‹ Mes mémoiresChapitre 39 sur 41 · LÀ POLITIQUE CLEMENCISTB À L^EXTÉRIEUR · texte numérisé non relu

LÀ POLITIQUE CLEMENCISTB À L^EXTÉRIEUR

sur les prolégomènes de ses entretiens avec M. de Lancken. Entretiens enveloppés de mystère, rapidement menés d'aillem*s. Notre ambassadeur à Berlin est saisi au commencele baron de Lang^erth, conseiller de la Légation d'Allemagne au Maroc, ont envisagé pour la première fois, en des conversations répétées, l'opportunité de faciliter par un accord franco-allemand l'application de l'Acte d'AIgésiras.

« Ces conversations ont été continuées le mois suivant entre M. de Lang. werth et son collègue français M. de Saint-Aulaire. Elles ont été connues et approuvées du gouvernement français ainsi qu'en témoignent les paroles prononcées le 26 décembre 1911 à la Commission du Sénat par M. Pichon, lorsqu'il a dit : « Dès 1907 nous entamons des pourparlers avec Berlin en vue « d'un accord, mais le gouvernement allemand n'y donne pas suite. •

« Une troisième série de conversation eut lieu au mois de décembre 1908 entre le baron de I^ancken, conseiller de l'ambassade d'Allemagne et moi.

f C'est M. de Lancken qui m'avait demandé d«> lui fixer un rendez- vous pour envisager les possibilités d'un accord franco-allemand. Cette conversation se développa dans le même cadre que celles qui avaient eu lieu à Tanger Tannée précédente. Je la fis connaître à M. Pichon qui n'avait pas changé d'avis sur le caractère désirable d'un toi accord.

€ A ces premières indications je crois intéressant d'ajouter le complément suivant.

€ C'est le 3 octobre 1908, un peu avant la date fixée par son gouvernement et par snite des commodités du président de la République, que le comte Khcvenhuller, ambassadeur d'Autriche-Hongrie, a annoncé à M. Fallières l'annexion de la Bosnie- Herzégovine. Le même soir l'ambassadeur me priait de venir le voir, après le dîner, au Cercle de l'Union. Cette visite avait pour objet de me donner une interview dans laquelle il faisait connaître l'adhésion da l'Autriche aux propositions franco-espagnoles relatives à la reconiiaissance de Moulay-Hafld. Dans cette même conversation, l'ambassadeur, qui avait été quelques heures plus tôt reçu par le président et qui était assez ému tant de la mission qu'il venait de remplir que des conditions dans lesquelle il l'avait remplie, c'est-à-dire avant la date fixée par son gouvernement, me paria de la possibilité d'une entente franco-autrichienne relative au Maroc qui pourrait servir de précédent et de base & une entente ultérieure francoallemande.

c Le même soir, vers onze heures et demie, je me rendis, en quittant l'ambassadeur chez M. Georges Louis, directeur des Affaires politiques au ministère des Affaires étrangères. M. Pichon était, k ce moment-là, absent de Paris.

• Je mis M. Louis au courant de la conversation que je venais d'avoir. Il me dit immédiatement que cette suggestion lui paraissait tout à fait intélessante et qu'en l'absence du ministre il me priait d'en faire part le plus tôt po:>5ible à M. Clemenceau, président du Conseil.

c En conséquence, et pour répondre au désir de M. Louis, je me rendis immédiatement au ministère de l'Intérieur où j'arrivai vers minuit et où j3 vis M. Roth, chef de cabinet de M. Clemenceau, à qui je répétai ce que

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ment de 1909 d'un papier que lui et M. de Kidei^en' Wœehttf remplissant par intérim les fonctions de secrétaire d'État pour les Aiïaires étrangères du Reick n'ont qu'à

Je veaaii de dira à M» Louis et qui me promit d'en Informer dés le lendemain matin le président du GonseiL

« Lie 4 octobre, je fus reçu par M. Qemenceau qui se montra d'abord hostile à la suggestion do Tambassadeur d'Autriche, déclarée intéressante par M. Liouis. M. Clemenceau m'expliqua qu'il lui répugnait d'engager un ■ marchandage > avec l'Autriche, de spéculer sur la liberté d'un peuple; il ajouta qu'il était c un vieil idéaliste » et que d'ailleurs une entente avec l'Autriche sur le Maroc ne résoudrait pas les difficultés avec l'Allemagne.

« Le lendemain 5 octobre, sans faire allusion bien entendu à mes coQversatlons avec M. Georges LiOuis et M. Clemenceau, je disais simplement au comte Khewenhuller que le gouvernement français n'envisageait pas dans les circonstances actuelles l'hypothèse d'une négociation relative au Maroc avec une puissance quelle qu'elle fût.

