‹ Mes mémoiresChapitre 7 sur 29 · DES ALPES A L ELYSEE · texte numérisé non relu

DES ALPES A L ELYSEE

J'ai passé quinze ans de ma vie à remplir mes devoirs mondains. En vérité, ce ne sont pas de vrais devoirs, mais on les remplit plus ou moins consciencieusement et toujours avec emportement, tandis qu'on néglige les autres, les vrais, y compris les devoirs envers soi-même. C'est la vie de Paris. Et, quand on a goûté à ce poison exquis, on ne s'en passe pas plus qu'on ne se passe de violettes, de marrons glacés, de parfums, de jolies robes, de compliments et autres choses indispensables.

J'ai été critiquée parce que je recevais parfois des hommes et des femmes dont la moralité laissait à désirer. Mais si l'on ne recevait, à Paris, que des gens irréprochables à tous points de vue, on ne recevrait presque personne. Oui, il venait chez moi des hommes qui parlaient un peu à tort et à travers et des femmes et dont le moral était moins pur que les gemmes transparentes qu'elles portaient si bien ; il venait à l'impasse Ronsin des êtres romanesques, des êtres un peu fous, trop originaux, et amoraux plutôt qu'immoraux ; ils avaient du moins 3a qualité d'être eux-mêmes et de n'être jamais ennuyeux.

Mais aurais-je dû renoncer à mon salon, à mes relations agréables et intéressantes avec des gens du monde, des hommes de talent et même des êtres de génie, parce que ni mon mari ni moi n'avions de compte illimité à la banque ? Aurait-il donc fallu me priver de toutes ces joies intellectuelles et artis-

tiques qui donnent tant de saveur à la vie, parce que je ne pouvais donner des réceptions ou des fêtes aussi somptueuses que celles données par mes amis plus fortunés !

J'aimais cette vie « mondaine », non pas pour son côté brillant, mais parce que j'y trouvais les satisfactions de l'esprit qui me consolaient un peu de la triste faillite de ma vie conjugale, et aussi parce que j'étais à même de me servir de mes innombrables connaissances — ■ surtout dans le monde officiel — pour aider dans leur carrière la famille de mon mari, la mienne et tout ami ou amie à qui je pouvais être utile.

Mais parfois, j'avais des heures de lassitude inexprimable et d'amertume, où il me semblait que, parmi cette foule de gens qui se proclamaient mes amis dévoués et sûrs, il n'y avait probablement pas dix êtres sur qui je puisse absolument compter ou qui méritassent le beau titre d'ami ; des heures où les compliments qu'on m'avait prodigués ne réapparaissaient plus que comme de banales formules de bonne compagnie, où la sympathie réapparaissait de l'hypocrisie ou du calcul ; des heures où je détestais tout ce qu'il y a d'artificiel dans la via parisienne...

Je me réfugiais alors dans la tendresse de ma mère ; dans de longues conversations avec mon mari ou dans un labeur acharné... Ou bien, et surtout, je pressais mon unique enfant dans mes bras, et une envie folle me prenait de fuir avec elle à Beaucourt, le Beaucourt de mon enfance, et de mener là, avec ma petite Marthe, une vie modeste, calme, noble, normale...

Mais Paris ne lâche pas ses victimes...

En somme, rien ne vint troubler ma vie charmante et tourmentée, sauf les soucis dont tous les êtres humains ont leur part : rêves déçus, ambitions vaines, illusions perdues, embarras financiers et dis-

eussions de famille, et sauf le drame intime auquel j'ai fait allusion, jusqu'au jour où je devins l'amie et la confidente de Félix Faure, élu Président de la République en janvier 1895.

Les événements politiques et autres qui se passèrent en France pendant les années qui précédèrent immédiatement cette date, peuvent être résumés en quelques lignes.

