‹ Mes mémoiresChapitre 14 sur 29 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

mai 1908

Au mois d'avril (1908) je fis la connaissance de M. Bdl qui me fut présenté par un ami commun, M. Bdl était veuf et avait plusieurs enfants et, bien que sa résidence fût dans les Ardennes, il venait souvent à Paris. Nous nous rencontrâmes à une époque de ma vie où j'étais profondément déprimée et inquiète, car je me sentais entourée de toutes sortes de dangers mj^stérieux. M. Bdl était intelligent, foncièrement honnête et sincère. Notre amitié toutefois ne dura pas longtemps, car il était jaloux et volontaire à l'excès, mais nous continuâmes de nous écrire de temps en temps...

Je n'aurais pas même fait allusion à cet épisode de ma vie si ce n'était que M. Bdl joua un rôle assez important, et bien involontaire, dans ce drame compliqué qui s'appelle « l'Affaire Steinheil » et cela à cause de certaines déclarations que je suis supposée avoir faites pendant ce qu'on a intitulé « la Nuit des Aveux » (25-26 novembre 1908), « aveux » qui déterminèrent en grande partie mon arrestation.

Le 7 mai, Marthe devint catholique dans les circonstances dont j'ai déjà parlé. Ma mère, à cette ocasion, vint passer quelques jours à l'impasse Ronsin.

Le 18 mai, j'allai à Bellevue m'installer comme je faisais toujours, à cette époque de l'année. Marthe, son fiancé, le jeune frère et la jeune sœur de celui-ci étaient avec moi, et mon mari devait bientôt nous rejoindre. J'allais de temps en temps à Paris, bien

entendu. (Bellevue n'est qu'à 15 ou 20 minutes de chemin de fer de Paris.) Ma mère, qui était à Beaucourt, m'écrivit qu'elle comptait revenir à Paris. Je n'ai pas cette lettre, mais celle que j'envoyai à ma mère en réponse fut trouvée parmi ses papiers et est reproduite ici. Son importance n'échappera pas au lecteur quand j'aurai rappelé que je fus accusée d'avoir attirée ma mère à Paris et de l'avoir fait venir chez moi afin de la tuer en même temps que mon mari ! On lira, par la suite, la fantastique théorie de l'accusation à ce sujet. Voici le contenu de ma lettre à ma mère, datée du 21 mai 1908 :__

« Chérie. — Je t'attends DONC à la gare, Mardi. Donne-moi l'heure de l'arrivée, car je reviens directement de la campagne à la gare. J'ai invité « Ju » et « Madou » (ma sœur Mme Herr et sa fille) à dîner pour mardi soir et nous verrons toutes quatre à organiser le mieux possible ton séjour à Paris, pour jouir de toi, les unes et les autres, le plus possible. Ne te fatigue pas trop surtout par cette chaleur atroce. Que de choses à te raconter. J'ai écrit à Dennery pour le tourmenter pour Julien (mon frère). Je te serre sur mon cœur. Ta petite Me g. »

Je vais maintenant décrire les incidents qui se passèrent depuis l'arrivée de ma mère à Paris, jusqu'à la nuit fatale, c'est-à-dire depuis le vendredi 29 mai jusqu'à la nuit du 30-31 mai 1908. Si ces incidents n'expliquent pas le mystère, du moins permettront-ils au lecteur de juger s'il était vraiment possible et permis d'y trouver des raisons de me trouver non seulement criminelle, mais une criminelle ayant prémédité son monstrueux forfait !

Je cite, dans le DOSSIER de V « Affaire Steinheil », les questions qui me furent posées par M. André, juge d'instruction (à diverses dates, de décembre 1908 à mars 1909) et les réponses que je fis à ces questions. De cette façon, il sera impossible au lecteur le plus sceptique de croire que je dissimule ou déforme la vérité :

...Ma mère m'informa qu'elle remettait son arrivée au vendredi 29 mai, à cause de douleurs rhumatismales dans les jambes. En tous cas, il avait toujours été entendu entre nous que c'est chez moi qu'elle descendait, qu'elle coucherait chez moi et dès la première nuit suivant son arrivée.

D. — Sur ces points, vous êtes en contradiction absolue avec les déclarations faites par Mme Herr, le 22 juin 1908. Il en résulte que Mme Herr a, dans les derniers jours de mai, reçu de votre mère deux lettres, l'une lui annonçant son arrivée à Paris, en ajoutant qu'elle passerait la nuit chez elle et l'autre lui disant que vous la réclamiez et que, dans ces circonstances, c'est chez vous qu'elle descendrait aussitôt son arrivée.

