‹ Mes mémoiresChapitre 18 sur 22 · GUERRE CIVILE EN AMÉRIQUE · texte numérisé non relu

GUERRE CIVILE EN AMÉRIQUE

des sentiments avec lesquels j'envisageais l'entraînement qui portait en faveur du Sud la presque totalité des classes supérieures et moyennes de mon pays, de ceux-là mêmes qui passaient pour libéraux. Les classes ouvrières, quelques écrivains ou savants, faisaient seuls exception à ce délire général. Jamais je n'ai plus vivement senti combien était faible le progrès de l'esprit chez nos classes influentes* et le peu de valeur des opinions libérales qu'elles avaient l'habitude de professer. Parmi les libéraux du Continent, personne ne commit cette monstrueuse erreur. Mais la génération qui avait arraché aux planteurs de nos Indes Occidentales l'émancipation des noirs était passée ; une autre était survenue qui n'avait pas appris par de longues années de discussion à sentir fortement la monstruosité de l'esclavage. D'ailleurs, l'inattention habituelle des. Anglais pour tout ce qui se passe dans le monde hors de leur île, les tenait dans une ignorance profonde de tous les antécédents de la lutte, à ce point que, pendant un an ou deux après le commencement de la guerre, on ne croyait pas généralement en Angleterre que la querelle eût l'esclavage pour objet. Il y avait des gens de principes élevés et d'un libéralisme incontestable qui n'.y voyaient qu'une dispute à propos de tarifs, ou un exemple de ces luttes avec lesquelles ils avaient l'habitude de sympathiser, celles par exemple d'un peuple qui lutte pour son indépendance.

C'était pour moi un devoir tout tracé de me placer du côté de la faible minorité qui protestait contre cet égarement de l'opinion. Je ne fus pas le premier à protester. Il ne faut pas oublier pour l'honneur de MM. Hughes et

Ludlovv, qu'ils furent les premiers à le faire par des écrits qu'ils lancèrent au début même de la guerre. M. Bright suivit leur exemple par un de ses plus éloquents discours. D'autres vinrent après qui ne firent pas moins d'effet. J'allais joindre ma voix à celles qui avaient déjà parlé, quand, à la fin de 1861, un officier des États-Unis arrêta à bord d'un vaisseau anglais des envoyés du Sud. Les Anglais ont beau avoir la mémoire courte, ils n'ont pas tout à fait oublié l'explosion de colère qui souleva l'Angleterre. Durant quelques semaines, on s'attendit généralement à la guerre avec les États-Unis, et l'on commença des préparatifs militaires de notre côté. Tant que cet état de choses durait, nulle voix favorable à la cause américaine n'aurait pu se faire entendre. Je suis d'accord avec ceux qui trouvaient cet acte injustifiable, et tel que l'Angleterre en devait exiger le désaveu* Le désaveu obtenu, l'alarme dissipée, j'écrivis, en janvier 1862, l'article intitulé La lutte en Amérique » • . .

Ecrit et publié en ce

moment, il contribua à encourager les libéraux qui s'étaient sentis submerger par le flot de l'opinion anti-libérale et à former en faveur de la bonne cause un noyau d'opinion qui grandit petit à petit d'abord, et rapidement ensuite , quand le succès du Nord sembla devenir probable. Au retour de notre voyage , j'écrivis un second article, un examen du livre du prof. Cairnes qui parut dans la Revue de Westminster. L'Angleterre expie, par une foule d'embarras, le ressentiment durable que ses classes dirigeantes ont éveillé aux États-Unis par l'ostentation avec laquelle elles faisaient des vœux pour la ruine

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