'étais-je retourné que j'aperçus, dans Tentrebâillement de la porte, la figure grêlée, insupportable et trop connue, que je détestais, du maître d'histoire, vêtu d'un habit bleu fermé jusqu'en haut parles boutons professionnels.
Le professeur posa lentement son chapeau sur l'appui de la fenêtre, les cahiers sur la table; puis, relevant les pans de son habit (ainsi que cela éiait nécessaire) et poussant un soupir de soulagement, il s'assit à sa place.
— Eh bien. Monsieur, fit-il en frottant l'une contre l'autre ses mains moites, — récapitulons les principaux sujets qui ont fait l'objet de la dernière leçon ; puis, je vous ferai faire connaissance avec les époques suivantes du moyen âge. Cela voulait dire : Récitez votre leçon.
Pendant que Yolodia répondait aux questions du professeur avec cette désinvolture et cette assurance des gens qui savent, je sortis sans bruit dans le corridor, et, comme on ne pouvait pas encore descendre, je m'arrêtai tout naturellement et sans le remarquer sur le palier. Mais à peine avais-je pris possession de mon poste habituel derrière la porte, que Mimi, -- cause incessante de mes malheurs, — tomba sur moi.
—Vous êtes ici? fit-elle en me jetant son regard lepluscouroucé. Puis elle regarda dans la direction de la porte de la c'iambre des bonnes , puis , de nouveau, vers moi. Je me sentais coupable de toutes les façons, et par ce que je n étais pas en classe , et parce que je me trouvais à cette place défendue. Et je ne répondais rien, mais, penchant la tête, j'offrais, en ma personne, l'expression la plus touchante do remords.
—Non, ça n'est pas permis, disait Mimi. — Que faites-vous