Après les scandales de Panama et la disparition des 250 millions, les ministères se succèdent avec une rapidité alarmante et symptomatique. En janvier 1893, par exemple, Ribot devient Président du Conseil, mais en mars, le ministère tombe et Dupuy en forme un nouveau. Les élections ne prouvent rien, sinon l'indifférence du pays ; l'élection d'une cinquantaine de socialistes mérite toutefois d'être notée. Puis c'est au tour de Gasimir-Perier d'être premier ministre. Il porte un nom vénéré, il est capable, il est riche, mais son ministère ne dure pas six mois et, en mai 1894, Dupuy revient au pouvoir. Le mois suivant, un anarchiste italien assassine le Président Carnot, homme intègre, digne petit-fils du vainqueur de Wattignies, du grand Lazare Carnot. Quatre jours après, le Congrès de Versailles nomme Casimir-Perier Président de la République, mais, en janvier 1895, las d'être diffamé, insulté, entravé dans ses fonctions — et pour des raisons privées aussi — Casimir-Perier démissionne et voilà Félix Faure Président.

Il avait rapidement atteint le rang suprême. Soussecrétaire aux Colonies, de 1882 à 1885, sous Jules Ferry, il était vice-président de la Chambre en 1893, ministre de la Marine en 1894 et Président de la République l'année suivante.

Cette même année, il reçu le lord-maire de Londres, Sir Joseph Ranelas, et Tannée d'après, en octobre, le tsar et la tsarine. J'assistai à la représentation de gala donnée en leur honneur à l'Opéra, à la pose de la première pierre du pont Alexandre-III, qui devait illustrer en pierre et en bronze l'Alliance

Franco-Russe, et j'allai même à Ghâlons voir la revue qui y eut lieu. J'avais quitté Beaucourt où je me trouvais auprès de ma mère, pour assister, en compagnie d'un haut fonctionnaire à ces diverses cérémonies. Le Tsar me sembla plus modeste que le Président, et la beauté un peu pathétique de l'Impératrice de toutes les Russies me fit une profonde impression. La France se mit à adorer la Russie et Félix Faure devint extrêmement populaire.

L'alliance, qui avait été marquée par la visite à Gronstadt d'une escadre commandée par l'amiral Gervais (1891), par la mission du général Boisdeffre à Saint-Pétersbourg, l'année suivante, et la visite de l'amiral russe Avelan à Toulon et à Paris, en 1893, devait devenir un fait accompli lors de la visite de Félix Faure au Tsar, en août 1897.

Trois mois avant cette importante visite eut lieu à Paris la terrible catastrophe du Bazar de la Charité, qui fit près de cent cinquante victimes. C'est par miracle que j'échappai à la mort ce jour-là. J'étais une des dames chargées du buffet et je servais du thé quand je me sentis tout à coup si souffrante que je fus obligée, à mon grand regret, de quitter le Bazar. La voiture qui m'emportait avait à peine tourné le coin de la rue Jean-Goujon que l'incendie éclata.

Ma mère arriva chez moi complètement affolée. Elle m'avait déposée, quelques heures auparavant, à la porte du Bazar et, à la nouvelle du désastre, craignit naturellement que je ne fusse une des victimes. J'étais saine et sauve, mais perdis, hélas ! plusieurs amies très chères dans cette catastrophe.

Quelques semaines après, fut célébré le Jubilé de de la Reine Victoria et, avec quelques amis anglais, j'allai au garden-party donné à cette occasion à l'ambassade d'Angleterre par sir Edmund Monson. Mme Faure et sa fille, M. Hanotaux, ministre des affaires étrangères, et toute l'élite politique, littéraire et artistique de France était là.

J'eus l'occasion de féliciter un éminent personnage anglais au sujet de la splendeur de la réception et de l'atmosphère de plaisante gaieté qui régnait partout.

— Madame, me dit-il, il y a beaucoup de Français et de Françaises ici aujourd'hui, mais l'ambassade n'a pas toujours cette animation et ce charme. Toutefois, ne croyez pas que nous soyons aussi graves et aussi sombres qu'on veut bien le dire... A propos, permettez-moi de vous dire que cet hôtel fut naguère la résidence de Pauline Borghèse, dont la seule ambition était de rester belle et... d'être aimée.

