‹ Mes mémoires [microform]Chapitre 20 sur 29 · DUPUIS · texte numérisé non relu

DUPUIS

» J*écris par ce courrier à Pijon et Spinola. Dites à Pijon qu'il est bienheureux d'avoir été exilé. Plût au ciel que je Veusne été aussi. Je l'embrasse et sa famille. Mes amitiés au pauvre Piétro.

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» J'embrasse Honoria^ votre frère et votre oncle. ^

Ainsi qu'on juge par cette lettre de lenthousiasme général. Voilà un homme qui était gouverneur (lu Caire et qui reconnaissait ]a place bien supérieure à ses mérites et qui eût mieux aimé être exilé que de jouir de l'honneur qu'on lui faisait.

« Sans doute un gouverneur est un grand personnage, disait Sancho, mais plutôt que d'êlre gouverneur de Baratarla, j'eusse mieux aimé rester dans mon village et garder mes chiens, i

Une lettre de l'adjudant-général Boyer, dont nous mettons un fragment sous les j^eux de nos lecteurs j achèvera de peindre la situation :

« Revenons à Alexandrie. Cette ville n a plus de son antiquité que le nom. Figurez-vous de$. ruines, habitées par un peuple impassible, prenant tou$ les événements comme ils viennent, que rien n*étonne, qui, la pipe à la bouche, n'a d autre occupation que de rester sur sod cul, devant sa porte, sur un banc, et qui passe ainsi sa journée^ se souciant fort peu de sa famille et de ses enfants , des mères qui errent la Ggure couverte d un haillon noir et offrent aux passants à vendre leurs enfants, des hommes k moitié nus dont la peau ressemble à du bronze , fouillant dans des ruisseaux bourbeux, et qui^ semblables à des cochons, rongent et dévorent tout ce qu'ils y trouvent ; des. maisons hautes de-vingt pieds au plus, dont le toît est une plateforme, rintéjrieur une écurie, Textérieur

l'aspect de quatre murailles, voila les maisons d'Alexandrie.

» Ajoutez qu'autour de cet amas de misères et d'horreurs, un désert nu comme la main, où, de cinq lieues en cinq lieues, vous rencontrez un mauvais puits d'eau saumâtre. Figurez-vous une armée obligée de passer à travers ces plaines arides, qui n'offrent pas même au soldat un asile contre les chaleurs insupportables qui y régnent. Le soldat, portant pour cinq jours de vivres, chargé de son sac, habillé de laine , au bout d'une heure de marche, accablé par le chaud et la pesanteur des effets qu'il porte, il se décharge, il jette ses vivres ne songeant qu'au présent, sans penser au lendemain ; arrive la soif, et il ne trouve pas d'eau, la faim et il ne trouve pas de pain. Cest ainsi qu'à travers les

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horreurs ique présente ce tableau , on a vu des soldats mourir de soif^ de chaleur, d'inanition; d'autres, voyant les souffrances de leurs camarades , se brû« lei la cervelle; d'autres se jeter, armes et bagages^ dans le Nil et périr au milieu des eaux.

» Chaque jour, nos marches nous offraient un pareil spectacle^ el, chose inouïe et que personne ne croira, c'est que l'armée entière, pendant une marche de dix-sept jours, n'a pas eu de pain ; le soldat sp nourrissait de citrouilles, de melons, de poules et de quelques Iégu« mes qu*il trouvait dans le pays. Telle a été la nourriture de tous, depuis celle du général jusqu'à celle du dernier soldat. Souvent même le général a jeûné pendant dix-^huit, vingt el vingt-quatre heures, parce qae le soldat, arrivant le pre-

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