R. — Cela ne m'étonne pas. Il est possible que ma mère ait écrit cela... Elle a pu vouloir faire croire à ma sœur que je la réclamais pour éviter que ma sœur ne lui reproche de descendre chez moi de préférence. Je n'ai pas réclamé et n'ai pas eu à réclamer ma mère, cette fois-là, puisque dès le début de mai, il était décidé qu'elle descendrait chez moi... Ma mère devait rester à Paris jusqu'au dimanche 31 mai ou lundi 1er juin. Elle y venait dans le but de faire avec moi des démarches pour mon frère qui désirait changer de résidence. Ces démarches en faveur de mon frère, avec le concours de ma mère, étaient décidées depuis le début de mai. La nuit du vendredi 29 au samedi 30, ma mère la passa chez moi, impasse Ronsin, car notre intention était de commencer ensemble, dès le lendemain matin, les démarches dont je vous parle. Cette nuit-là, ma mère prit ma chambre ordinaire, selon son habitude. Dans la maison étaient également couchés mon mari et Rémy Couillard.

Sur interpellation. — De la porte de la grille sur la rue existaient trois clés, l'une aux mains de mon mari, l'autre aux mains de Mariette, l'autre aux mains de Couillard. Trois mois avant le crime, Rémy Couillard avait perdu la sienne et j'avais su

cela par Mariette. Deux mois environ avant le crime, j'avais voulu que mon mari fit changer la serrure de la grille, car j'avais toujours peur qu'on entre ainsi chez nous la nuit, et après le crime, des inquiétudes me sont venues sur Couillard à propos de la clef perdue- J'avais insisté auprès de mon mari pour qu'il fit changer la serrure ; j'avais insisté pour cela plusieurs fois, ainsi que Mariette, mais il ne voulut jamais y consentir. Mon mari déclarait que cela ne signifiait rien, que malgré une porte fermée à clef, des voleurs qui voulaient entrer trouveraient bien le moyen d'entrer. Moi qui ai toujours été inquiète de nature, n'en gardais pas moins ma peur et j'insistais toujours auprès de mon mari soit pour un changement de serrure, soit pour l'adaptation d'un verrou à la grille de la rue. Sur cette question-là, j'ai insisté encore auprès de mon mari lors de notre installation au Vert-Logis, c'est-à-dire depuis le 18 mai. Il me souvient même qu'une fois à Bellevue, le jeudi 21 mai, en présence des d'Arlon, de M. Maillard et de M. Boeswilhvaid, je revins sur. la question auprès de mon mari, lui faisant sentir son imprudence, lui rappelant l'inquiétude que j'éprouvais à cette occasion.

D. — Etant donnés une inquiétude aussi vive de votre part et un refus aussi persistant de votre mari, comment expliquez-vous que, à cause de son défaut habituel d'initiative, vous n'ayez pas pris sur vousmême ce qui était dans votre pensée, c'est-à-dire soit changer la serrure, soit adapter des verrous ?

R. — Non, je ne l'ai pas fait ; j'ai cédé à l'observation que mon mari me faisait que, malgré une porte bien fermée, des voleurs pouvaient toujours passer...

Sur interpellation. — Vers le 18 mai, cette année, je me suis installée au Vert-Logis, en famille, avec le projet d'y faire un séjour d'au moins un mois. En 1906 et 1907, j'y avais déjà fait des séjours d'été analogues. Cette année, je me suis installée au Vert- Logis avec les deux plus jeunes des six enfants de

la famille Buisson, et Marthe. J'avais avec moi comme domestique uniquement Mariette Wolff. Mme Buisson était en séjour à La Touche ; M. Buisson et son fils Pierre étaient à Paris. Mon mari allait et, venait entre Paris et le Vert-Logis. Parfois même iJTcouchait à Paris, et quand il rentrait coucher au Vert- Logis, il prévenait toujours, selon son habitude, généralement par téléphone... Avant d'aller nous installer au Vert-Logis, nous avons placé dans la cachette de la salle à manger l'argenterie et aussi certains bijoux (la cachette était dissimulée derrière une grande armoire, et un panneau la masquait)...