« Ces conversations n'eurent pas à ma connaissance d'autre suite.

t Toutefois il convient de noter que, dans les semaines suivantes, l'Autriche persista à prendre au Maroc une attitude nettement différente de ceii« de l'Allemagne. Cette attitude s'était manifestée déjà par l'interview de son ambassadeur à laquelle j'ai fait plus haut allusion et que publia le Tempi le 4 octobre sous la date du 5.

■ Dans cette interview, le comte Khevenhuller résumait en ces termes le point de vue de l'Autriche- Hongrie : c L'Autriche- Hongrie reste ce qu'elle c a toujours été, désireuse de faciliter à la France, comme une amie loyalCf c le règlement satisfaisant d'un problème dont votre situation spéciale au c Maroc vous oblige à suivre le développement avec une attention particulière. »

c Quelques jours après, cette attitude de l'Autriche se caractérisait plus nettement encore dans l'affaire des déserteurs de Casablanca où, comme vous le savez, tandis que, le gouvernement allemand réclamait avec insistance ces déserteurs, l'Autriche nous ût connaître qu'elle ne réclamait pas le sien.

t II parait peu douteux que cette attitude de l'Autriche a pour beaucoup poussé l'Allemagne dans la voie qui devait la conduire à l'accord de février 1909 en lui faisant craindre une infidélité autrichienne, un « tour de valse • à l'italienne, c'est-à-dire ce que, pondant toute la durée de la crise orientale de 1901-1909, le prince de Btilow s'est, par-dessus tout, proposé d'éviter.

■ J'ai eu peut-être l'occasion de contribuer à créer ou à préciser cet état d'esprit dans les mi^^eux offldels allemands en faisant connaître, dans le courant de novembre, au baron de Lancken la conversation que j'avais eue le 3 octobre avec M. Khevenhuller, M. de L«ancken m'en parut, en effet, exaspéré et s'écria : c Gomment, ces cochons d'Autrichiens, ils ont fait coiaT •

c Quelques jours après commençaient les conversations qui, d'abord officleuses, ensuite officielles, ont abouti à l'accord signé le 8 février 1909 par le cabinet Clemenceau.

« Veuilles agréer, mon cher président, l'assurance de mes sentiments les meilleurs.

• SigiU : André Tabdiku. >

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mettre au point sans que le prince Radolin, ambassadeur officiel d'Allemagne à Paris, soit im instant consulté (1).

Maintenant que tout est fait, il faut mettre Clemenceau au courant. Pichon n'ignore pas que son putron est homme à tout briser au dernier moment... je serais tenté de dire : après le dernier moment. Aussi a-t-il pris ses précautions. Il a parlé de ses projets, en demandant le secret, à quelquesuns de ses collègues du cabinet, dont moi. Il a recueilli leur assentiment. Surtout, il s'est entendu avec Briand et, d'accord avec ce dernier, il a mis dans son jeu M. Fallières, président de la République. Le voilà paré. Clemenceau est averti ou plutôt il pressent la trame. J'imagine qu'il voudrait bien casser. Mais il est encerclé. Il se résigne. Quand, en Conseil, le ministre des Affaires étrangères fait part de l'arrangement qu'il résume comme suit : désintéressement politique de l'Allemagne au Maroc contre l'abandon par la France à l'industrie et à la finance germanique de parts importantes dans les grandes entreprises économiques, il recueille les félicitations de tous les membres du gouvernement. Qemenceau fait exception. Pas un mot ne sort de ses lèvres. Il a les sourcils froncés, le regard mauvais.

Moins maître de lui, avance-t-on, le roi Edouard VII, de passage à Berlin en février 1909, aurait exhalé son dépit. Apprenant l'accord... subitement, It i$ done against me^ (C'est fait contre moi), se serait-il écrié. — Propos dont je ne puis certifier l'authenticité (2). — Je n'ai le droit de retenir que le silence furibond de Clemenceau.

(1) En ce sens lettre de M. de Kiderlen du 7 mars 1909.

(La lettre en question, ainsi que celle du 12 novembre 1908 citée plus haut, se rencontre dans le livre, auquel j'emprunterai à bien des reprises : Kiderlen. Wsechier intime.)

(2) Ije prince de Bûlow rapporte dans ses Mémoires que, parlant do l'accord en question, au cours du môme voyage, le roi d'Angleterre lui avait dit : k Vous av^cz remporté un succès diplomatique. >

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