Puis il nous raconta diverses anecdotes assez lestes sur la ravissante sœur de Napoléon Ier et conclut :

— Ne trouvez-vous pas quelque chose de piquant dans le fait que l'ambassadeur de la vieille et grave Angleterre réside dans une maison qui appartint autrefois à une célèbre courtisane couronnée ?

Le 14 juillet, j'emmenai Marthe, qui avait alors six ans, voir « les soldats » à Longchamp, mais au lieu de les regarder, elle passa son temps à contempler le maharajah de Kapourthala qui se trouvait non loin de nous, et à me poser des questions qui firent sourire tous ceux qui les entendirent, excepté moi.

Je passai la fin du mois de juillet et tout le mois d'août dans les Alpes, avec mon mari, qui avait à travailler sur place pour un vaste panorama du Club Alpin, qu'il destinait à l'Exposition de 1900. Pendant ces six semaines, nous voyageâmes en chemin de fer, en voiture, à pied, à cheval et à dos de mulet, de Grenoble à Briançon, du Mont-Blanc à La Meige...

Les manœuvres des Alpins avaient commencé au début du mois d'août, et le Président, qui revenait de Valence et d'Orange, vint y assister. Une heure avant un simulacre de combat par les chasseurs alpins près de la passe de la Vanoise, mon mari s'installa à un endroit d'où il comptait observer et

dessiner, et je m'étais assise sur un rocher un peu plus bas, mon appareil de photographie à la main, prête à prendre des instantanés, quand j'entendis des voix. Là, dans un sentier plus bas que mon rocher, passait un groupe d'hommes dont plusieurs étaient des officiers. Celui qui marchait en tête portait une chemise rouge, un costume brun, des guêtres jaunes et un béret blanc. Il leva la tête et dit quelque chose que je ne compris pas. Je crois qu'il demandait s'il devait s'arrêter pour que je le photographie. Je ne reconnus pas dans l'homme au béret blanc et dans ses compagnons le Président de la République et sa suite. Mais, peu après, un officier vint demander si M. et Mme Steinheil voulaient bien partager le déjeuner du Président. Je refusai, trouvant l'invitation un peu trop soudaine et cavalière, mais mon mari accepta et me dit qu'il comptait obtenir de Félix Faure l'autorisation de peindre la remise de décorations qui devait avoir lieu incessamment.

J'avais rencontré souvent le Président. Depuis plusieurs années, j'assistais aux fêtes et aux bals donnés à l'Elysée et j'avais fait la connaissance de Félix Faure comme j'avais fait celle de Carnot et de Casimir-Perier. J'avais même causé longuement, à plusieurs reprises, avec Félix Faure alors qu'il était ministre de la Marine.

Le même jour, je revis le Président dans le village dont mon mari avait fait son quartier général. Un groupe de petites filles, portant l'ancien costume de la Savoie, lui offraient des fleurs... Félix Faure me vit, s'inclina très bas... et bientôt après arrivait une invitation à dîner, que je n'acceptai pas plus que la première. Le lendemain matin, troisième invitation, à déjeuner cette fois, près du bourg Saint-Maurice, à la redoute qui fait face au petit Saint-Bernard. Mon mari accepta, mais je déclinai une fois de plus... A dire vrai, j'étais bien trop agréablement occupée à récolter des boucles, des bracelets et des croix du pays, les oiseaux en bois

sculpté qui servent de salières aux montagnards de la Savoie et toutes les coiffures que je pouvais me procurer, pour désirer déjeuner avec le « premier magistrat du pays » et sa suite ! Je préférais de beaucoup le lait, le fromage et le pain bis des Savoyards aux plats et aux vins de la table présidentielle. Quand mon mari me rejoignis, le soir, avec ses amis — un juge et un commandant — j'appris que le Président avait fait plusieurs allusions à mon absence.

