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LA DEMISSION DU MINISTÈRE

tion le nom de Léon Bourgeois. « M. Léon Bourgeois et ses mauvais préfets... Il viendra ici (au ministère de l'Intérieur) pour donner libre cours à sa passion de favoritisme... Ahl nonl... Pas de caractère, pas de droiture... on n'est jamais sûr de lui, » marmotta-t-il. Il me fit souvenir d'un passage des Mémoires de Richelieu. « Il vaut mieux aux affaires de l'État, un homme corrompu que celui dont la facilité est extrême, parce que le sujet corrompu ne se peut toujours laisser gagner par ses intérêts qui ne se rencontrent pas toujours, au lieu que le facile est emporté par tous ceux (et par toutes celles) (1) qui le pressent. » Si l'incorruptibilité de Léon Bourgeois était hors de question, sa facilité était extrême... Je repris : « Mais à défaut de M. Bourgeois, qui voyez-vous, monsieur le président? On a parlé de M. Combes... — Ehl pourquoi pas? M. Combes est précisément un de ces radicaux en qui la majorité aura confiance et qui appliquera la loi des associations en se conformant aux directions que j'ai tracées. » Il développa. J'étais fixé. Le ministère Combes était virtuellement formé.

Je savais, il est vrai, que cette solution ne sourirait guère au président de la République. Je ne doutais cependant pas que Waldeck eût raison des hésitations de M. Loubet. Il y parviendrait d'autant plus aisément qu'il lui suflirait de représenter qu'à défaut d'un cabinet Combes un cabinet Léon Bourgeois était inévitable. Le chef de l'État avait, bien plus encore que le président du Conseil, l'horreur — le mot n'est pas trop fort — de M. Léon Bourgeois.» Il a fait, par son népotisme, plus de mal au pays que la guerre de 70, » affirmait-il à qui voulait l'entendre. « Et, je le lui ai dit, » ajoutait-il. Je me permettrai sans que je songe à

(1) Les quatre mots entre parenthèse sont de mon cru.

manquer au profond et à Taffectueux respect que je doû et que je garde à M. Loubet d'indiquer que nul n'ajoutait foi à cette dernière assertion.

« Mais, continua Waldeck- Rousseau, il y a une grosse difficulté pour le prochain cabinet. C'est le portefeu'dle des Finances. Voulez- vous le conserver? Cela arrangerait bien des choses. » Je répondis par un refus catégorique ei motivé. J'entendais descendre du pouvoir avec mon chef. Raison de sentiment très puissante sur mon esprit. Elle n'était pas la seule. Je jugeai qu'après les réformes que j'avais faites et qui étaient discutées il convenait que je rentrasse dans le rang. Je pensais encore que j'avais beaucoup à apprendre» qu'il me fallait travailler la question de la refonte de nos contributions directes, que je ne pouvais mener à bonne fin cette grosse étude qu'en dehors du gouvernement. Je conclus en remarquant qu'on ne pouvait être embarrassé pour le choix d'un nouveau ministre des FinanceSi qu'un homme s'imposait : Rouvier. Je n'étais pas seulement mû, en pa^ lant ainsi, par l'amitié et la reconnaissance. J'étais convaincu — je le fis valoir — que Rouvier seul, grâce à l'autorité dont il jouissait dans le monde des affaires serait à même de réaliser la conversion des rentes 3 et demi pom^OO» qui était nécessité, au mieux des intérêts du Trésor. Tandis que je parlais, j'aperçus que je marchais sur un terrain battu, que M. Delombre, celui dont Cavaignao associait le nom aux basses affaires, pédagogue d'économie politique dont je ne contestais pas la valeur et l'habileté comme journaliste... financier... mais dont je niais qu'il, eût l'étofiè d'un ministre des Finances, était fort de demi-promesses arrachées à M. Léon Bourgeois. J'insistai cependant. Je finis par dire : « Si Ton ne veut pas de Rouvier, monsieur le président, alors je me permets de retenir l'offre que vous m'avez faite. Je garde le portefeuille. »

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