‹ Mes mémoires [microform]Chapitre 19 sur 29 · DUMAS · texte numérisé non relu

DUMAS

>) Amitié à Aujruste et à ses collègues. »

D'ALEXANDRE DUMAS. i05

Peut-être pensera-t-on que la méchante humeur de mon père, Tennui de ne pas avoir de division à commander, son esprit de républicanisme enfln , lui font envisager les choses du mauvais côté, soit. Cherchons dans la correspondance de l'armée d'Egypte, interceptée par l'escadre de Nelson , une lettre du général Dvpuis. Celui-ci n'a pas à se plaindre, il commande le Caire, et il va reconnaître dès les premières lignes de sa dépêche ^ que la position est bien au-dessus de ses mérites.

« DupuiSf général de brigade^ commandant la place y à son ami (Parlas.

» Au Grand-Caire, 11 thermidor, an VI.

» Sur mer comme sur terrCj en Europe

comme en Afrique, je suis sur les épines. Oui, mon cher, à notre arrivée devant Malte, je. fus en prendre possession et détruire la Chevalerie. Je fus nommé commandant de la place. Aujourd'hui, après vingt jours d'une marche^ dés plus pénibles dans les déserts, nous sotomes arrivés au Grand-Caire après avoir battu lés Manoielucks, c^est à dire après les avoir mis en fuiiey car ils ne sont pas dignes de notre colère.

» Me voilà donc, mon ami^ revêtu d'une nouvelle dignité que je A'ai pu refuser lorsqu'on m'y a joint le commandement du Caire. Cette place était trop belle pour moi pour que je puisse refuser le nouveau grade que Bonaparte ma offert.

» La conduite de la brigade à l'affaire des Pyramides a été unique. Elle seule a

déiruil quatre mille Mameluks à cheval, pris quarante pièces de canon qui étaient en batterie sous leurs retranchements, leurs drapeaux, leurs magnifiques chevaux, leurs riches bagages, puisqu'il n'y a pas de soldats qui n'aient sur lui cent louis sans exagérer, plusieurs en ont cinq cents.

» Enfin, mon cher, j'occupt3 aujourd'hui le plus beau sérail du Caire, celui de la sultane favorite d*H)ra'him-Bey, Soudan de l'Egypte. J'occupe ^on palais enchanté, et je respecte , au milieu des nymphes du Nil , la promesse que j'ai faite à ma bonne amie d'Europe.

» Cette ville est abominable, les rues y respirent la peste par leurs immondices, le peuple est affreux et abruti. Je prends de la peine comme un cheval, et ne puis encore par^'enir à me reconnaî-

Ire dans eetle immense ci lé, plus grande que Paris, mais bien différenle.

»Ah ! qu*il metarde de revoir la Ligurie !

» Oui, mon cher, quoique je sois à merveille ici, quoique rien ne m'y manque, où sont mes amis? où est la respectable Marina? Je pleure sur notre séparation. Mais j'espère les revoir bientôt, oui bientôt, car je m'ennuie diablement loin d'eux.

» Notre passage du désert et nos diverses batailles ne nous ont presque rien coûté. L'armée se porte bien; on l'habille en ce moment; je ne sais si nous irons en Syrie, nous sommes prêts. J'ai eu le malheur de perdre ma... (1) à la prise d'assaut d'Alexandrie.

(1) Hâtons-nous de dire que le mol était illisible, à ce qu'il paratl ; les Anglais n'onl pu rimprimer» ce qui nous laisse dans le doute sur là chose importante que le général Oupuis avait eu le inallicur de perdre.

UALKXANBKK DVMAS. 101)

> Donnez-moi de vos nouvelles, je vous en prie.

» Jugez de la lâchelé de ce grand peuple si vanté. Je me suis emparé de cette immense cité le 5 de ce mois, avec deux, compagnies de grenadiers seulement.

» Cette ville a six cent mille âmes de population.

» Adieu, mon bon ami. J'embrasse mille fois Marcellin, sa mère, son père, son papa Carlo et vos amis.

» Croyez-moi, pour la vie, le plus dévoué des vôtres.

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