Le tableau de la remise des décorations qu'avait peint mon mari comprenait naturellement les portraits des membres de la suite du Président, ministres et officiers, et tous vinrent, pendant l'automne, poser à l'atelier de l'impasse Ronsin. Félix Faure accorda une séance de pose à M. Steinheil, à l'Elysée. Un échange de lettres suivit. Le Président tenait à voir la toile « historique » et j'appris qu'il désirait vivement visiter ma villa, qui lui avait été décrite par plusieurs personnes de son entourage, où je comptais quelques amis. Je fus inondée d'invitations à des réceptions à l'Elysée...

Au commencement de 1898, le tableau était terminé et le Président vint le voir, un matin. Mon oncle, le général Japy, était là avec mon mari et moi pour le recevoir. Le jardin était un grand bouquet, et, aussitôt entré, le Président, qui était accompagné par un général et un officier d'ordonnance, exprima son ravissement. Marthe lui offrit des fleurs, selon l'usage, mais refusa absolument de se laisser embrasser. Son entêtement amusa Félix Faure, qui demanda :

— Quel est votre jouet préféré ?

— Une poupée.

— Eh bien, petite Marthe, je vais donner des ordres pour qu'une merveilleuse poupée avec tout son trousseau vous soit remise, exactement la même que celle que je vais faire expédier à la fille du Tsar !

Félix Faure admira mon salon et le jardin d'hiver

et examina en connaisseur certains vieux meubles ; puis, s'arrêtant près du piano :

— Ah ! soupira-t-il, ce n'est pas drôle d'être Président. Je suis privé de musique... Evidemment, il y a la Garde républicaine qui joue à l'Elysée ; il y a l'Opéra, et puis... la Marseillaise ! Mais il est rare que j'entende la musique que j'aime.

Il me dit qu'on lui avait parlé des concerts donnés chez moi et qu'il savait que son ami Massenet était aussi le mien, et finalement me demanda si je consentirais à chanter une fois à l'Elysée.

— Monsieur le Président, lui répondis-je, je ne crois pas que je pourrais chanter dans un milieu officiel et, par là même, défavorable à la musique intime et simple que j'affectionne.

Le Président examina les tableaux et s'arrêta devant une étude de mon mari représentant une femme du bourg Saint-Maurice, portant le joli bonnet d'autrefois, qui se porte encore dans certains coins de la Savoie. Ce bonnet a une forme de casque découpé en trois pointes — une au-dessus du front et une sous chaque oreille — et est fait d'étoffe multicolore. Les cheveux sont divisés en petites nattes serrées, entourées de tresse noire, qui forment une partie du casque, et une chaîne de perles noir et or forme une bride qui flotte sous le cou. (Il faut trois heures pour faire cette coiffure, qui n'est, d'ailleurs, défaite et refaite que toutes les trois semaines !)

Félix Faure tint à acheter ce petit tableau qui, ai-je besoin de l'ajouter, lui fut offert en souvenir de sa visite.

A partir de ce jour, nous fûmes littéralement bombardés d'invitations de toutes sortes et de fleurs envoyées par le Président.

Au vernissage du Salon, je le vis, en compagnie de Méline, président du Conseil ; du général Billot, ministre de la Guerre, et d'une petite armée de fonctionnaires. Mon ami Bonnat servait de guide au Président.

Tout à coup, Bonnat vint à moi et me dit gaiement :

— Le Président vous demande... Je crois que vous l'avez ensorcelé.

Je lui frappai l'épaule de mon catalogue, en guise de réponse, et Bonnat retourna à ses devoirs officiels. Cinq minutes après, l'armée française, sous la forme d'un colonel, vint m'assiéger. 11 fallut me rendre.

— Je suis bien aise, madame, me dit le Président, de pouvoir enfin vous féliciter.

— Vous oubliez que ce n'est pas moi qui ai peint le tableau de mon mari, monsieur le Président...

— L'Etat désire l'acheter.

— Vous oubliez que le tableau est la propriété de mon mari...

— Vous qui connaissez, madame, la plupart des peintres, me dit le Président, voulez-vous me servir de guide ?

— Volontiers, avec l'aide indispensable de M. Bonnat.

