‹ Mes mémoiresChapitre 3 sur 41 · L. GambeUa à Laurier avocat · texte numérisé non relu

L. GambeUa à Laurier avocat

Montreux (Suisse).

12 septembre 69.

Je t'écris pour la dernière fois avant notre rentrée à Paris... Je ne puis tenir ici plus longtemps ; et puis je veux être aux réunions annoncées par Ferry.

Il serait bien temps de forcer cette gauche à devenir un gouvernement d'opinion pubUque. C'est le grief sérieux contre nous (car je ne m'abstiens pas de ces légitimes reproches).

Nous rC avons pas SU prendre encore la direction^ l'hégémonie de l'opinion. C'est le reproche très juste, quoique latent et inavoué, que chacun nous fait.

En face d'un pouvoir officiel qui agonise, le pays cherche un guide et ne trouve rien. Tiers parti, centre-gauche et gauche paraissent également impropres à commander et à obéir. Il faut, sous peine des plus graves périls, que cette anarchie ait un terme. Il faut que la gauche se décide, d'ici le 26 octobre, à prendre en mains le gouvernail. Il faut qu'elle apparaisse comme le lendemain visible, rassurant et tout préparé, de ce qui est et de ce qui finit.

ce que je pense de cotte affaire » je commets sciemment une faute politique et Toici les motifs décisifs qui me la font commettre... > Le chef de parti expose que, s'U ne commet pas la faute en question, il perd toute influence 4 Paris, c Je ne yeux de ce résultat à aucun prix, • reprend-il. c Je ne pouvais pas me laisser dépasser à Paris, » poursuit-il .. t II faut pour toi, comme pour Laurier et probablement pour un troisième que je sois compté pour quelque chose. » • En somme cela ne compromet que ma réputation de modéré et je saurai bien /airs itne reprise, »

Telle est, en substance, l'idée principale qui me domine depuis le mois de juillet, que j'ai longuement établie dans mon manifeste du 29 juillet et que je vais reprendre à mon retour avec l'énergie et la force nouvelle que me donnent les circonstances...

Léon Gambetta.

Il dépasse son parti celui qui veut contraindre ses amis à préparer « un gouvernement d'opinion publique », celui qui entend « que la gauche apparaisse comme le lendemain visible, rassurant et tout préparé de ce qui est et de ce qui finit ». Embrasse-t-il cependant tout l'horizon le jeune chef qui, le 12 septembre 1869, ne parle même pas de la situation extérieure, alors qu'elle devrait être au premier plan de ses préoccupations? L'expérience m'a sans doute appris que raies sont les politiques qui, dans les périodes de calme apparent, savent s'abstraire de l'absorbante politique intérieure pour prêter l'oreille aux grondements ou aux bruissements qui, venant du dehors, rasent le sol. Cependant, cet homme jeune qui débute dans la politique, dont on ne peut s'étonner qu'il se donne tout entier à la lutte contre le despotisme, a, sinon à ses côtés, du moins non loin de lui, un vieil homme d'État avec lequel il s'entretient.

Celui-là regarde au dehors et prévoit. Celui-là ne cesse, ne cessera de sonner la cloche d'alarme.

Mais, Gambetta et ses amis partagent-ils toutes les appréhensions de M. Thiers? Ont-ils la même épouvante que lui de l'aventure où la France risque d'être entraînée? Ne sont-ils pas dominés par les souvenirs de la Révolution, friands de ses épopées, convaincus que la grande nation toujours victorieuse depuis un siècle, battue une seule fois

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