‹ Mes mémoiresChapitre 11 sur 41 · JE SUIS APPELÉ AU GOUVERNEMENT · texte numérisé non relu

JE SUIS APPELÉ AU GOUVERNEMENT

toast fût porté à Waldeck- Rousseau au nom des députés nouveaux. On chercha un jeune député issu du dernier scrutin. On me trouva. Je me récriai : « Improviser un toast à Waldeck- Rousseau!... » On insista. J'étais à un âge où Ton ne doute de rien. Je tournai tant bien que mal, plutôt mal que bien j'imagine, un compliment qui fut cependant goûté.

Sentant que j'avais plu, je saisis toutes les occasions qui me furent offertes pour me rapprocher de l'homme d'État que j'admirais depuis... toujours et qui s'empara de moi dès que je l'eus connu. Il dînait presque tous les vendredis au grand Cercle. J'y vins moi-même ces jours-là pour le rencontrer, pour l'écouter. Il voulut bien m'interroger, s'entretenir à plusieurs reprises assez longuement avec moi. Je devins son disciple passionné...

Waldeck m'avait à peine jeté cette boutade gaie que je suis accosté par M. Millerand. Je l'avais naturellement rencontré à la Chambre. Il paraissait me tenir en sympathie. « Savez- vous M. Caillaux, me dit-il, à brûle-pourpoint, que vous feriez un excellent ministre des Finances? » Je me mets à rire et je lui réponds textuellement ou peu s'en faut : « Diable comme vous y allez I Le ministère des Finances 1 rien que cela I Mais, je ne me soucierais d'être ministre des Finances que le jour où j'aurais acquis assez d'autorité pour enlever le vote de réformes que je crois nécessaires. Je ne ferais cependant pas, ajoutai-je, voulant donner un avertissement, de choses excessives. — Il ne faut jamais faire de choses excessives, » me répondit sagement celui qui, en l'absence de Jaurès battu aux élections de 1898, était le chef incontesté du parti socialiste parlementaire.

Deux ou trois jours plus tard, j'apprends, en même temps que tout le monde, que Waldeck- Rousseau, invité à cons-

tÂtuer un cabinet^ n'a pas abouti. Ses amis du centre et de la gauche modérée, M. Poincaré notamment, ont eu des exigences qu'il a jugées inadmissibles. Mon nom a été écrit dans les journaux. J'ai été indiqué comme devant faire partie du ministère éventuel. Je ne sais ce qu'il y a de vrai dans cet • on dit ». Peu importe d'ailleurs I La combinaison est par terre.

A qui reviendra donc la tâche de former un gouvernement?

Quelques jours d'incertitude ! Le nom de Waldeck reparait sur l'écran.

Brusquement je suis mandé chez Delcassé, minîfiire des Affaires étrangères dans les cabinets Briason et Charlee Dupuy, dont on estime généralement qu'il remplira les mêmes fonctions dans le ministère, quel qu'il soit, qui va §e constituer.

Sans détours, sans périphrases, Delcassé m'offre, au nom ^ Waldeck- Rousseau, le ministère des Finances. Je sursaute ! J'imaginai bien, quand je pénétrai au Quai d'Orsay, qu'on me demanderait mon concours mais je penscds qu'il ne s'agirait, qu'il ne pouvait s'agir pour moi que d'un soussecrétariat d'État. Le ministère des Finances I... Je résiste. J'objecte ma jeunesse, mon inexpérience de la vie parlementaire... affronterai- je heureusement la tribune?... Je demande enfin si le nom que je porte ne risque pas de faire tort au cabinet.

Delcassé s'applique à me rassurer. « Votre nom, un obstacle? mais non, mais non, mon cher ami, vous verrez, i* — Je devais voir, en effet, et comprendre. — « On n'attend de vous que deux choses, reprend-ii, faire voter la loi des quatre contributions sans laquelle le gouvernement ne peu^ dore la session parlementaire — vous vous en tirerez aisé- BSMit, — diriger les services du ministère dej rinances pen-

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