EXAMEN DE LA PHILOSOPHIE DE HAMILTON
encore plus formidable le caractère imposant et, à bien des égards, le grand mérite personnel et les talents de l'homme. Je pensais que ce serait rendre un service réel à la philosophie, que d'essayer de faire une critique à fond de ses doctrines principales et de peser ses prétentions au rang d'un philosophe de premier ordre. Ce qui me confirmait dans ma résolution, c'est que je voyais l'un des élèves de Sir W. Hamilton, et le plus capable, se servir dans ses écrits des doctrines de son maître, pour justifier des idées sur la religion, que je considère comme profondément immorales, à savoir qu'il est de notre devoir de nous incliner, en l'adorant, devant un Être dont les attributs moraux sontj, nous dit-on , inconnaissables , et peuvent être extrêmement différents de ceux que nous appelons des mêmes noms quand nous parlons de nos semblables.
A mesure que j'avançais dans mon travail, le dommage que je portais à la réputation de Sir W. Hamilton devenait plus grand que je ne m'y étais attendu tout d'abord, à cause des innombrables inconséquences qui me sautaient aux yeux, quand je comparais entre elles les diverses parties de ses écrits. Je devais pourtant montrer les choses exactement comme elles sont, et je n'ai pas reculé devant ce devoir. J'ai toujours fait mes efforts pour traiter le philosophe que je critiquais avec la plus grande loyauté. Je savais qu'il ne manquait pas de disciples et d'admirateurs qui me redresseraient s'il m' arrivait par mégarde de commettre à son égard quelque injustice. En effet, plusieurs d'entre eux m'ont fait des réponses plus ou moins étudiées. Ils ont relevé des oublis
et des méprises, bien qu'en petit nombre et pour la plupart sans importance. J'ai corrigé dans la dernière édition (la troisième), les fautes qu'on avait signalées, autant que les critiques sont venues à ma connaissance, et j'ai répliqué aux autres critiques autant que cela m'a paru nécessaire. En somme, le livre a fait son œuvre; il a attiré l'attention sur les côtés faibles de Sir W. Hamilton ; il a renfermé sa grande réputation de philosophe dans de plus étroites limites. En outre, par les discussions que ce livre contient, et surtout par deux chapitres dogmatiques sur les notions de la Matière et de l'Esprit, il a peut-être jeté un peu plus de lumière sur certaines questions débattues de psychologie et de métaphysique. Après que j'eus achevé le livre sur Hamilton, je m'occupai d'une tâche qui, pour beaucoup de raisons, semblait m'incomber d'une façon toute spéciale, c'était celle de résumer et d'apprécier les doctrines d'Auguste Comte. J'avais contribué plus que personne à faire connaître ses doctrines en Angleterre; aussi eut-il, grâce à ce que j'avais dit de lui dans ma Logique, des lecteurs et des admirateurs parmi les penseurs de ce pays à une époque où son nom n'était pas encore en France sorti de l'obscurité. Il était si inconnu et si peu apprécié à l'époque où j'écrivis ma Logique, qu'il était bien inutile de critiquer les points faibles de ses doctrines ; au contraire c'était un devoir de faire connaître autant que possible les importants services qu'il rendait à la philosophie. Cependant, au moment où nous étions arrivés, il n'en était plus de même. Le nom de Comte était enfin universellement connu, l'on savait presque partout en quoi consistent