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CHAPITRE VII

Aperçu du reste de ma vie.

Depuis cette époque, les événements de ma vie qui valent la peine d'être racontés, rentrent dans un cadre très-étroit. Je n'ai plus en effet de changement d'idées à mentionner; je n'ai <pi'à faire le récit, comme je l'espère, d'un progrès intellectuel continu dont on fera mieux de chercher les résultats, s'il en est, dans mes écrits. J'abrégerai donc beaucoup l'histoire des années suivantes.

Le premier usage que je fis du loteir que je venais de gagner en me séparant de la Revue, fut de finir ma Logique. En juillet et août 4838, j'avais trouvé du temps pour exécuter la partie qui n'était pas encore composée du manuscrit primitif du troisième livre. En élaborant la théorie logique de ces lois de la nature qui ne sont pas des lois de causation, ni des corollaires de ces lois, j'en étais venu à reconnaître les espèces comme des réalités de la nature, et non comme de pures distinctions de convenance; c'était un jour nouveau, qui ne m' éclairait

pas encore à l'époque où j'avais écrit le premier livre, et qui m'obligea à modifier et à augmenter les divers chapitres de ce livre. Celui sur le langage et la classification, ainsi que le chapitre sur la classification des sophismes, furent écrits dans l'automne de la même année, et le reste de l'ouvrage dans l'été et l'automne de 1840. Depuis avril 1841, jusqu'à la fin de la même année, je consacrai tous mes loisirs à écrire de nouveau mon livre depuis le commencement jusqu'à la fin. C'est d'après cette méthode que j'ai composé tous mes livres; ils ont toujours été écrits au moins deux fois en entier. J'écrivais d'abord un brouillon de l'ouvrage que je menais jusqu'à la fin du sujet; puis je recommençais l'ouvrage de novo; mais je faisais entrer dans ma seconde rédaction toutes les phrases ou membres de phrases du premier brouillon qui me paraissaient convenir à mon but, comme aussi tout ce que je venais à écrire pour les remplacer. J'ai trouvé de grands avantages à ce système de double rédaction. Mieux que tout autre mode de composition, il unit la fraîcheur et la vigueur d'une première pensée à cette précision et à cette perfection qui sont le fruit des longues méditations. Pour ce qui me concerne, et comme résultat de mon expérience, j'ajouterai que la patience qu'exige l'élaboration attentive des détails de la composition et de l'expression, coûte bien moins d'efforts, quand je suis arrivé au bout de mon sujet, et que j'ai, d'une manière ou d'une autre, fût-ce même imparfaitement, jeté sur le papier tout ce que j'avais à dire. La seule chose que je m'attache avec soin, dans le premier brouillon, à rendre aussi parfaite qu'il est en moi

ACHÈVEMENT DU SYSTÈME DE LOGIQUE 2t3

de le faire, c'est l'arrangement. S'il est mauvais, le lien par lequel les idées s'enchaînent, s'entortille. Quand on range les idées dans un ordre défectueux, on ne peut les exposer d'une façon qui s'accorde avec l'ordre convenable, et un premier brouillon entaché de ce vice originel est à peu prés inutile quand on veut s'en servir pour une exposition définitive.

Pendant que je récrivais ma Logique, la Philosophie des sciences inductives de Whewell parut, circonstance heureuse pour moi en ce qu'elle me donna, ce que je désirais vivement, un traité complet de l'Induction par un adversaire, et qu'elle me permit de présenter mes idées avec plus de clarté et de vigueur, aussi bien qu'avec un développement plus complet et plus varié, en les défendant contre des objections définies, ou en les mettant nettement en face de la théorie opposée. C'est en écrivant de nouveau mon livre, que j'y introduisis pour la première fois ma controverse avec Whewell, comme aussi les matériaux que j'empruntais à Comte.

A la fin de 1841, l'ouvrage était près pour l'impression. Je l'offris â Murray, qui le garda trop longtemps pour qu'il pût le publier dans la même saison, et qui ensuite le refusa, en alléguant des raisons qu'il aurait aussi bien pu me donner dès le premier jour. Mais je n'eus pas lieu de regretter un refus qui m'amena à offrir mon livre à M. Parker, qui le publia au printemps de 1843. Au début, mon espoir du succès était trèsborné. Whately, il est vrai, avait réhabilité le nom de la Logique, de la science qui s'occupe des formes, des règles et des erreurs du raisonnement. Après lui, les écrits de

Whewell avaient commencé à éveiller l'intérêt sur l'autre partie de mon sujet, la théorie de l'Induction. On ne pouvait pourtant pas attendre qu'un traité sur un sujet aussi abstrait, devînt populaire ; ce livre ne pouvait trouver de lecteurs que parmi les hommes d'étude ; et les hommes qui s'adonnaient à l'étude de ces questions, étaient au moins en Angleterre, non-seulement en petit nombre, mais encore ils appartenaient à l'école de métaphysique opposée à la mienne, c'est-à-dire à l'école de l'ontologie et des principes innés. Je n'espérais donc pas que mon livre eût beaucoup de lecteurs et d'approbateurs, et je n'en attendais pas d'autre effet que de continuer la tradition de la philosophie que j'estimais la meilleure. Les espérances que j'avais d'éveiller un peu l'attention au moment même, se fondaient surtout sur le goût de Whewell pour la polémique. D'après la conduite qu'il avait tenue dans d'autres circonstances, je pensais qu'il ferait connaître mon livre en répondant, et cela sans retard, à l'attaque que je dirigeais contre ses opinions. Il répondit, mais pas avant 1850, juste à temps pour que je pusse lui répliquer dans ma troisième édition. Comment mon livre en vint-il à avoir, pour un livre de ce genre, un si grand succès, et à quelle classe appartiennent ceux qui l'ont acheté, je n'oserais dire lu, je ne l'ai jamais bien compris. Mais rapproché des diverses circonstances qui nous prouvent l'existence d'une renaissance de la philosophie, je dirais même d'une philosophie indépendante, sur plusieurs points, et par-dessus tout dans les lieux où je l'aurais le moins espéré, dans les Universités, le succès de mon livre devient plus intel-

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