Sur interpellation. — Pour 'pénétrer du jardin dans la maison, il existait deux portes ; l'une s'ouvrant sur l'office... l'autre s'ouvrant sur la véranda. La première était réservée aux domestiques, la seconde aux maîtres. L'une et l'autre étaient toujours fermées à clef la nuit. Mais pour permettre à celui d'entre nous qui pouvait ne pas être encore rentré d'ouvrir la porte, la clef de l'une ou de l'autre porte était retirée de la serrure. La clef de la porte du vestibule était alors posée sur une petite étagère d'angle et celle de la véranda sur une table de la véranda. Cependant, il arrivait que le dernier rentré, sachant que tout le monde était rentré, laissait la clef dans la serrure de l'une ou l'autre porte.

Sur interpellation. — Depuis notre installation au Vert-Logis, vers le 18 mai, mon mari suivant son travail restait à coucher à la maison, impasse Ronsin, de temps en temps, peut-être deux ou trois fois par semaine. Quand mon mari y restait ainsi à coucher, le seul domestique restant impasse Ronsin — Rémy Couillard — couchait dans sa chambre ordinaire, située au troisième étage, à l'entrée du grenier. Toutes les fois que mon mari rentrait coucher à Bellevue, Rémy couchait dans la véranda, sur un divan. Il avait alors à sa disposition un revolver que lui remettait mon mari. Rémy tenait ce revolver je ne sais où, et quand mon mari rentrait, il le lui

restituait. Je ne puis affirmer la restitution régulière du revolver par Rémy à mon mari, puisqu'en ce temps-là, elle se produisait alors que j'étais, moi, à Bellevue, mais j'ai tout lieu de le penser, car toutes les fois que mon mari couchait à Paris, je lui ai toujours vu un revolver dans la table de nuit de sa chambre.

Sur interpellation. — Moi, entre le 18 mai et le vendredi 29 mai, je ne me souviens pas être venue à Paris une seule fois. Il est possible que j'y sois revenue, mais je ne m'en souviens pas. J'étais absolument retenue à Bellevue par la charge des deux petits Buisson malades que je devais soigner. Marthe allait à Paris de temps en temps, à peu près deux fois par semaine, pour suivre des cours. Elle rentrait toujours coucher au Vert-Logis, à part une fois où elle alla coucher impasse Ronsin en même temps que son père. Je ne suis venue à Paris que le vendredi 29, à cause de l'arrivée de ma mère, ce jour-là. La veille, le jeudi 28, mon mari était venu déjeuner avec nous à Bellevue, y finir la journée et y coucher. Il nous raconta alors que Rémy Couillard, qui est très peureux, avait emprunté, pour remplacer auprès de lui notre chien de garde Dick, alors avec nous à Bellevue, selon notre habitude de tous les ans, un chien aux Geoffroy, et qu'il était furieux de la chose parce que ce chien lui avait détérioré un carton qu'il venait de finir pour un vitrail et il ajoutait : « Dès demain matin, on renverra ce chien. » Le vendredi 29 mai, au début de la matinée, mon mari rentra à Paris en compagnie de Marthe qui avait un cours quelconque ce matin-là et qui devait déjeuner avec son père et aussi, me semble-t-il, avec Pierre Buisson. Il était entendu que j'attendrais le retour de Marthe au Vert-Logis pour partir audevant de ma mère. C'est Marthe qui, pendant mon absence, devait veiller sur les petits Buisson que je ne voulais pas laisser seuls. Dans l'après-midi, après que j'eus fait goûter les enfants, Marthe rentra au Vert-Logis. Elle était en compagnie de Pierre

Buisson qui devait coucher là pour que les enfants fussent moins isolés pendant la nuit. Ce derniei détail était décidé depuis la veille, me senible-t-il. Mon mari devait coucher à Paris, ne voulant pas laisser coucher seules, impasse Ronsin, ma mère et moi. Ce vendredi-là, j'arrivai à Paris, en gare Montparnasse, vers cinq heures, et directement je me rendis, par le Métropolitain, à la gare de l'Est où, comme je vous l'ai déjà dit, ma mère devait arriver vers six heures. En quittant Bellevue, j'avais passé à mes doigts les trois bagues... (J'expliquerai la « question des bijoux » plus loin, dans tous ses détails.)

