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LES ÉLECTIONS DE

La bataille fut particulièrement rude dans ma circonscription où Ton espérait m'abattre. Mes adversaires, qui avaient fait choix d'un candidat fort honorable et distingué, M. Sénart, membre de l'Institut, conseiller général d'un do mes cantons, se croyaient assurés du succès. « Une partie de vos électeurs, me disait Tin journaliste de droite, ont voté pour vous croyant voter pour votre père. » Les résultats du scrutin montrèreiït la futilité de cette boutade. Bien que tout eût été mis en œuvre pour se débarrasser de ma personne, bien que les grands chefs du nationalisme, M. Jules Lemaître, président de la Pairie française^ le générai Mercier se fussent donné la peine de venir l'un à Maniers, l'autre à la Ferté-Bernard combattre la candidature de l'homme qui « ruinait la France », je l'emportai à plus de deux mille voix de majorité.

Partout ce fut la débâcle pour la coalition bigarrée comme la qualifia Barthou qui resta, lui, avec les gauches. Elle ne rencontra quelque succès que dans les grandes villes, à Paris particulièrement. « Toujours le Paris de la Ligue, » me disait un de mes amis de la Chambre, confrontant le passé et le présent, rapprochant la Ligue du seizième siècle, la Fronde du dix-septième, du boulangisme dont la capitale fut le foyer, de l'antidreyfusisme qu'elle choya...

Mais, comme l'avait dit Waldeck- Rousseau à la tribune, « s'il est vrai qu'on ne gouverne pas contre Paris, c'est à la condition que Paris ne veuille pas gouverner contre la France entière. » La France avait rendu son verdict. Le ministère de défense et d'action républicaine triom-

Investi d'une autorité accrue, le chef du gouvernement est maître de l'heure. Va-t-il garder le pouvoir? Il n'y consent pas. Son état de santé? Oui, sans doute, il se sent

atteint, il mourra (}eux ans plus tard. Un homme de la qualité de Waldeck- Rousseau fait cependant le sacrifice de sa vie, quand besoin est, à son pays. Ce n'est pas la seule crainte de hftter sa fin qui dicte au président du Conseil sa résolution. D'autres considérations qu'il me fait Phonneur de me confier, pèsent sur son esprit. « Les élections de 1902, me dit-il, ont amené à la Chambre une majorité où dominent les radicaux. Je n'appartiens pas au parti radical. On veut bien reconnaître que je suis un démocrate. On va jusqu'à déclarer que ma place est marquée à la tête de n'importe quel groupement de gauche. Mais ce sont des mots qui tombent du bout des lèvres. Je sais la puissance des étiquettes. Je me rends compte que la nouvelle majorité entendra être conduite par des hommes que leur passé aura classés dans son plein centre. Elle ne me supporterait que pendant un certain temps. Au bout de quelques mois elle me renverserait pour mettre à sa tête des parlementaires qui, depuis longtemps, seraient siens. La sagesse est de me retirer en désignant mon successeur, un radical bon teint qui ne pourra être discuté et qui sera en même temps assez pondéré pour appliquer, avec les tempéraments utiles, les réformes que nous avons faites, la loi sur les Associations notamment. » Je reproduis les phrases mêmes du président, le sens sinon la lettre. Comme j'observai que, du moment où l'on entrait dans ces vues, le personnage le plus qualifié pour prendre le pouvoir était M. Léon Bourgeois, chef des radicaux, il s'éleva vivement contre ma conclusion. Il remarqua d'abord que M. Bourgeois était désigné pour remplacer au fauteuil de la présidence de la Chambre Paul Deschanel que ses liaisons avec le nationalisme et la droite disqualifiaient momentanément. Il laissa ensuite tomber quelques-unes des appréciations dédaigneuses qu'il avait accoutumé de formuler quand surgissait dans la conversa-

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