LES ÉLECTIONS DE
que j'apercevais, dont je souriais. Voyant le temps passer, craignant mille choses, elle eut un coup d'audace. Elle divorça. J'eus beau m'élever contre son projet. J'eus beau lui déclarer que je ne l'épouserais en aucun cas. Elle persista. En novembre 1904 elle avait repris son nom de jeune fille. Je persistai de mon côté dans ma résolution et ma vie aurait sans doute pris un autre tour si, à la fin de l'année 1905, je n'avais ressenti des troubles nerveux auxquels je suis, depuis lors, périodiquement sujet mais qui ne m'ont jamais éprouvé avec la violence qu'ils ont revêtus à cette date. Ce fut une vraie crise qui se prolongea, qu'aggrava la déconvenue causée par les élections de 1906. L'inquiétude naturelle à mon esprit s'en trouva avivée. Prompt, comme tous les honnêtes gens, aux scrupules de conscience, j'en vins à me persuader, à me laisser persuader^ que j'avais des devoirs vis-à-vis d'une femme qui avait divorcé, malgré moi sans doute mais à cause de moi. Je glissai tout doucement vers un mariage de résignation dont j'entrevoyais par échappées qu'il ne pourrait pas durer. J'étais loin de me douter que cette union pèserait lourdement| douloureusement sur ma vie.