Le programme de cette fin de journée et du lendemain était celui-ci : ma mère devait passer la nuit à l'impasse Ronsin ; ma sœur, Mme Herr, devait dîner avec nous, mais elle ne vint pas à la gare et ensuite j'appris qu'elle ne pourrait pas venir dîner, ni déjeuner le lendemain. J'avais donc été seule à recevoir ma mère à la gare. Il avait été entendu que, même au cas où ma sœur et ses enfants viendraient dîner le samedi avec nous, ma mère, mon mari et moi irions ensuite rejoindre Marthe et les Buisson à Bellevue, à moins que, naturellement, l'état de santé de ma mère fût un obstacle à ce projet. Le vendredi soir — ou le samedi matin — je reçus un mot de ma sœur disant qu'elle ne pouvait venir ni déjeuner ni dîner et qu'elle était obligée d'aller à un concert le soir, mais qu'elle comptait bien que ma mère irait la voir l'aprèsmidi (du samedi). Je continue maintenant de citer le dossier :

« ...En arrivant à l'impasse Ronsin, avec ma mère, le vendredi 29 mai, j'invitai Couillard à aller aussitôt rendre leur chien aux Geoffroy, en le grondant de le leur avoir emprunté. J'étais fâchée qu'il l'eût emprunté sans notre autorisation et que ce chien, en détruisant un carton de mon mari, lui avait fait perdre huit jours de son travail.

D. — Pourquoi cependant un tel empressement à faire rendre ce chien sans autre délai ?

(La pensée du juge saute aux yeux. Convaincu de ma culpabilité, même avant de m'avoir interrogée, il considérait le fait que je m'étais débarrassée de ce chien pour qu'il ne puisse pas aboyer à la vue de mes complices ou pendant que le meurtre était commis.)

R. — C'est que mon mari avait dit la veille que le chien serait renvoyé dès le lendemain matin et qiie Rémy ne l'avait pas fait jusque-là.

D. — Quel témoignage pourriez-vous invoquer pour établir l'intention de votre mari d'une si prompte restitution du chien ?

R. — Comme témoin sur ce point, je ne me rappelle que Marthe ; cependant il se peut que Mariette ait entendu manifester par mon mari l'intention en question.

D. — Pourquoi priver si vite d'un chien l'impasse Ronsin dépourvue de son gardien ordinaire, le chien Dick?

R. — Cela n'avait pas d'importance. C'était un chien qui n'aboyait pas et qui, par conséquent, était inutile et qui, en outre, je vous le répète, avait l'inconvénient, n'étant pas de la maison, de faire des dégâts partout.

D. — Comment admettre que Rémy, prenant un chien pour se rassurer contre la peur, eût pu songer à prendre et à garder un chien muet ?

R. — Je n'ai pas compris cela. Mais Rémy, quand je lui donnai l'ordre le vendredi soir d'aller rendre le chien, me dit que s'il avait tenu à l'avoir près de lui, c'était parce que la présence d'un être vivant suffisait à le rassurer.

D. — Comment avez-vous su que c'était un chien qui n'aboyait pas ?

R. — Mme Geoffroy, qui est la fille de Mariette, venait souvent avec ce chien à la maison. Or, je n'avais jamais entendu aboyer ce chien.

D. — Plusieurs de vos déclarations sur le point

que nous venons d'examiner sont en contradiction avec celles que, sur ce point, vous faisiez le 26 juin. Il résulte de celles-ci que Rémy n'avait emprunté le chien qu'avec la permission de M. Steinheil et que c'est sur l'ordre de celui-ci, donné le vendredi soir, que le chien fut alors restitué.

R. — Les déclarations que vous me lisez, je les ai faites alors que j'étais encore absolument malade. si malade que je n'eus pas la force d'entendre la lecture de mes déclarations de ce jour-là après que je les eus faites. Je maintiens mes déclarations actuelles ; .d'ailleurs, celles-ci ne sont pas en contradiction avec les précédentes...

D. — Des déclarations faites par Rémy Couillard, le 31 mai, devant le commissaire de police, il résulte que la restitution du chien aux Geoffroy a été faite non pas le jour que vous dites, mais seulement le samedi, dans l'après-midi du 30 mai.

R. — Je maintiens que j'ai fait faire la restitution le vendredi.

Sur interpellation. — Je sais, depuis l'information ouverte, que le samedi 30 mai, mon mari a fait à notre compte du Crédit Lyonnais un retrait d'une somme de 1.000 francs. Le jour même, je n'avais pas été au courant de ce retrait de fonds, mais mon mari n'a pu le faire que dans l'aprèsmidi du samedi, car, lorsque j'ai quitté l'impasse Ronsin ce jour-là, vers onze heures et demie, pour aller déjeuner avec les enfants Buisson et Marthe, mon mari n'avait pas quitté la maison. J'ai su aussi, depuis l'information, que ce même jour, mon mari avait payé diverses notes, notamment celle du menuisier.

D. — Des déclarations faites par Couillard le 31 mai, devant le commissaire de police, il résulte que, le 30 mai, il a, sur l'ordre de votre mari, payé deux notes s'élevant au total à 416 francs.