Je fis passer Félix Faure rapidement devant les œuvres d'artistes célèbres, chargés d'honneurs et des biens de ce monde, mais le fis s'arrêter devant les tableaux de peintres peu connus, mais pleins de talent, qui méritaient d'être appréciés. Et j'eus la satisfaction de voir Félix Faure et quelques membres de sa suite prendre note des noms de certains de ces artistes.

— J'abuse un peu de votre bonté, me dit le Président, mais je suis sûr que vous êtes patriote ; vous êtes Alsacienne, n'est-ce pas ?

— Oui, mais on peut être patriote sans être républicaine, monsieur le Président. Qui sait, je suis peut-être bonapartiste !...

— Je le concevrais s'il y avait un Bonaparte.

Nous nous séparâmes, et, avec quelques amis intimes, je fis le tour des autres salles. Au moment où j'allais partir, M. Roujon, directeur au ministère des Beaux-Arts, se précipita vers moi :

— Le Président, madame, m'a chargé de vous dire qu'il ne désire pas que l'Etat achète le tableau de M. Steinheil ; il l'a acheté lui-même.

Mon mari écrivit au Président pour le remercier. Nous allâmes souvent à l'Elysée et les plus agréables relations s'ensuivirent naturellement.

Une après-midi, j'eus une longue conversation avec Félix Faure dans son cabinet de travail. Nous avions souvent causé art, musique et voyages et même politique, mais jamais d'une façon bien sérieuse. Ce jour-là, il était très déprimé et me parla des complications politiques inouïes dans lesquelles la France se débattait et de toutes les difficultés qui s'élevaient autour de lui. Il me parla des élections qui venaient d'avoir lieu : les socialistes avaient obtenu un nombre de voix surprenant ; les radicaux élus étaient plus nombreux que les modérés ; un nouveau parti venait de se former, celui des nationalistes ; ce qu'ils voulaient n'était pas très -clair, mais ils ne voulaient certainement pas de bien au gouvernement ; tout le monde était mécontent ; l'anarchie grandissait ; la Chambre était une assemblée incohérente et il fallait faire face à l'affaire Dreyfus ! Heureusement, les élections avaient tout au moins démontré que la majorité républicaine était contre Dreyfus et ses champions... Mais l'avenir était gros d'orage...

— Je sais tout cela, dis-je, mais en quoi puis-je vous être utile ? Je ne suis pas un ministre...

— Il paraît, répliqua-t-il, que vous avez un pouvoir de persuasion tout à fait anormal. Dans les ministères, quand je désire un poste pour un de mes protégés, on me fait dire invariablement : « Il est trop tard ; la place est déjà donnée... » Et j'apprends chaque fois qu'il s'agit d'un de vos protégés à vous !... Vos candidats passent avant les miens !

Nous causâmes de sa carrière et de ma vie. Puis il me fit faire le tour de l'Elysée, me montra la salle où Napoléon avait donné des audiences et la chambre où l'Empereur avait dormi pour la dernière fois

à Paris, après Waterloo, la salle des Souverains, où Napoléon avait abdiqué et où la Reine Victoria avait habité en 1855. Après avoir erré dans les jardins, nous rentrâmes dans le cabinet de travail.

A partir de cette visite, je rencontrai le Président tous les jours, soit au Bois de Boulogne, où il faisait une promenade à cheval chaque matin, ou à l'Elysée. Il me téléphonait à toutes les heures du jour. Il avait toujours un service à me demander, une visite à me faire faire, un personnage à me faire sonder, une impression sur un être ou un événement à vouloir comparer avec la sienne. Félix Faure avait la confiance la plus absolue en moi. J'allais pour lui là où il ne pouvait aller lui-même, aux séances de la Chambre ou du Sénat, à certaines réceptions et réunions, où je serais d'ailleurs allée même si je »e l'avais pas connu et si je n'avais pas eu le désir de lui être utile.

Il était entouré d'ennemis et il le savait. Il se servait de mon intuition et j'eus la grande satisfaction de lui éviter plus d'un faux pas. Je le voyais après les Conseils de cabinet et il me mettait au courant de ce qui avait été dit et fait...

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