‹ Mes mémoiresChapitre 21 sur 41 · LE CABINET WALDECK-ROUSSEAU · texte numérisé non relu

LE CABINET WALDECK-ROUSSEAU

ses chefs était le seul moyen de prévenir le retour d'agitations qui se fussent répétées. La leçon fut administrée avec modération. Quelques années de bannissement, dont ime loi d'amnistie effaça ultérieurement les traces, furent l'unique peine infligée à quelques-uns de ceux qui avaient gravement offensé la patrie en tentant d'organiser, contre la République parlementaire, un pronunciamiento militaire.

Soucieux, comme il le fut toujours, de doser sa fermeté, Waldeck- Rousseau écarta du prétoire politique des parlementaires, des généraux dont il savait cependant la complicité avec Déroulède. Mon maître m'a conté une réunion chez un ancien magistrat, M. Grosjean, la veille de l'attentat de Reuilly, à laquelle participèrent des députés, des officiers dont je tairai les noms. Des dispositions y furent prises. Les places dans le gouvernement provisoire qu'on rêvait d'instituer y furent distribuées, la présidence de la République dévolue à un personnage notable — Cavaignac pour ne pas le nommer. — Le président du Conseil jeta, très sagement à mon sens, une pelletée de terre sur cet embryon de conspiration. Après tout, les conjurés n'étaient pas passés aux actes. Ils pouvaient, à la rigueur, soutenir qu'ils n'avaient fait qu'envisager des éventualités. Et le juriste qui gouvernait n'était pas homme à incriminer des propos, encore moins à faire le procès de la pensée.

La répression mesurée, probablement parce que mesurée, porta ses fruits. Le calme dans la rue se rétablit comme par enchantement. L'opposition dut s'exprimer par les voies légales. Le parti nationaliste multiplia, ainsi que c'était son droit, les agressions au Parlement. Tout lui fut prétexte à attaques contre le chef du gouvernement. Quand force fut de reconnaître que le président du Ck)nseil était un trop rude jouteur pour qu'on pût espérer le vaincre en bataille rangée, on s'en prit à ses coUaboraieurs. Chi tenta

de manger l'artichaut feuille par feuille. Mais Waldeck n'était pas un de ces chefs qui débarquent ou laissent descendre du pouvoir ceux qu'ils ont appelés à en gravir les degrés. • On renversera tout le gouvernement ou personne, » disait-il. Et il venait au secours, quand besoin était, de ses ministres assaillis — je ne fus jamais du nombre. — A des partisans qui ébauchaient doucereusement le procès de deux de ses collaborateurs MM. X... et Y..., qui les prétendaient vulnérables, il répondait : a Vous me dites que j'ai deux dents gâtées. Soit 1 il faut me prendre comme je suis. »

Les mois passaient cependant. Le ministère c faisait > (langage de couloirs) l'Exposition de 1900. Quand la semitrêve des partis que la grande foire avait commandée eut pris fin en même temps que celle-ci, quand chacun put constater que la République était affermie, l'homme de haute conscience et de profond sens politique qu'était Waldeck- Rousseau se posa une question : Ne devait-il pas passer la main? La besogne de défense républicaine était terminée. L'œuvre de réformes qui maintenant s'imposait n'incombait-elle pas à un autre cabinet? Il jugea de son devoir d'exposer ses incertitudes au chef de l'État.

M. Loubet s'éleva violemment contre toute idée de changement de gouvernement. Il observa que le ministère avait la confiance des Chambres. Il ajouta que nul n'était plus qualifié que le président du Conseil en exercice pour mener à bonne fin la loi sur les associations qui devait être la pierre angulaire de l'action républicaine.

Waldeck s'inclina. A regret 1 Me parlant de notre départ éventuel : « C'eût été la vérité politique, » soupira-t-il.

J'imagine cependant qu'il lui plut de compléter la grande loi de 1884 portant reconnaissance des syndicats professionnels, dont il était l'auteur, par la non moins grande loi

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