R. — Je n'y contredis pas.

D. — A part ce qui pouvait rester dans la maison sur le retrait de fonds opéré ce jour-là par votre

mari, quelle somme d'argent pouvait-il y avoir dans la maison ?

R. — Ce jour-là, il y avait chez nous, le tout placé dans le bureau du petit salon... environ 7.000 francs. (Ici, j'expliquai la source de ces sommes.)

D. — Le 26 novembre (je prie le lecteur de bien se rappeler cette date, qui marque l'un des jours les plus atroces de ma vie), vous déclariez que ce qui pouvait se trouver dans le meuble en question vous l'évaluiez à trois mille francs.

R. — Le jour où j'ai fait une telle déclaration, j'étais folle, je ne savais pas ce que je faisais. J'étais sous l'affolement qu'avaient créé en moi les journalistes, et voilà pourquoi ce jour-là j'oubliai de mentionner l'existence dans le petit secrétaire de l'enveloppe aux cinq mille francs.

D. — Dans sa déposition du 3 décembre, Mme Herr, a déclaré que, ce jour-là, elle avait trouvé votre mère angoissée, profondément triste, qu'elle lui en avait demandé la cause, mais qu'elle n'avait pas obtenu de réponse.

R. — J'ai fait ce jour-là les mêmes remarques que ma sœur, mais à moi, ma mère a dit ce jour-là, la cause de sa tristesse et de son angoisse. Mme Herr, ma sœur, avait alors l'intention de divorcer, et ma mère avait constaté chez elle ce jour-là un état de surexcitation contre son mari qui l'avait beaucoup affligée.

Sur interpellation. — J'étais arrivée ce jour-là à] Bellevue vers midi. J'avais déjeuné au Vert-Logis avec les enfants, puis, jusqu'à quatre heures et demie, j'avais fait une promenade en voiture en forêt. Après le goûter des enfants et de Marthe, j'avais gagné la gare de Bellevue en leur compagnie. Vers cinq heures et demie, j'étais arrivée en gare du Montparnasse et, à pied, je m'étais rendue directement chez moi, après être allé à la pharmacie de l'Arrivée prendre des remèdes pour ma mère, puis à l'épicerie Potin.

D. — A quelle heure ce jour-là avez-vous donc téléphoné à M. Bdl ?

R. — Vers dix heures du matin, je lui avais téléphoné de Paris, de ma chambre où le téléphone était installé et où se trouvait couchée ce matin-là ma mère. Ma mère entendit la conversation. Je lui écrivais (à M. Bdl) et lui téléphonais de temps en temps. Je lui téléphonais dans l'intention de lui donner de mes nouvelles, que ma mère était près de moi, que j'allais bien, mais que ma mère était malade. La communication s'établit fort mal et il n'entendit rien... Comme M. Bdl se vexait de ne rien entendre... je finis par éclater de rire... et la conversation se termina ainsi par un éclat de rire.

Sur interpellation. — Ce n'est qu'après le dîner, vers sept heures trois quarts, que je demandai à ma mère si décidément elle se sentait en état d'aller coucher à Bellevue. Il fallait bien que je le sache pour dire à M. Buisson s'il avait à aller coucher à Bellevue.

D. — Vous aviez donc prévenu M. Buisson qu'il pourrait avoir à aller coucher à Bellevue ?

R. — Oui, et voici ce qui s'était passé. Alors que j'étais au Vert-Logis, M. Buisson me téléphona... après le déjeuner, vers une heure et demie ou deux heures, avant que nous ne partions pour notre promenade en forêt. Son but était de me demander des nouvelles de ses enfants. Je lui dis que maman, dont il savait l'arrivée depuis la veille, était souffrante au point de ne pas savoir s'il lui serait possible de gagner Bellevue pour y coucher, et je lui demandai si, au cas où la chose serait impossible à ma mère, il pourrait, lui, passer la nuit à Bellevue pour cou. cher auprès des enfants... Il finit par me dire que, vers dix heures et demie ou onze heures, il viendrait coucher à Bellevue de toutes façons, soit que nous puissions y rentrer nous-mêmes, soit que nous ne le puissions pas...

Sur interpellation. — Dans l'après-midi, j'avais

dit à ma fille que si nous venions coucher je la préviendrais par téléphone. Je considérais en effet notre rentrée comme l'hypothèse la moins vraisemblable, vu l'état de santé de ma mère.

(Dossier. Cotes 3213-3218.)

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