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LE FRANC-TIREUR PHILIPPE

soin de dévouement, un si vif désir de se rendre indispensable! Il réussit à se faire admettre dans un salon élégant , mais un peu mêlé, où se réunissaient, une fois par semaine, des gens de tous les mondes. Il put y faire valoir ses hautes qualités et ses services intelligents.

Jamais un mot dans la conversation, un sourire constant et une admiration perpétuelle et discrète pour Tesprit des hommes et la beauté des femmes.

Parfois , il s'approchait de la maîtresse de la maison, recueillait un mot qu'elle lui confiait à Toreille. On voyait sortir et rentrer Jouault : le thé était servi.

Puis, à la sortie, on trouvait le vestiaire soigneusement étiqueté , et les voitures ne manquaient jamais à la porte. Il se chargeait des invitations, des lettres ennuyeuses ; il assistait aux mariages et aux enterrements pour les amis indisposés. Il portait des cartes cornées aux adresses indiquées. Bref, il avait la procuration de la maison pour les courses et corvées de toute nature.

Son aptitude le fit remarquer, et, de présentation en présentation , de succès en succès , il parvint à conquérir quatre salons d'artistes. Il était en pied chez mesdames Taglioni et Arnould-Plessy , chez MM. Legouvé et Rossini.

Heureux Jouault! Il pouvait se présenter partout; il avait une clef qui ouvrait toutes les portes :

— Je viens de la part de madame X..., mon amie.

— Mon ami, M. Z..., m'a prié de passer chez vous pour. . .

Il avait ses jours de véritable gloire. De temps en temps Rossini, qui ne sortait jamais le soir, voulait prendre Tair sur Tasphalte du* boulevard des Italiens,

Jouault passait tous les matins rue de la Chaussée d'Antin, n® 2, pour prendre des nouvelles du maestro. Il était prévenu. Il se trouvait là à l'heure dite, et prenait le bras de son ami»

Rossini n'avait à se préoccuper de rien : u Maître, on vous salue à droite. -^ Maître , voici M. un tel. — Maître... » Il n'avait pas d'autre conversation, et durant cette promenade, qui était toujours la même, l'esprit du grand compositeur pouvait à loisir se détendre çt se reposer.

Certes Rossini devait, dans son testament, un souvenir à. son fidèle Jouault. Mais le petit mourut quelques mois avant le grand, et si le nombre de ceux qui l'accompagnèrent à sa dernière demeure ne fut pas considérable, toujours est-il que l'ami deà artistes ne fut pas oublié par ceux et par celles qui l'avaient honoré de leur affection.

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