EXAMEN DE LA PHILOSOPHIE DE HAMILTON
de la nationalité américaine ; elle a lieu de se montrer reconnaissante de ce qu'un petit nombre d'Anglais, je veux dire un petit nombre d'écrivains et d'orateurs, se sont rangés fermement du côté des Américains à l'époque de leurs plus grands embarras, et ont fait en partie diversion à ces sentiments d'amertume et empêché que l'Angleterre ne devînt tout à fait odieuse aux Américains.
Ce devoir accompli, ma principale occupation pendant les deux années qui suivirent ne porta pas sur des questions politiques. La publication des Leçons sur la jurisprudence de M. Austin, après sa mort, me donna l'occasion de payer un juste tribut à sa mémoire, et en même temps d'exprimer quelques idées sur un sujet auquel, à l'époque déjà ancienne de ma ferveur benthamiste, je m'étais sérieusement appliqué. Toutefois, mon œuvre principale durant ces années fut V Examen, de la philosophie de Sir William Hamilton. Les Leçons de Sir W. Hamilton avaient été publiées en 1860 et en 1861. Je les avais lues sur la fin de l'année précédente et j'avais à peu près formé le projet* d'en faire un compte rendu dans une revue. Mais je m'étais bientôt aperçu que ce travail ne servirait de rien, et qu'on ne pouvait traiter convenablement ce sujet, à moins d'écrire un volume. J'avais ensuite à considérer s'il était convenable que je me chargeasse de cette tâche. Après mûr examen, il me sembla qu'il y avait de fortes raisons en faveur de mon projet. Les Leçons m'avaient grandement désappointé, et certes je les avais lues sans aucune prévention contre Sir W. Hamilton. J'avais jusqu'alors différé d'étudier les notes qu'il avait écrites pour son édition de Reid , parce
qu'elles ne sont point achevées; et bien que je susse que le système de psychologie de Harailton différait de celui que j'approuvais le plus, je me sentais cependant de la sympathie pour quelques-unes de ses idées, à cause de sa polémique vigoureuse contre les transcendantalistes, et de la fermeté avec laquelle il affirmait le principe de la relativité de la connaissance humaine. Je pensais qu'une saine psychologie avait plus à gagner qu'à perdre à se mettre à l'ombre de son autorité et de sa réputa-
tion. Les Leçons de Sir W. Hamilton et ses Notes sur Reid dissipèrent cette illusion. Les Discussions, à la lumière que les Leçons y projetaient, perdirent à mes yeux beaucoup de leur valeur. Je reconnus que les ressemblances qui semblaient exister entre ses opinions et les miennes portaient plus sur des mots que sur des choses. Les grands principes philosophiques que j'avais cru qu'il reconnaissait n'étaient, tels qu'il les expliquait, que bien peu de chose, ou même se réduisaient à rien; il ne cessait de les perdre de vue, et ne laissait pas d'enseigner en même temps, presque partout dans ses écrits philosophiques, des doctrines radicalement incompatibles avec ces principes. L'appréciation que j'en faisais était à ce point changée qu'au lieu de le regarder comme un penseur placé â égale distance de deux philosophies rivales, empruntant à chacune des deux écoles des principes, et prêtant à chacune des armes puissantes pour la défense comme pour l'attaque, je ne voyais plus en lui que l'une des colonnes, et, grâce à la grande renommée philosophique dont il jouissait en Angleterre, la première colonne de la philosophie qui me semblait fausse.