L£ CAS DE RICHARD WAGNER
acceptait, avec une satisfaction modeste, son modeste succès , comme la terre altérée par une longue sécheresse recevrait un brouillard qui cherche à se résoudre en pluie.
A la fin de Touvrage , quelques personnes pressées se levèrent, pour ne pas prolonger une séance assez fatigante. On se retirait froidement enchanté.
Les artistes, qui ne se trompent jamais, au fond, sur Teffet qu*ils ont produit, trouvaient que les bravos avaient été assez discrets; mais ils attribuaient, comme toujours, cette réserve à Télégance du lieu et à la distinction des auditeurs.
Cependant un diplon^ate étranger, mais non Allemand, qui avait Thonneur de connaître madame Viardot, lui demanda Tair de la Somnambule.
— Oui , oui ! crièrent cent voix.
Madame Viardot s'élança au piano, et entonna le chant simple du simple mélodiste Bellini.
C*est cette fois que le nuage se résolut en pluie.
Trépignements sans fin, bouquets jetés, c'était du délire , c'était Toubli de toutes les convenances glaciales du grand monde ! On redemandait le morceau , et encore , et encore !
Wagner ne pouvait s'y méprendre : la petite musique avait fait oifblier la grande.
Bellini devenait le héros de la soirée.
Une fort jolie femme, la baronne deB..., connue
pour sa naïve franchise, dit à la maîtresse de la maison , en prenant congé d'elle :
— Votre fête a été charmante , cai' tout est bien qui finit bien.
Enfin un des auditeurs, rencontrant un de ses amis dans la cour de Thôlel, lui cria :
— Parfait, sublime, divin!
— Quoi donc? Tair de Y Étoile? le duo...
— La cavaline de la Somnambule!
Le procès Wagner, jugé en première instance, u*avait pas été cassé en appel.
Wagner, qui avait déjà trouvé le moyen de concilier ses opinions démocratiques avec Tamitié effeclive et féconde d'un monarque, quitta Paris, et il retrouva à Munich la rude existence des cours et la frugale hospitalité des rois. 11 avait gardé au fond du cœur le trait empoisonné. 11 avait juré de se venger; il se vengea.
Il n^ignorait pas, personne de Tautre côté du Rliin ne pouvait Tignorer, que depuis longtemps la Prusse se préparait à une guerre contre la France. Elle n'en faisait pas mystère, et il fallait que notre diplomatie portât un bandeau bien épais pour ne pas voir ce qui sautait à tous les yeux. .
La Prusse avait à sa tète trois* hommes, qui représentent Tesprit militaire, la fourberie et la prudence. J'ai nommé le roi Guillaume, Bismarck et de