CHAPITRE IX
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Il n'était qu'une voix dans les milieux parlementaires pour proclamer que le ministère de l'honnête M. Sarrien n'avait d'autre objet que de préparer la venue du ministère attendu de tous, du ministère Clemenceau. Les choses se passèrent comme il était prévu. En octobre 1906 M. Sarrien démissionnait. M. Clemenceau montait à la présidence du Conseil. Il me demandait immédiatement mon concours au lieu et place de M. Poincaré qui se retirait.
J'acceptai. Je me souvenais bien des silences glacés de Waldeck- Rousseau, de la contraction de son visage quand le nom de Clemenceau était prononcé devant lui. Mais, je ne cessais de penser que mon maître ne pouvait juger em sérénité l'implacable adversaire de Gambetta et de Ferry. Le passé de Clemenceau, tel qu'on me l'avait rapporté par fragments, m'inspirait sans doute aversion et méfiance. Mais étais-je bien informé? Les dénigrements dont l'ardent lutteur avait été l'objet n'étaient-ils pas excessifs? Quand tout eût été vrai, les leçons de la vie n'avaient-elles pas modifié l'homme? Il me paraissait, à moi, que l'adversité l'avait retrempé. Exclu du Parlement, au ban de l'opinion publique durant les années 1893 et suivantes, il avait, de
Taveu de tous, témoigné d'un superbe courage, d'une force de résistance exceptionnelle. J'avais admiré, ainsi que la plupart des républicains, la magnifique campagne qu'il avait menée dans son journal F Aurore pour la révision du procès Dreyfus. Je m'étais rapproché de lui quand j'avais observé les eiïorts qu'il avait entrepris dans son journal et au Sénat où il était entré en fin 1902 seulement — il avait été retranché pondant plus de neuf ans des assemblées — pour modérer la politique combiste. Aussi bien en ce qui concernait l'application de la loi sur les Associations, qu'en ce qui touchait la séparation des Églises et de rÉtat, il s'était gardé de tout sectarisme. L'attitude très nette qu'il prit lors des incidents de 1905 fit tomber mes dernières préventions. Dans ses articles quotidiens il combattit avec son mâle talent de plume la politique de Delcassé en même temps qu'il réagissait contre le pacifisme d'illusions ou de débilité qui, alors, exerçait des ravages.
M. Clemenceau s'assura facilement le concours de collaborateurs qui étaient tous ou presque tous des hommes de mérite, quelques-uns des hommes de premier ordre. Mais, quand il les eût réunis pour organiser définitivement le cabinet et pour arrêter le programme gouvernemental, les choses n'allèrent pas toutes seules. On craignit quelque temps le trébuché au point de départ.
La première difiiculté surgit à propos des sous-secrétaires d'État.
Le président du Conseil avait jeté son dévolu sur un député issu de la récente consultation électorale. Nommé membre de la Commission du budget, chargé du rapport sur l'administration pénitentiaire, M. Chéron avait vivement impressionné le ministre de l'Intérieur du cabinet Sarrien avec lequel la mission dont il était pourvu lui donnait l'occasion de conférer. M. Clemenceau nous annonça