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des minorités, ne comptent et ne doivent compter pour rien devant le scrutin ; mais si Ton admet des arrangements qui permettent à tout groupe de votants, s'élevant à un certain nombre, d'envoyer dans l'assemblée législative un représentant de son propre choix, les minorités ne sauraient être supprimées. Les opinions indépendantes s'ouvriront un passage pour entrer dans les conseils de la nation et s'y faire entendre, ce qui est souvent impossible sous les formes actuelles de la démocratie. L'assemblée législative, au lieu d'être vide de personnalités originales, et composée uniquement d'hommes qui représentent simplement la profession de foi des grands partis politiques et religieux, contiendra dans une forte proportion les esprits les plus originaux et les plus éminents du pays, qui y seront envoyés sans acception de partis par des électeurs qui apprécient leur valeur individuelle. Je peux comprendre que des personnes, intelligentes d'ailleurs, soient rebutées par le plan de M. Hare, parce qu'elles n'y portent pas une attention suffisante, et qu'elles croient y voir un mécanisme très-compliqué. Mais quiconque ne sent pas le mal que le plan de M. Hare est destiné à guérir, quiconque le rejette comme une pure subtilité de théorie ou comme une lubie, qui ne saurait avoir aucun effet sérieux, et comme ne méritant pas l'attention des hommes pratiques, n'est, on peut le dire bien haut, qu'un homme d'État incompétent, audessous de la politique de l'avenir. Je veux dire à moins qu'il ne soit ministre ou qu'il n'aspire à le devenir; en effet nous sommes complètement habitués à voir un ministre professer une hostilité absolue contre une réforme, jus-
qu'au jour où sa conscience, ou son intérêt, l'amène à la prendre en main comme d'une mesure d'utilité publique, et à la faire réussir.
Si j'avais connu le système de M. Hare avant la publication de mon écrit sur la réforme parlementaire, j'en aurais rendu compte* N'ayant pu le faire, j'écrivis surtout dans ce but, un article pour le Fraser 1 s Magazine (réimprimé dans mes mélanges) mais j'y ajoutai un examen de deux autres publications sur la question du jour; Tune était une brochure de mon vieil ami, M. John Austin, qui sur ses vieux jours était devenu ennemi de toute réforme nouvelle du parlement; l'autre était une œuvre écrite avec talent et force, bien qu'en partie erronée, de M. Lorimer.
Dans le courant de l'été de la même année, j'accomplis un devoir qui m'incombait, celui de contribuer, par un article de la Revue d'Edimbourg, à faire connaître l'ouvrage profond de M. Bain sur l'Esprit qui venait de se compléter par la publication du second volume. J'envoyai à la presse un choix de mes écrits de second ordre qui forment les deux premiers volumes de mes Dissertations et Discussions. Le choix avait été fait alors que ma femme vivait encore, mais la révision que nous devions en faire ensemble en vue d'une publication nouvelle était à peine commencée. Puis, quand je n'eus plus pour me guider la lumière de son jugement, je désespérai d'aller plus avant, et je fis réimprimer les articles tels quels, en retranchant seulement les passages qui n'étaient plus d'accord avec mes opinions. Mon œuvre littéraire de l'année fut close par un essai inséré dans le Fraser's
Magazine (réimprimé dans le troisième volume de me» Dissertations et Discussions) intitulé Quelques mots sur la non-intervention. J'étais poussé à écrire cet article par le désir de venger l'Angleterre d'une accusation à laquelle elle est communément en butte sur le Continent. On lui reproche de ne s'inspirer dans sa politique étran» gère que de son égoïsme. Je voulais faire sentir aux Anglais les raisons qui servaient de prétexte à cette accusation, à savoir la façon peu élevée avec laquelle leurs hommes d'État avaient l'habitude de parler de la politique de leur pays, qu'ils ne considéraient qu'au point de vue des intérêts anglais ; et surtout la politique de Lord Palmerston qui à ce moment même s'opposait au percement de l'Isthme de Suez. Je saisissais l'occasion d'exprimer des idées que je nourrissais depuis longtemps, dont quelques-unes me venaient de mon expérience des affaires de l'Inde, et d'autres de questions internationales qui occupaient alors le public européen. Ces idées portaient sur les vrais principes de la moralité internationale et sur les modifications qu'y apportent les différences des temps et des circonstances. C'est un sujet que j'avais déjà traité avec quelque étendue dans la défense du gouvernement provisoire français de 184-8, contre les attaques de Lord Brougham entre autres, essai que j'avais publié d'abord dans la Revue de Westminster et qui se trouve réimprimé dans mes Dissertations.
J'avais arrangé mon existence, du moins je le croyais, de manière à consacrer le reste de mes jours à des occupations littéraires, si l'on peut appliquer ce mot à des occupations qui n'ont cessé d'avoir pour objet princi-
pal la politique , non-seulement la politique théorique, mais aussi la politique pratique. Je passais, il est vrai, la plus grande partie de l'année à une grande distance du principal théâtre de la politique de mon pays, auquel j'adressais, et pour lequel avant tout, je composais mes écrits. Mais, de nos jours, la facilité des communications a non-seulement supprimé tous les inconvénients qui résultaient pour un écrivain politique de l'éloignement de la scène où se jouent les affaires de l'Etat, mais elle les a tournés en avantages. Il reçoit sans retard et régulièrement les journaux et les recueils périodiques, et se tient au courant même des événements politiques les plus éphémères; il prend une idée plus correcte de l'état de l'opinion et de ses progrès qu'il ne l'aurait su faire par un contact personnel avec les individus. Nos relations sont plus ou moins confinées dans des classes ou des groupes particuliers, dont nous recueillons par ce canal les impressions sans autre information, et je sais par expérience que les personnes qui sacrifient leur temps aux exigences absorbantes de ce qu'on appelle la société, et n'ont pas le loisir d'entretenir des relations étendues avec les organes de l'opinion, restent bien plus ignorantes de l'état général tant de l'esprit public que de la partie instruite et active de l'opinion , que ne saurait l'être un . homme vivant dans la retraite et qui lit les journaux. Il y a sans doute des inconvénients à rester trop longtemps séparé de son pays , à ne pas rafraîchir de temps en temps ses impressions au jour sous lequel les hommes et les choses apparaissent à ceux qui se trouvent mêlés au même courant; mais le jugement réfléchi formé à
distance, que les inégalités de la perspective ne troublent point, est le plus sûr, même pour guider la pratique. Passant tour à tour à Tune et à l'autre de ces situations, je profitais de leurs avantages particuliers. L'inspiratrice de mes meilleures idées n'était plus avec moi, mais je n'étais pas seul : elle m'avait laissé une fille, ma bellefille
.... dont le talent, toujours grandissant et s' affermissant, s'est consacré à la poursuite des mêmes objets élevés
Certes personne n'a été si heureux, après une perte comme celle que j'avais faite , que de gagner un second
lot dans la loterie de la vie
Quiconque , aujourd'hui comme plus tard,
pensera à moi et à l'œuvre que j'ai faite, ne devra pas oublier qu'elle n'est point le produit d'une seule intelligence, d'une seule conscience, mais de trois
Mon œuvre de l'année 1860-1861 consista principalement en deux traités dont l'un seulement était destiné à une publication immédiate : c'était les Considérations sur le gouvernement représentatif, où j'exposais méthodiquement le système qu'après bien des années de réflexion, je regardais comme la meilleure forme d'une constitution démocratique. Après avoir dit de la théorie générale du gouvernement tout ce qui est nécessaire pour faire comprendre cette forme particulière de la pratique du gouvernement, je développais les idées que j'avais mûries