LFS MINISTÈRES WALDECK-ROUSSEAU
dant les vacances. » Visiblement mon interlocuteur n'a aucune confiance dans la durée du gouvernement qae Waldeck- Rousseau met sur pied. Il a déploré, à ma surprise, la chute du ministère Dupuy alors « qu'il y a tant de choses graves à Textérieur ». En prononçant ces mots il a levé les bras au ciel et les a laissé retomber en un geste de lassitude éperdue. Je ccmtiniLe cependant à résister. « Le ministère des Finances 1... » Delcassé insiste, me presse. Il finit par faire appel à mon dévouem«it à la chose publique. Je n'ai plus le droit d'hésiter. J'accepte... en tremblant. Quelques heures plus tard je me rencontre dans les mêmes salons du ministère des Affaires étrangères avec mes nouveaux collègues Monis, de Lanessan, Leygues, Baudin, Jean Dupuy, Millerand, etc. Nous nous asseyons autour d'une table où ime place reste vide : celle du ministre de la Guerre. Waldeck qui préside, expose que, à l'heure où d'une part, l'institution militaire est en butte à des attaques d'une violence inconsidérée où, d'autre part, des ferments d'indiscipline se manifestent parmi les généraux, il juge qu'il convient d'appeler rue Saint-Dominique un des plus glorieux soldats dont la désignation attestera la confiance du gouvernement dans l'armée nationale, dont l'autorité s'imposera à tous du haut en bas de l'échelle. Le président du Conseil ajoute que son choix s'est porté sur le général de Galliffet. Il regarde M. Millerand en parlant. Le nouveau ministre du Commerce ne fait pas d'objection. Il suggère simplement qu'il serait urgent de procéder à certaines mutations dans le haut commandement. La réflexion est accueillie froidement par Waldeck- Rousseau qui n'admet évidemment pas que des questions de cet ordre soient (bfieutées hors de la présence du ministre responsable. Il a simplemaEit voulu s'assurer que la décision de hardiesse qu'il avait prise ne ruinerait pas la combinaison. Il a obier o
les apaisements qu'il désirait. Le général de Gallifet est ministre de la Guerre. La séance est levée.
Une jolie clameur dans la presse et au Parlement I Un socialiste au gouvernement et quel socialiste? Un socialiste identifiant en un discours prononcé quelques années plus tôt à Saint-Mandé socialisme et collectivisme! C'était la fin de tout, affirmaient les conservateurs. Les modérés — la plupart — faisaient chorus. M. Alexandre Ribot n'avait-il pas qualifié au mois de juin 1898 les socialistes « les ennemis de toute société »? Le mot courait les couloirs. Raymond Poincaré le prenait à son compte en déclarant comme il le fit en ma présence durant l'interrègne ministériel, qu'appeler, soit Millerand, soit Viviani, au gouvernement « c'était tout ce qu'il y avait de plus dangereux » (sic). Il omettait la formule de Mirabeau : « Un jacobin ministre n'est pas un ministre jacobin. »
Par ailleurs l'extrême gauche rugissait... Galliflet « le massacreur de la Commime » à la Guerre 1...
J'étais, moi, un trop petit personnage pour que mon élévation soulevât de semblables protestations. Elle n'en était pas moins critiquée. On évoquait le Seize Mai. Surtout on remarquait, non sans raison il faut en convenir, que je n'avais pas fait mes preuves, qu'il n'y avait guère plus d'un an que j'étais entré à la Chambre. M. Baudin, également issu de la dernière consultation électorale, était lui aussi discuté. Moins que moi 1 Son nom et son long passage au Conseil mimicipal de Paris lui valaient une demi-faveur dont je ne bénéficiais naturellement pas.
Les uns et les autres ne discernaient pas ou feignaient de ne pas discerner l'idée-maîtresse de Waldeck- Rousseau. Convaincu que la République était en péril, il appelait tous les républicains à la défendre et il symbolisait leur union en groupant autour de lui le général de Galliffet tout juste